Asphyxiés à Alep, les rebelles appellent à un cessez-le-feu

80 000 personnes ont fui Alep-Est depuis le 15 novembre.
Photo: George Ourfalian Agence France-Presse 80 000 personnes ont fui Alep-Est depuis le 15 novembre.

Les rebelles syriens ont appelé mercredi à un cessez-le-feu immédiat de cinq jours à Alep et à l’évacuation des civils, après avoir perdu encore du terrain dont la vieille ville face aux troupes du régime.

 

Un appel à la trêve a aussi été lancé par six capitales occidentales, dont Washington, Paris et Londres, devant la «catastrophe humanitaire» dans la partie orientale d’Alep, deuxième ville de la Syrie en guerre.

 

Critiqués pour leur inaction, ces pays occidentaux condamnent aussi, dans leur déclaration commune, «les actions du régime syrien et de ses partisans étrangers, en particulier la Russie, pour leur obstruction à l’aide humanitaire».

 

Ce projet de cessez-le-feu devrait être discuté par les chefs de la diplomatie américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, dont le pays soutient militairement le régime syrien, vers 19 h à Hambourg (Allemagne).

 

Mais les différents appels à la trêve ont peu de chances d’être entendus par le régime de Bachar al-Assad qui, fort de ses succès militaires, a exclu tout cessez-le-feu «ne prévoyant pas la sortie de tous les terroristes» d’Alep-Est.

 

Cinq ans et demi après le début du conflit, le régime est en bonne position pour infliger sa défaite la plus cuisante à l’opposition armée en reprenant la totalité d’Alep, son ex-capitale économique.

 

Appuyés par des combattants iraniens et d’Hezbollah libanais, les soldats qui contrôlent les quartiers occidentaux d’Alep ont lancé le 15 novembre une offensive pour reprendre les secteurs est de la ville conquis en 2012 par les rebelles.

 

Ils n’ont cessé depuis d’avancer, soutenus par des raids aériens et des tirs d’obus quasi ininterrompus, et ont réussi à s’emparer de 80 % des quartiers rebelles, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

 

Selon le géographe spécialiste de la Syrie, Fabrice Ballanche, les rebelles ne contrôlent plus que 10 km2 d’Alep-Est (sur 60 km2).

 

Mercredi, les forces prorégime ont remporté une victoire symbolique en reprenant la Vieille ville, le coeur historique d’Alep, sans même combattre. Les rebelles s’en sont retirés «de peur d’être assiégés», selon l’OSDH.

 

Situation «déchirante» 
 

L’armée et ses alliés occupent toute la partie à l’est de la célèbre citadelle, le monument emblématique d’Alep resté aux mains du régime.

 

Au pied de cet imposant édifice médiéval, s’étend la Vieille ville, qui était le coeur touristique d’Alep avec ses souks, hôtels et restaurants, désertés depuis le début de la guerre.

 

Les prorégime ont également repris trois quartiers proche de la vieille ville -Bab al-Nayrab, Maadi et Marjé- et selon un correspondant de l’AFP, les dernières zones encore aux mains des rebelles sont soumises à d’intenses bombardements.

 

Alors qu’ils sont acculés dans les secteurs sud, où ils sont totalement assiégés, les groupes rebelles ont réclamé que les civils «souhaitant quitter Alep-Est» puissent se rendre «dans le nord de la province d’Alep», où les insurgés contrôlent encore des secteurs.

 

Ils souhaitent que des «négociations sur l’avenir de la ville» puissent débuter lorsque la situation humanitaire se serait améliorée.

 

Le patron de l’ONU Ban Ki-moon a jugé «déchirante» la situation des civils à Alep, après avoir appelé lui aussi à un cessez-le-feu.

 

L’intensité des combats accélère l’exode de la population : 80 000 personnes ont fui Alep-Est depuis le 15 novembre alors que 250 000 habitants y résidaient avant l’offensive, selon l’OSDH.

 

Douze morts à Alep-Ouest
 

Les déplacés cherchent refuge dans les quartiers gouvernementaux de l’ouest d’Alep ou dans les zones contrôlées par les forces kurdes, a précisé l’ONG. D’autres habitants ont fui dans des quartiers encore aux mains des rebelles.

 

«Nous n’avons pas dormi, la situation est très difficile», a raconté à l’AFP Oum Abdo, une femme de 30 ans qui a quitté le quartier de Bab al-Hadid avec son mari, ses cinq enfants et sa mère.

 

«Les quatre derniers jours ont été très éprouvants», a-t-elle ajouté, en attendant de monter dans un bus affrété par le gouvernement pour se rendre dans un camp de déplacés.

 

Hassan Atlé, qui a quitté son quartier de Bayada, témoigne des difficultés qu’il avait à acheter les biens de première nécessité depuis le début du siège d’Alep-Est en juillet. «Les hausses de prix étaient incroyables. C’était vraiment difficile de se procurer du lait ou des couches pour mon fils de 8 mois. Heureusement que les gens se sont entraidés.»

 

Au moins 369 civils ont été tués, dont 45 enfants, à Alep-Est depuis le 15 novembre, selon l’OSDH. 92 civils, dont 34 enfants, l’ont été dans la partie occidentale d’Alep visées quotidiennement par des tirs rebelles.

 

Selon un responsable gouvernemental local, 12 personnes, dont sept enfants, ont péri par des tirs rebelles mercredi à Alep-ouest.

 

 

3 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 décembre 2016 11 h 58

    Alep vs Hambourg

    Le choix de la ville d’Hambourg comme lieu des pourparlers russo-américains est ironique.

    Un des livres les plus importants que j’ai lus dans ma vie est « Inferno : The Fiery Destruction of Hambourg - 1943 » de Keith Lowe.

    C’est la description minutieuse et sans jugement moral des bombardements anglais d’Hambourg, la ville portuaire où l’Allemagne nazie fabriquait ses sous-marins.

    Après avoir bombardé les quartiers industriels de la ville, on s’est rendu compte que le Reich était en mesure de reprendre la production en moins de six mois.

    Donc on a changé de stratégie. On a détruit la moitié des quartiers résidentiels de la ville dans le but de priver les usines de main-d’œuvre.

    À cette fin, on a créé des murs de feu au sein desquels les civils mourraient asphyxiés par manque d’oxygène, où ceux qui voulaient fuir en étaient empêchés parce que l’asphalte se changeait en goudron sous leurs pieds, etc.

    Les bombardements russes à Alep, aussi cruels soient-ils, ne sont rien en comparaison de ceux d’Hambourg, de Dresde et d’Hiroshima.

    En réalité, la guerre est une boucherie. Elle l’a toujours été et le sera toujours.

    Permettre aux mercenaires islamistes de fuir la ville, c’est leur permettre de reprendre leurs forces et les retrouver à défendre Rakka, de nouveau contre les Russes.

    Les Russes ne sont pas stupides. Ils ont déjà décrété deux trêves humanitaires à Alep afin de permettre aux civils de quitter la ville. Le choix de la Russie à Alep est maintenant simple : prolonger l’agonie ou donner le coup de grâce.

  • Michel Lebel - Abonné 7 décembre 2016 16 h 50

    Manque de courage!

    Certes les Russes ne sont pas stupides! Mais l'Occident, par choix et manque de courage, s'est laissé berner par Poutine et ses sbires. Honte à un certain Obama, ici grand parleur, mais petit faiseur. Enfin inutile de se faire distraire par la boucherie d'Hambourg, voire de Dresde, lors de la Seconde Guerre mondiale. Alep demeurera une boucherie causée principalement par Assad et Poutine. Telle est la triste vérité.


    Michel Lebel

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 8 décembre 2016 09 h 35

      Toutes les villes à reconquérir des mains d’Al-Qaida ou de l’État islamique — que ce soit par les Russes en Syrie ou par les Américains en Irak — seront des boucheries.

      La seule différence, c’est que le nombre de morts civiles nous sera précisé par les agences de presse occidentales quand c’est la Russie et qu’elles omettront de nous le dire dans le cas des Américains. Parce que la guerre en Syrie est aussi une guerre de propagande.

      Si vous connaissez un moyen de mener une guerre de type insurrectionnel sans faire de morts civiles, M. Lebel, je serai le premier à demander que toutes les armées du monde se placent sous votre commandement.