Le Conseil de sécurité sermonne Israël, Trump sermonne l'ONU

Des Israéliens de la colonie Har Gilo, près de Bethléem, observent un Palestinien brandir le drapeau national pour protester contre la construction d'un mur, en 2010.
Photo: Musa al-Shaer Agence France-Presse Des Israéliens de la colonie Har Gilo, près de Bethléem, observent un Palestinien brandir le drapeau national pour protester contre la construction d'un mur, en 2010.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé vendredi pour la première fois depuis 1979 à Israël de cesser la colonisation dans les Territoires palestiniens et à Jérusalem-Est, dans une résolution permise par la décision des États-Unis de ne pas utiliser leur droit de veto sur cette question.

Les États-Unis se sont abstenus, alors qu’ils avaient jusqu’ici toujours soutenu Israël sur ce dossier extrêmement sensible. Les 14 autres membres du Conseil de sécurité ont eux voté en faveur de ce texte proposé par l’Égypte.

« Israël rejette cette résolution anti-israélienne honteuse des Nations unies et ne s’y conformera pas », ont vivement réagi dans un communiqué les services du premier ministre Benjamin Nétanyahou.
 

Il s’agit d’« un grand camouflet » pour Israël, a estimé de son côté Nabil Abou Roudeina, porte-parole de la présidence palestinienne. « Il s’agit d’une condamnation internationale unanime de la colonisation et d’un fort soutien à une solution à deux États », a-t-il ajouté.

Réaction de Trump

Ce dossier international se double d’une divergence entre d’administration américaine sortante, celle de Barack Obama, et le président élu des États-Unis Donald Trump.

Ce dernier était intervenu avec succès auprès du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour reporter le vote sur ce texte initialement prévu jeudi. Il a rapidement cherché à rassurer les alliés israéliens : « Les choses seront différentes à l’ONU après le 20 janvier », date de son entrée en fonctions, a-t-il dit sur Twitter. Après le volte-face du Caire, quatre pays — la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sénégal et le Venezuela — avaient finalement obtenu qu’un vote soit organisé vendredi.

Tractations diplomatiques
La résolution exhorte Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est », affirmant par ailleurs que les colonies israéliennes « n’ont pas de valeur juridique » et sont « dangereuses pour la viabilité d’une solution à deux États ».

Frustrés par des années d’efforts diplomatiques infructueux, les États-Unis ont justifié leur abstention par l’impact de la colonisation sur la recherche de la paix au Proche-Orient.

« On ne peut en même temps défendre l’expansion des colonies israéliennes et une solution à deux États », comme le fait Benjamin Nétanyahou, a déclaré l’ambassadrice américaine aux Nations unies Samantha Power après le vote accueilli par des applaudissements.

Donald Trump avait lui très vite exprimé son hostilité au projet égyptien et plaidé jeudi pour que Washington bloque le texte, dans une rare prise de position pour un président élu et pas encore en fonctions.

« Quand ils ont eu connaissance du fait que [l’administration américaine actuelle] ne mettrait pas son veto à cette résolution, des responsables israéliens ont pris contact avec des membres de l’équipe de transition de M. Trump pour demander l’aide du président élu », a affirmé vendredi à l’AFP un responsable israélien sous couvert d’anonymat.

Cette aide s’est matérialisée par un appel à Abdel Fattah al-Sissi, selon un communiqué de la présidence égyptienne. L’Égypte avait alors réclamé le report du vote.

« Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur l’importance de donner à la nouvelle administration américaine [que dirigera M. Trump à partir du 20 janvier] une chance de gérer tous les aspects de la cause palestinienne pour arriver à un accord complet » sur le dossier, d’après ce communiqué.

Frein à la paix
La colonisation est vue comme un frein majeur au processus de paix, les constructions israéliennes étant effectuées sur des terres qui pourraient appartenir à un futur État palestinien.

Les Nations unies la considèrent comme illégale au regard du droit international et ont appelé à plusieurs reprises Israël à y mettre fin. Malgré cela, des responsables onusiens ont constaté une augmentation des constructions ces derniers mois.

Après l’échec des derniers efforts américains pour relancer le processus de paix en avril 2014, une conférence a été convoquée par la France pour le 15 janvier afin de réitérer le soutien de la communauté internationale à la solution à deux États.

« La résolution adoptée aujourd’hui et la conférence internationale de Paris représentent les deux faces de la même médaille, visant à affirmer notre attachement commun à la solution à deux États », a déclaré l’ambassadeur français aux Nations unies, François Delattre, souhaitant « la relance d’un processus politique crédible ».

Les États-Unis avaient jusqu’alors utilisé leur droit de veto 30 fois pour bloquer des résolutions concernant Israël et les Palestiniens, selon l’organisation Security Council Report.

C’est en 2009, concernant un appel à un cessez-le-feu à Gaza, que les États-Unis se sont abstenus pour la dernière fois lors d’un vote au Conseil de sécurité, quel qu’en soit le thème.

 

4 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 23 décembre 2016 15 h 43

    Bravo à l'ONU

    et aux 14 membres du Conseil de sécurité qui ont voté pour cette résolution.

    Pour les autres, il vaut se taire plutôt que de passer encore une fois pour des crétins (on se souviendra entre autres de l’Irak).

    Maintenant il reste à voir comment réagira Israël dans la réalité et qu'elles en seront les conséquences s'ils n'observent pas ces nouvelles règles.

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 23 décembre 2016 15 h 45

    Merci M. Obama.

    Quel grand geste de la part d'un président américain, ne pas opposer comme c'est la malheureuse tradition depuis des décennies, le droit de véto américain sur la question de vol de territoire palestinien par Israël.

    D'ailleurs le droit de véto devrait disparaitre à l'O.N.U. C'est un privilège qui bafoue la démocratie mondiale.

    Sur la question israélo-palestinienne, habituellement seul les U.S.A. ( et quelques pays insignifiants comme les Iles Marshall ) votent contre les résolutions. Les U.S.A. par leur droit de véto font alors tomber la résolution onusienne.

    Donald Trump aurait opposé son véto dans ce cas-ci. Il a été élu avec 62 millions de voix. Mais son véto à l'O.N.U. pourrait aller à l'encontre de la volonté d'une grande partie des 7,5 milliards d'humains de la planète. C'est injuste.

    J'espère que ce vote historique annonce le début de la fin du nettoyage ethnique ptatiqué par Israël en territoire palestinien.

    Je rêve du jour de pouvoir aller visiter la Palestine libre, sans devoir être contrôlé aux frontières Cisjordaniennes par des adolescents-soldats israéliens suspicieux voire paranos.

    Je rêve aussi au respect de la frontière de 1967 et au droit de retour des réfugiés palestiniens chassés de chez-eux depuis 1948 par Ben Gourion et ses suivants.

  • Colette Pagé - Inscrite 23 décembre 2016 20 h 16

    Trump, ce grand connaisseur du Moyen-Orient sermonne l'ONU !

    Le droit de propriété et du sol d'un État ressemble à une échelle réduite à celui d'un particulier. Imaginons un instant qu'un individu décidait de prendre possession de la Trump Tower par la force et que s'il résistait le nouveau président se ferait traiter de terroriste.

    C'est exactement ce que fait Israël par l'extension de ses colonies en terre palestienne. Un abus de droit inqualifiable par un État qui se déclare démocratique, un abus de droit qui se poursuit sans impunité malgré les résolutions de l'ONU et qui entraîne, il faut le mettre en évidence, la détestation de l'État d'Israêl, même par ses propres ressortissants en Israël et à l'étranger, sans oublier de rendre pratiquement impossible toutes tentatives de négociations de paix.

    Car, il est raisonnable de penser que jamais Israël acceptera de retirer les colons juifs de ces colonies illégales sauf par la force.

    Dans ce dossier le va-t-en-guerre Donald Trump ne fera que jeter de l'huile sur le feu.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 23 décembre 2016 21 h 39

    Ho!

    Monsieur Trump est étonnant !