Pas de paix sans arrêt de la colonisation israélienne

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a livré mercredi un discours aux allures de testament politique. Il y a notamment défendu la solution à deux États, essentielle à la paix au Proche-Orient.
Photo: Andrew Harnik Associated Press Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a livré mercredi un discours aux allures de testament politique. Il y a notamment défendu la solution à deux États, essentielle à la paix au Proche-Orient.

Le secrétaire d’État américain John Kerry a formulé mercredi une critique virulente de la colonisation israélienne en territoire palestinien occupé, qui « met en péril » selon lui toute possibilité de paix au Proche-Orient, y compris en Israël.

Dans un discours très détaillé aux allures de testament politique, le diplomate en chef de l’administration Obama a dénoncé le gouvernement « le plus à droite de l’histoire israélienne ». En multipliant les colonies juives en territoire occupé, Israël cherche à annexer de facto des terres palestiniennes et à rendre impossible la création d’un État palestinien, essentiel à la paix au Proche-Orient, a fait valoir le secrétaire d’État.

John Kerry a défendu avec vigueur la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée la semaine dernière, qui ordonne à Israël de « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ». Les gestes d’Israël violent le droit international de façon flagrante, note la résolution.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a condamné mercredi le discours de John Kerry et a dénoncé une fois de plus le refus de veto de Washington — une première depuis 1979 —, qui a ouvert la voie à la résolution de l’ONU critique envers Israël. Le chef de la diplomatie américaine, lui, s’est appliqué à balayer les critiques israéliennes.

« Certains semblent croire que l’amitié américaine signifie que les États-Unis doivent accepter toute politique, peu importe nos intérêts, même après avoir insisté encore et encore pour un changement de politique, a déclaré John Kerry dans son dernier grand discours d’ici à l’assermentation du président désigné Donald Trump, le 20 janvier. Les amis doivent pouvoir se dire la vérité, et l’amitié nécessite un respect mutuel. »

Le pouvoir des extrémistes

Le secrétaire d’État voulait livrer ce discours depuis deux ans, après l’échec des négociations de paix israélo-palestiniennes qu’il a supervisées, selon le New York Times. Le président Barack Obama lui avait demandé d’attendre pour éviter d’entacher la crédibilité du premier ministre Nétanyahou, devenu un allié encombrant de Washington.

Cette fois, John Kerry n’a pas mâché ses mots. La coalition dirigée par Nétanyahou est « la plus à droite de l’histoire israélienne, dont l’ordre du jour est dicté par ses éléments les plus extrêmes », a lancé le secrétaire d’État.

John Kerry a rejeté les critiques d’Israël selon lesquelles Washington est à l’origine de la résolution des Nations unies adoptée la semaine dernière. C’est l’Égypte, autre allié des États-Unis dans la région, qui a mis en avant la résolution, a précisé Kerry. Washington a insisté pour que la résolution condamne aussi l’incitation à la violence contre Israël, ce qui a été fait.

L’administration Obama « n’a pas pris à la légère » la décision de laisser passer la résolution condamnant Israël, mais il s’agissait d’une nécessité pour sauver la proposition de créer deux États au Proche-Orient « pendant qu’il est encore temps », a fait valoir John Kerry.

Le président désigné Donald Trump n’a jamais caché son appui indéfectible à Israël. Il a nommé comme ambassadeur son ami David Friedman, partisan d’un seul « grand Israël » et qui a financé les nouvelles colonies dénoncées par les Nations unies. Friedman et Trump comptent établir l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, et non à Tel-Aviv.

Un obstacle à la paix

Le gouvernement de coalition dirigé par Nétanyahou implante des colonies en territoire palestinien occupé dans le but évident de « rendre impossible la création de deux États », a insisté John Kerry. Par exemple, Israël a fait démolir en 2016 un nombre sans précédent de maisons palestiniennes situées en territoire palestinien occupé : plus de 1300 Palestiniens, dont 600 enfants, ont été chassés de chez eux, a affirmé John Kerry. « L’ordre du jour des colons définit l’avenir d’Israël. Leur but est clair. Ils croient à un seul État : le Grand Israël. »

Dans les faits, les Palestiniens n’ont même pas accès à plus de 60 % de la zone C de la Cisjordanie, qui devait passer sous contrôle palestinien en vertu des accords d’Oslo, a ajouté le secrétaire d’État. « Chaque nouvelle construction gruge la capacité à construire un État. Quiconque pense sérieusement à la paix ne peut passer sous silence la menace à la paix posée par les colonies », a affirmé John Kerry.

Cette solution basée sur un seul État implique qu’Israël soit juif ou démocratique, mais « pas les deux à la fois, et il ne sera jamais vraiment en paix », a prévenu le secrétaire d’État. Il a précisé que ses alliés dans le monde arabe lui ont clairement signifié que la paix entre Israël et la Palestine est une condition essentielle à la sécurité à laquelle aspire Israël.

Résultat : le gouvernement Nétanyahou milite pour prolonger l’occupation des terres palestiniennes prises en 1967, il y a bientôt 50 ans. Bref, il continue de priver des millions de personnes de leurs droits fondamentaux à se déplacer, à s’éduquer, à travailler, a souligné John Kerry.

« Comment Israël répondrait-il à un vaste mouvement de Palestiniens pour les droits civils, ou même à des émeutes dans toute la Cisjordanie ? Comment Israël peut-il justifier une occupation permanente avec ses idéaux démocratiques ? Comment les États-Unis peuvent-ils continuer de défendre cela ? Personne n’a jamais fourni de bonnes réponses à ces questions, parce qu’il n’y en a pas », a ajouté le secrétaire d’État.

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