Les évacuations à nouveau suspendues à Alep

Des enfants jouent dans la partie d’Alep contrôlée par les forces progouvernementales.
Photo: Youssef Karwashan Agence France-Presse Des enfants jouent dans la partie d’Alep contrôlée par les forces progouvernementales.

Le régime syrien a suspendu vendredi l’évacuation de civils et d’insurgés de la ville ravagée d’Alep, faisant craindre une reprise des combats pour la conquête de la dernière poche rebelle où des milliers d’habitants restent pris au piège.

« Alep est désormais synonyme d’enfer », a lancé le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon en demandant, comme le président turc, Recep Tayyip Erdogan, la reprise des évacuations.

Lancée jeudi, l’opération devait durer plusieurs jours et, une fois terminée, permettre au régime de proclamer la reprise totale de la deuxième ville de Syrie, enregistrant ainsi sa plus importante victoire dans la guerre sanglante qui dure depuis 2011.

Accroc

Mais le processus a connu un accroc. L’armée syrienne a accusé les rebelles de « ne pas respecter les conditions de l’accord ». Les ambulances et les bus censés évacuer d’autres personnes du réduit rebelle ont dû rebrousser chemin, vides.

La représentante de l’Organisation mondiale de la Santé en Syrie, Elisabeth Hoff, a fait part de son inquiétude. « Il y a encore un grand nombre de femmes et d’enfants de moins de cinq ans qui doivent sortir. […] Nous savons qu’ils sont désespérés ».

Il resterait environ 40 000 civils dans le réduit rebelle et entre 1500 et 5000 combattants et leurs familles, selon l’émissaire de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

Depuis jeudi, environ 8500 personnes, dont 3000 combattants, ont été évacuées vers des territoires sous contrôle rebelle, selon l’OSDH. Quelque 8000 selon les médias officiels syriens.

Après des années de bombardements et un siège de plus de quatre mois, une offensive particulièrement destructrice lancée mi-novembre a permis à l’armée syrienne et à des milices alliées de reprendre plus de 90 % des quartiers que les rebelles contrôlaient à Alep depuis 2012.

La province d’Idleb est la dernière grande place forte de la rébellion. Outre Idleb, celle-ci ne contrôle plus dans le pays que la majorité de la province méridionale de Deraa et des régions proches de Damas assiégées par le régime.

Fort de ces succès, le président russe, Vladimir Poutine, a dit mener des négociations avec les représentants de l’opposition armée, via la Turquie, ajoutant que « la prochaine étape [était] d’obtenir un accord sur un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien ».

Vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU se réunissait pour parler d’Alep. La France a proposé une résolution prévoyant le déploiement d’observateurs internationaux pour superviser les évacuations et l’accès humanitaire. Un vote pourrait avoir lieu dès ce week-end, a indiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, dont le pays soutient le texte.

Obama se défend

Longuement interrogé vendredi sur sa responsabilité dans le drame d’Alep, en Syrie, Barack Obama, très critiqué pour ses atermoiements sur ce dossier, a dénoncé « l’assaut sauvage mené par le régime syrien [d’al-Assad] et ses alliés russes et iraniens ».

Le président « Assad ne peut pas gagner sa légitimité à coup de massacres », a-t-il lancé.

Mais il a aussi, une nouvelle fois, défendu ses choix face à ce conflit. « Je ne peux pas affirmer qu’on a réussi [en Syrie] et c’est une chose qui est également vraie avec d’autres problèmes dans le monde, avec laquelle je dois aller me coucher chaque soir, a-t-il affirmé. Mais je continue à croire que c’était la bonne approche. »