Les États-Unis jouent leur va-tout avec Israël

Le secrétaire d’État américain, John Kerry
Photo: Filippo Monteforte Agence France-Presse Le secrétaire d’État américain, John Kerry

Dans une course contre la montre avant sa sortie, l’administration Obama tente de sauver ce qui reste du processus de paix israélo-palestinien. Le conflit diplomatique, déclenché vendredi par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, s’intensifie.

Le secrétaire d’État John Kerry doit présenter ce mercredi dans un grand discours sa « vision complète » de la paix, dont « le chemin vers une solution à deux États ». « Nous ne l’avons pas laissé tomber et nous ne pensons pas que les Israéliens et les Palestiniens doivent également [l’abandonner] », a déclaré Mark Toner, chef de la diplomatie, dans ce contexte de tension.

Le gouvernement israélien craint que ces principes pour un accord de paix se transforment à leur tour en une résolution onusienne. La France a déjà convoqué une conférence, prévue le 15 janvier, pour réitérer le soutien de la communauté internationale à la solution à deux États.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a accusé directement Washington mardi d’avoir aidé à élaborer la résolution déclarant les colonies israéliennes illégales. Son porte-parole a déclaré avoir des « informations solides émanant de sources arabes » à cet effet. Les États-Unis se sont abstenus d’opposer leur veto — pour la première fois depuis 1979 —, ce qui a permis l’adoption de la résolution et porté les relations entre les deux pays au plus bas depuis des décennies.

Israël pourrait annoncer de nouvelles constructions cette semaine. Un permis de construction de 618 logements à Jérusalem-Est est en attente de délivrance dans cette partie palestinienne de la ville sainte. Meïr Turgement, maire adjoint de Jérusalem et responsable du comité de planification qui doit en discuter mercredi, a indiqué à l’AFP que la résolution votée vendredi ne remettait nullement en question cette réunion.

M. Nétanyahou a annoncé qu’il « réduisait » encore davantage ses relations avec les 14 pays ayant voté en faveur du texte, après les avoir convoqués dimanche au ministère des Affaires étrangères. Il a déjà rappelé ses ambassadeurs en Nouvelle-Zélande et au Sénégal, en plus d’annuler son programme d’aide dans ce pays. L’Angola sera également sanctionné, voyant son aide gelée.

Tournant forcé

La colonisation israélienne est considérée comme l’obstacle majeur à la paix, puisque des constructions israéliennes sont effectuées sur des terres qui pourraient appartenir à un futur État palestinien.

Des responsables onusiens ont constaté une augmentation des constructions ces derniers mois, considérées comme illégales au regard du droit international. Ce sont 430 000 colons israéliens qui vivent actuellement en Cisjordanie occupée. Jérusalem-Est, dont l’annexion n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, en abrite quant à elle plus de 200 000.

Les États-Unis avaient auparavant utilisé leur droit de veto 30 fois pour bloquer des résolutions sur Israël et les Palestiniens, selon le Security Council Report. Bouclier diplomatique et plus important allié d’Israël, le géant américain est devenu frustré par des années d’efforts infructueux vers la paix.

La résolution du Conseil de sécurité exhorte Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », affirmant par ailleurs que les colonies israéliennes « n’ont pas de valeur juridique » et sont « dangereuses pour la viabilité d’une solution à deux États ».

Le premier ministre Nétanyahou aurait tenté de se tourner vers Donald Trump pour faire empêcher le vote de cette résolution. « Les Nations unies avaient un grand potentiel, mais maintenant ce n’est plus qu’un club pour se réunir, parler et avoir du bon temps. C’est triste ! » a affirmé M. Trump dans un tweet lundi. Il avait déjà averti vendredi que « les choses seront différentes après le 20 janvier », date de son entrée en fonction.

Trump a en outre choisi un partisan de la ligne dure envers les Palestiniens en tant qu’ambassadeur en Israël. David Friedman a déjà remis en doute la solution à deux États et fait part de son intention de déménager l’ambassade de Tel-Aviv vers Jérusalem. Les deux camps considèrent la ville comme leur capitale légitime, ce qui lui confère un statut très délicat.

La conférence internationale sur le Moyen-Orient du 15 janvier fait craindre aux responsables israéliens des mesures supplémentaires contre leur État. Les Palestiniens soutiennent la tenue de cette conférence.

8 commentaires
  • Pierre Pinsonnault - Abonné 28 décembre 2016 04 h 28

    Un certain point de vue israélien - Foreign Affairs.

    Vous en apprendrez beaucoup je crois par cette lecture de Foreign Affairs 23 décembre 2016 «How to Build Middle East Peace Why Bottom-Up Is Better Than Top-Down» By Moshe Yaalon. Quelle complexité !

  • Michel Lebel - Abonné 28 décembre 2016 07 h 46

    Tout gouvernement a une fin.


    Le temps est passé pour le gouvernement Obama de faire vraiment quelque chose de significatif en matière de politique étrangère. La solution au conflit israélo-palestinien peut attendre; elle en a l'habitude...

    M.L.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 décembre 2016 12 h 44

      Celui de Trump connaîtra son déclin, puis sa fin aussi!

      Le seul inconnue est le temps que ça prendra...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 28 décembre 2016 15 h 23

      Le conflit persiste,Netanyaou en profite pour empiéter chez le voisin.Il n'est jamais trop tard pour bien faire,n'est-ce pas ?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 28 décembre 2016 08 h 36

    … honte !

    « Dans une course contre la montre avant sa sortie, l’administration Obama tente » (Sarah R. Champagne, AFP et La Presse canadienne)

    Qu’elle tente ou pas, l’administration obamienne semble vouloir terminer son « mandat » avec une chicane hors Nobel de la paix !

    Quelle tristesse et quelle …

    … honte ! - 28 déc 2016 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 décembre 2016 09 h 02

    La paix, facilement

    Si les coûts (directs et indirects) de la colonisation israélienne en Palestine étaient soustraits de l'aide militaire américaine à Israël (3,9 milliards $ par année), cette colonisation cesserait assez vite.

  • Pierre Fortin - Abonné 28 décembre 2016 10 h 14

    Gros-Jean comme devant


    La résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la colonisation illégale de la Palestine par Israël n'est que la juste reconnaissance des faits. Pourtant, le Centre Simon Wiesenthal (organisation juive américaine) juge que cette résolution est la plus grave attaque antisémite et antisioniste contre les juifs et Israël.

    Il est temps qu'Israël cesse de brandir l'Holocauste et l'antisémitisme pour se dédouaner de ses violations du droit international et de la Convention de Genève. Si des crimes atroces ont été commis contre les juifs par le passé, ce ne sont surtout pas les Palestiniens qui en sont responsables et encore moins les nouvelles générations de ce monde.

    Plutôt que de jouer les vierges offensées en roulant des mécaniques, Benjamin Netanyahou doit démontrer que la politique expansionniste pratiquée par Israël est légale et qu'elle respecte le droit international humanitaire. S'entêter à défier cavalièrement le reste de la planète en manipulant la politique étrangère américaine n'apportera que plus de discrédit à Israël et à son peuple.