Les combats auraient cessé à Alep-Est

<p>Dans le quartier de Fardos, à Alep, des hommes, des femmes et des enfants fuient sous la pluie fine.</p>
Photo: Stringer / Agence France-Presse

Dans le quartier de Fardos, à Alep, des hommes, des femmes et des enfants fuient sous la pluie fine.

L’ambassadeur russe à l’ONU Vitali Tchourkine a annoncé mardi que l’armée syrienne avait cessé ses opérations militaires contre le réduit rebelle d’Alep-Est afin de permettre aux combattants rebelles de quitter la ville.

 

Après un accord conclu «il y a quelques heures» sur l’évacuation de ces combattants, de leur famille et des blessés, ceux-ci «ont commencé à partir et à la suite de cela les opérations militaires ont cessé», a-t-il déclaré à des journalistes.

 

«Le résultat est que, si tout est O.K., cela signifie que les combats autour d’Alep-Est sont terminés», a-t-il ajouté.

 

Plusieurs journalistes de l’AFP en place dans le quartier tenu par les forces du régime où doit se dérouler l’évacuation n’avaient toutefois constaté encore aucun mouvement peu avant 22h. De nombreux autobus vides devant servir à ces évacuations y étaient toujours stationnés, près du quartier Salahadinne.

 

L’ambassadeur russe sortait d’une réunion en urgence du Conseil de sécurité sur la situation dans cette partie de la ville du nord de la Syrie. Devant le conseil, il a précisé que «les combattants et les membres de leurs familles ainsi que les blessés passent actuellement par des couloirs en direction de lieux de leur choix, dont Idleb».

 

L’accord sur cette évacuation a «été conclu il y a quelques heures et il est en train d’être mis en oeuvre [...], les gens partent», a-t-il précisé. «Dans l’heure qui vient de s’écouler», a-t-il insisté, «les activités militaires à Alep-Est ont cessé».

 

Un enjeu humanitaire

 

L’enjeu humanitaire est immense puisque des dizaines de milliers de personnes restaient assiégées dans les derniers quartiers rebelles d’Alep.

 

Selon un responsable du groupe rebelle Noureddine al-Zinki, l’accord visant à évacuer «les habitants et les rebelles avec leurs armes légères des quartiers assiégés», a été conclu «sous la houlette de la Russie et de la Turquie», soutiens respectifs du régime de Bachar al-Assad et de la rébellion.

 

Une source à Ahrar al-Cham, autre influent groupe rebelle islamiste, a confirmé l’accord, de même qu’un responsable de la Coalition de l’opposition, Ahmad Ramadan, qui a dit s’attendre «à ce que les civils sortent en premier».


Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et à l’artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d’Alep-Est conquis en 2012 et sont cantonnés surtout dans le grand quartier d’al-Machad.

 

Déjà, plus de 130 000 civils ont fui les quartiers Est, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

 

Cruauté barbare

Incapable d’arrêter la machine de guerre du régime de Bachar al-Assad qui a reconquis la quasi-totalité d’Alep à la faveur d’une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre, la communauté internationale tentait dans l’urgence de stopper le drame humanitaire dans la ville.

 

Le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, a fait état «d’informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants» dans des quartiers de la ville repris par l’armée.

 

Le chef du groupe de travail sur l’aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a également dénoncé «les atrocités commises par les milices victorieuses à Alep».

 

«Notre sort est scellé […] Nous allons mourir ou nous serons arrêtés», a dit, résigné, Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques Blancs, l’organisation des secouristes dans le secteur rebelle.

 

Ruines à perte de vue
 

L’armée syrienne et ses alliés, des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, contrôlent désormais plus de 90 % d’Alep-Est, selon l’OSDH.

 

La télévision d’État a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles : des ruines et des gravats à perte de vue.

 

Quittant cette zone, des centaines d’hommes et de femmes formaient une file sans fin et avançaient à petits pas dans le froid et la boue, certains emmitouflés dans des couvertures ou des manteaux, portant leurs enfants et leurs maigres possessions dans des sacs en plastique.

 

«Alep est dans une situation d’urgence absolue : environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés», a déclaré à l’AFP la présidente de Médecins du Monde, Dr Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet «enfer».

 

Le Fonds de l’ONU pour l’enfance a appelé à une évacuation de milliers d’enfants d’Alep-Est, dont plus d’une centaine sont pris au piège des combats selon elle.

 

Une reprise totale d’Alep permettra au régime de contrôler les cinq plus grandes villes du pays, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement rendu possible par le soutien crucial de Moscou, allié indéfectible du régime.

 

En quatre semaines, l’offensive a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l’OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles à Alep-Ouest.

 

Le conflit en Syrie a fait depuis mars 2011 plus de 310 000 morts et jeté hors de leurs foyers plus de la moitié de la population.