Moscou annonce une trêve humanitaire pour jeudi à Alep

Les Casques blancs ont travaillé sans relâche lundi pour dégager des dizaines de personnes coincées sous les décombres d’un immeuble à la suite d’une frappe dimanche sur le quartier de Qaterji, à Alep.
Photo: Karim Al-Masri Agence France-Presse Les Casques blancs ont travaillé sans relâche lundi pour dégager des dizaines de personnes coincées sous les décombres d’un immeuble à la suite d’une frappe dimanche sur le quartier de Qaterji, à Alep.

La Russie a annoncé lundi une « trêve humanitaire » de quelques heures jeudi dans la ville syrienne d’Alep où ses bombardements et ceux du régime pourraient s’apparenter à des crimes de guerre selon l’Union européenne.

Sur le terrain, les aviations russe et syrienne poursuivaient leurs frappes sur la grande ville du nord du pays pour appuyer l’offensive majeure des forces du régime, lancée le 22 septembre et dont l’objectif est de reprendre les quartiers rebelles, qui leur échappent depuis quatre ans.

Moscou a annoncé que les armées russe et syrienne suspendraient « leurs frappes aériennes et tous les autres tirs » jeudi à Alep « de 8 h à 16 h » heure locale. Cette décision a été prise « avant tout pour permettre aux civils de quitter [la ville] en toute liberté, pour évacuer les malades et les blessés et assurer le retrait des rebelles armés » a déclaré le général Sergueï Roudskoï, de l’état-major russe.

Les Nations unies et l’UE ont salué cette initiative, mais estimé que la durée de la trêve n’était pas suffisante pour permettre aux convois humanitaires d’acheminer l’aide aux civils des quartiers rebelles assiégés d’Alep.

« Toute pause dans les hostilités est positive pour la population […] mais nous avons besoin de plus de temps pour mettre en route la machine humanitaire », a commenté le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric, en rappelant que l’ONU réclamait des pauses d’au moins 48 heures.

47 morts en 24 heures

En attendant la trêve, un nouveau raid aérien ayant visé lundi matin le quartier rebelle de Marjé a coûté la vie à 13 civils, dont 12 d’une même famille.

Le bilan de ce raid porte à 47 le nombre de morts en 24 heures dans l’est de la ville, selon cette ONG. Des dizaines d’autres personnes ont été blessées lundi.

D’après le correspondant de l’AFP dans la partie rebelle d’Alep, les Casques blancs (secouristes dans les zones insurgées) ont travaillé sans relâche lundi pour dégager des dizaines de personnes coincées sous les décombres d’un immeuble à la suite d’une frappe dimanche sur le quartier de Qaterji. Dix-huit civils y ont péri, selon un nouveau bilan de l’OSDH.

« Il y a encore des familles sous les gravas […] Les hôpitaux sont débordés. C’est un désastre », a déploré l’ambulancier Abou Mohammed.

Plus de 430 personnes ont péri dans des bombardements dans la partie rebelle de la ville, dans l’est, depuis le début de l’assaut, selon l’OSDH.

En outre, 82 habitants ont été tués par des tirs rebelles sur les secteurs tenus par les forces du régime, dans l’ouest de la ville, d’après cette même source.

Condamnation ferme

L’Union européenne a fermement condamné lundi l’attitude de la Russie dans le conflit syrien, sans envisager de sanctions, mais en avertissant qu’elle était passible de poursuites pour « crimes de guerre » en participant aux bombardements. « Depuis le début de l’offensive par le régime et ses alliés, particulièrement la Russie, l’intensité et l’échelle des bombardements aériens sur Alep-est est clairement disproportionnée », écrivent les 28.

« Et le ciblage délibéré d’hôpitaux, de personnels médicaux, d’écoles et d’infrastructures vitales, tout comme l’usage de bidons d’explosifs, de bombes à sous-munitions et d’armes chimiques constituent une escalade catastrophique du conflit. »

Si l’UE n’envisage pas de sanctions contre la Russie, elle a cependant décidé d’amorcer des travaux en vue de sanctions individuelles complémentaires contre des Syriens « soutenant le régime pendant la durée de la répression ».

En réponse à l’offensive syro-russe, les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient brandi ce week-end la menace de nouvelles sanctions économiques contre la Syrie et la Russie.

Le conflit syrien, qui a débuté après la répression en 2011 par le régime de manifestations prodémocratie, a fait plus de 300 000 morts.

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