La terreur au quotidien

Un jeune Palestinien lance des pierres en direction d’un check point près de Qalandiya, là où une jeune femme a été abattue par des gardes privés en avril dernier parce qu’ils la soupçonnaient de vouloir les attaquer.
Photo: Abbas Momani Agence France-Presse Un jeune Palestinien lance des pierres en direction d’un check point près de Qalandiya, là où une jeune femme a été abattue par des gardes privés en avril dernier parce qu’ils la soupçonnaient de vouloir les attaquer.

À la sortie du quartier des restaurants de Neveh Tzedek, le quartier à la mode près de l’ancienne gare de Jaffa à Tel-Aviv, un individu semble prendre le frais sur un banc. Un homme qui n’est pas tout à fait comme les autres puisqu’il s’agit d’un garde de sécurité en civil. Rien pourtant ne le distingue de la foule bigarrée qui fréquente l’endroit. Dans tous les centres commerciaux, les quartiers achalandés et les lieux publics d’Israël, on retrouve ce genre de « flâneurs » qui surveillent les allées et venues et scrutent chaque visage. La plupart ont été recrutés à la sortie de leur service militaire, qui dure trois ans pour les hommes. Ils sont souvent armés et ont reçu une formation poussée qui leur permet de détecter le moindre détail suspect et d’y réagir sur-le-champ.

Depuis les attentats de Paris, plusieurs délégations des grandes chaînes de distribution française sont venues en Israël pour enquêter. Mais on vient de partout, y compris du Canada, pour savoir comment font les Israéliens pour vivre avec une terreur aujourd’hui devenue pratiquement permanente. Le 13 novembre prochain, le maire de Montréal, Denis Coderre, dirigera d’ailleurs une mission économique organisée en marge de la conférence HLS Cyber. Un salon qui regroupe notamment quelques-uns des fleurons de l’économie israélienne dans les domaines de la défense et de la sécurité.

20% du budget

Depuis moins d’un an, les Israéliens ont été la cible de plus de 200 attentats, allant d’une bombe déposée dans un bus à plus d’une centaine d’attaques au couteau. Avec l’approche des fêtes du Nouvel An juif, l’accalmie des derniers mois semble révolue. Pourtant, on voit moins de militaires dans les rues de Tel-Aviv que dans celles de Paris.

C’est que « nous avons beaucoup appris avec les années, dit Amos Arel, correspondant militaire en chef du quotidien Haaretz. Ici, cela fait 45 ans que nous vivons avec le terrorisme. » Les attentats de Nice et de l’aéroport de Bruxelles auraient été impensables dans ce pays qui consacre, il faut le dire, près de 20 % de ses budgets à la sécurité et à la défense. Le premier parce qu’en ce 14 juillet, tous les accès à la plage auraient été bloqués avec des blocs de béton ou des véhicules lourds destinés à bloquer les voitures-béliers. Le second parce qu’en Israël, le premier contrôle de l’aéroport de Tel-Aviv est à plusieurs kilomètres du terminal.

Israël possède probablement les meilleurs systèmes de surveillance par caméras et de reconnaissance optique, qu’elle vend d’ailleurs au monde entier. Il en va de même de ses systèmes antidrones, largement subventionnés par les budgets de la Défense. En 2011, l’Institut international suédois pour la recherche de la paix estimait que 40 % des drones dans le monde venaient d’Israël. En 2015, les entreprises israéliennes de gardiennage et de sécurité employaient 105 000 salariés, soit 3 % de la population active du pays. Un gardien de sécurité sur trois est armé. C’est sans compter les 176 500 jeunes enrôlés dans le service militaire et les 445 000 réservistes. Presque tous les Israéliens ont donc bénéficié d’une formation militaire et presque tous ont une conscience aiguë du danger terroriste. « Je peux vous dire qu’il est plus dangereux aujourd’hui de se promener dans les rues de Paris que dans celles de Tel-Aviv », dit Amos Arel.

Le nouveau terrorisme

Le pays n’a pas hésité à dépenser des milliards pour développer de nouveaux systèmes de sécurité. Ainsi, les principaux postes de contrôle entre la Cisjordanie et Israël sont équipés de chiens dressés à détecter les explosifs. Mais, comme les musulmans ne supportent pas d’être reniflés par un chien, les bêtes sont installées dans des pièces aseptisées vers lesquelles est soufflé l’air de la zone de contrôle. Quant aux militaires, ils sont derrière des vitres pare-balles et ne peuvent avoir aucun contact physique avec les Palestiniens. Plusieurs de ces postes de contrôle sont exploités par des agences de sécurité privées sous contrat avec l’État.

« Il nous a fallu du temps pour nous adapter à la nouvelle vague de terrorisme, dit Amos Arel. Les attentats commis entre 2000 et 2006 l’étaient par des réseaux organisés. Ceux d’aujourd’hui le sont par des individus isolés souvent radicalisés par un leader religieux ou sur Internet. » La clé se trouve dans l’action des services de renseignement, dit Amos Arel. Mais il admet que cette guerre est souvent sale.

« Ça n’a rien d’hygiénique », confie-t-il. En avril dernier, au check point de Qalandiya, une jeune femme de 24 ans enceinte a été abattue avec son frère de 16 ans par des gardes privés. La jeune femme était soupçonnée d’avoir voulu lancer un couteau sur les gardes. Ces jours-ci, le pays est déchiré par le procès en Cour martiale d’Elor Azaria, un infirmier de 19 ans de l’armée accusé d’avoir achevé froidement, à Hébron le 24 mars dernier, un terroriste armé d’un couteau mais qui était au sol et déjà blessé.

L’échange de renseignements

Pour s’adapter à cette nouvelle forme de terrorisme, Israël a renforcé l’échange de renseignements avec l’Autorité palestinienne de Cisjordanie, dit Amos Arel. Celle-ci fait souvent le sale boulot, en envoyant ses agents dans les écoles palestiniennes par exemple. Israël a aussi renforcé la surveillance des médias sociaux. On estime que le pays représente aujourd’hui 10 % du marché mondial de la cybersécurité.

« Chaque nuit, grâce à nos services de renseignement, nous attrapons entre cinq et vingt Palestiniens qui veulent traverser la barrière de sécurité », dit le colonel Dany Tirza, responsable de la planification stratégique du mur de sécurité qui sépare Israël de la Cisjordanie. Longue de 700 kilomètres, cette barrière est bourrée de capteurs et de caméras électroniques.

Même s’il écrit dans un journal réputé de gauche, Amos Arel juge que la sécurité a un prix. « Sans sombrer dans le scénario de 1984, il faut être prêt à donner plus de moyens matériels et légaux aux forces de sécurité », dit-il. Selon lui, la première chose à faire en Europe pour combattre le terrorisme serait de rétablir les frontières nationales. « La liberté de mouvement entre les pays est une folie », dit-il, si l’on veut combattre sérieusement le terrorisme.

7 commentaires
  • Lyse Brunet - Abonnée 1 octobre 2016 07 h 36

    Colonies juives et sécurité

    Combattre efficacement le terrorisme en Israël, cela devrait commencer par l'élimination du terrorisme d'État que sont les colonies juives en terre palestinienne.

  • Richard Lupien - Abonné 1 octobre 2016 07 h 41

    Ignorance

    Monsieur Rioux,

    Allez-vous parler dans un prochain article de la violence que subit le peuple palestinien depuis cinquante ans ?

    Votre article me laisse plus que perplexe et étonné.

    Je ne vous savais pas de cet acabit. Malheur, un autre malheur encore, par cet article qui ne rend aucunement justice au peuple palestinien.

    • Robert Bernier - Abonné 1 octobre 2016 11 h 04

      Ce ne sont pas les palestiniens qui l'ont invité et qui défraient sans doute une partie de ses dépenses.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Michèle Cossette - Abonnée 1 octobre 2016 18 h 57

      Je suis contre les politiques du gouvernement israélien sur la question palestinienne.
      Mais je ne vois pas en quoi le fait d'expliquer comment les choses se passent en Israël peut desservir le peuple palestinien.
      Je trouve au contraire cet article très instructif.

  • Raymond Morin - Abonné 1 octobre 2016 17 h 59

    Visite guidée en Israel

    Bel article M. Rioux. Le CIJA-Québec doit surement être satisfait.
    J`étais au courant que des organismes comme le CIJA offrait des visites guidées de `sensibilisation` à la cause Israélienne à nos élus, mais c`était une découverte pour moi que ce genre de voyage s`offrait aux journalistes.
    Vous avez manquez de mentionner qu`une bonne partie du budget militaire d`Israël proviens du gouvernement des États-Unis pour la somme de 4 milliards par ans, sans conditions de se conformer aux résolutions des Nations Unis et de freiner sa colonisation. 4 milliards par ans c`en achète des bébelles pour surveiller les Palestiniens, excusez-moi, les terroristes!
    Tandis que vous êtes dans le coin, pensez-vous faire un petit séjour dans la bande de Gaza? Eux aussi subissent la terreur au quotidien sans portes de sorties. Demander la question c`est d`y répondre, n`est-ce pas?

  • Carmen Labelle - Abonnée 1 octobre 2016 22 h 43

    Israël armé jusqu'au dents ;un rapport de force plus qu'inégal , scandaleux.

    Ouf ,je suis estomaquée par cet article qui fait la promotion d'israël et ignore les crimes de guerre et les violations territoriales contre la Palestine.

  • Marc Tremblay - Abonné 2 octobre 2016 05 h 35

    La terreur qu'on a choisie

    Si Israël rendait justice aux Palestiniens et négociait une vraie paix afin que les deux nations coexistent dans une relative harmonie comme les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud, il n'y aurait plus de terreur.