48 soldats tués dans un attentat à Aden revendiqué par le groupe EI

L’attentat de dimanche, qui a fait 48 morts et 84 blessés à Aden, est survenu huit jours après une attaque similaire le 10 décembre.
Photo: Saleh Al-Obeid Agence France-Presse L’attentat de dimanche, qui a fait 48 morts et 84 blessés à Aden, est survenu huit jours après une attaque similaire le 10 décembre.

Quarante-huit soldats ont été tués et quatre-vingt-quatre blessés dimanche à Aden, deuxième ville du Yémen, dans un attentat suicide revendiqué par le groupe djihadiste État islamique (EI), a indiqué à l’AFP le chef du département local de la Santé.

Un précédent bilan donné par ce responsable, Abdel Nasser al-Wali, faisait état d’au moins 40 morts et de quelque 50 blessés.

Il s’agit de la troisième attaque meurtrière de ce type en moins de quatre mois dans la grande cité portuaire du sud de ce pays ravagé par la guerre. Les trois ont été revendiquées par le groupe EI.

Dimanche matin, un kamikaze a fait détoner ses explosifs alors que des soldats étaient rassemblés pour toucher leur solde mensuelle près d’une base au nord-est d’Aden, ont indiqué des responsables militaires.

Le kamikaze s’est mêlé à la foule devant la résidence d’un chef militaire près de la base d’al-Sawlaban, située dans le quartier d’al-Arish, avant de perpétrer son attentat, a précisé l’un d’eux.

Il « a visé des soldats rassemblés devant la résidence, dans une zone ouverte et non sécurisée », a ajouté ce responsable militaire.

La zizanie

Dans un communiqué mis en ligne dimanche sur Twitter, le groupe EI a affirmé que « le martyre Abou Hachem al-Radfani a réussi à passer des barrages de sécurité et à faire détoner sa veste d’explosifs au milieu d’un rassemblement de membres de la sécurité yéménite ».

Selon des sources militaires, quelque 10 000 soldats et policiers doivent recevoir leur solde mensuelle dans le secteur qui a été visé.

L’attentat de dimanche est survenu huit jours après une attaque similaire le 10 décembre, également revendiquée par le groupe extrémiste et qui avait fait 48 morts parmi des soldats qui étaient aussi rassemblés pour encaisser leur solde.

Déjà, le 29 août, un kamikaze au volant d’une voiture piégée avait visé de jeunes recrues de l’armée à Aden, faisant 71 morts, un attentat revendiqué également par le groupe djihadiste.

Le groupe EI et al-Qaïda ont profité du chaos engendré par la guerre au Yémen pour multiplier leurs actions dans le sud, notamment contre les forces gouvernementales qui peinent à sécuriser les zones sous leur contrôle et à recruter de jeunes soldats.

Jeudi dernier, l’autre organisation djihadiste active au Yémen, al-Qaïda, avait pris ses distances avec l’attentat du 10 décembre, qualifiant le groupe EI de groupe « déviant » qui cherche à « semer la zizanie » avec des tribus.

Les forces gouvernementales yéménites, soutenues depuis mars 2015 par une coalition arabe sous commandement saoudien, affrontent à la fois des rebelles Houthis alliés à des partisans de l’ancien président du Yémen, qui contrôlent une partie du territoire, dont la capitale Sanaa (nord), et des groupes djihadistes bien implantés dans le sud et le sud-est du Yémen.

La guerre au Yémen a fait plus de 7000 morts et près de 37 000 blessés depuis près de 21 mois, selon l’ONU et toutes les tentatives de résoudre le conflit par la négociation ont échoué jusqu’à présent.

Espoir d’une trêve

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a espéré dimanche à Riyad pouvoir parvenir à une nouvelle trêve au Yémen dans deux semaines.

M. Kerry, qui effectuait sa dernière visite en Arabie saoudite en tant que secrétaire d’État, a indiqué que Washington allait travailler avec la Grande-Bretagne, les Émirats arabes unis et le royaume saoudien pour obtenir un cessez-le-feu.

Cette trêve serait la huitième tentative de faire taire les armes dans ce conflit.

Depuis mars 2015, l’Arabie saoudite intervient à la tête d’une coalition militaire arabe pour soutenir les forces du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi et enrayer la progression des rebelles chiites Houthis, qui ont conquis la capitale yéménite Sanaa et occupent de vastes territoires.

Le groupe quadripartite chargé du Yémen « espère qu’il sera possible dans deux semaines de parvenir » à une trêve des combats, a déclaré M. Kerry lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir. « L’incapacité d’obtenir une cessation durable est troublante pour nous tous », a-t-il ajouté.

Le groupe quadripartite, qui s’est réuni aussi avec le ministre omanais des Affaires étrangères et le médiateur des Nations unies pour le Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, a réaffirmé les propositions faites en octobre dans « la feuille de route » de l’ONU.

Selon des sources politiques, la feuille de route prévoit la nomination d’un vice-président après le retrait des rebelles de Sanaa et d’autres territoires ainsi que la remise des armes lourdes à une tierce partie. En retour, M. Hadi devrait remettre le pouvoir au vice-président, qui chargerait un premier ministre de former un gouvernement d’union nationale.

Mais M. Hadi a fait savoir qu’il ne remettrait le pouvoir qu’à « un président élu ».

Les rebelles ont répliqué en formant fin novembre « un gouvernement de salut national » dans les régions sous leur contrôle, une initiative vue par le médiateur de l’ONU comme un obstacle au processus de paix.

La coalition arabe sous commandement saoudien a été accusée plusieurs fois de tuer des civils lors de ses raids aériens au Yémen.

La semaine dernière, les États-Unis ont bloqué la vente à Riyad de munitions à guidage de précision en raison du nombre de victimes civiles dans la guerre au Yémen, selon un responsable américain.

« C’est le signe de notre inquiétude profonde et continue face aux failles dans les pratiques de ciblage de la coalition et de la manière générale dont est menée la campagne aérienne au Yémen », avait ajouté ce responsable.

Mais le ministre saoudien Adel al-Jubeir a rejeté ces informations comme relevant de « la propagande » et indiqué que la coalition dirigée par Riyad n’avait pas été informée de l’annulation de livraisons d’armes.

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