Un scrutin marqué par le retour des islamistes

À 19 h locales, plus de 1,4 million de Jordaniens avaient voté, plus que lors du dernier scrutin de 2013 (1,2 million), selon la commission électorale qui n’a pas communiqué le taux de participation.
Photo: Raad Adayleh Associated Press À 19 h locales, plus de 1,4 million de Jordaniens avaient voté, plus que lors du dernier scrutin de 2013 (1,2 million), selon la commission électorale qui n’a pas communiqué le taux de participation.

Les Jordaniens continuaient de voter mardi pour renouveler leur Parlement, après le prolongement d’une heure du scrutin qui marque le retour des Frères musulmans, principale force d’opposition dans le royaume.

Les bureaux de vote ont ouvert à 7 h locales et devaient fermer douze heures plus tard. Mais la commission électorale a décidé de prolonger le vote d’une heure dans les grandes villes, dont la capitale, en raison de la « grande affluence » des électeurs.

À 19 h locales, plus de 1,4 million de Jordaniens avaient voté, plus que lors du dernier scrutin de 2013 (1,2 million), selon la commission électorale qui n’a pas communiqué le taux de participation.

Près de 4,1 millions d’électeurs, sur une population de 6,6 millions d’habitants étaient appelés à départager 1252 candidats pour 130 sièges.

À Fuhais, au nord-ouest d’Amman, des files d’attente étaient encore formées peu avant l’heure de fermeture initiale, selon un correspondant de l’AFP.

Baraa Zeidan, 19 ans, vote pour la première fois dans cette localité chrétienne. « J’ai choisi ceux qui vont me représenter. J’espère qu’ils seront à la hauteur et qu’ils résoudront nos problèmes notamment dans les transports, l’emploi et le système scolaire ».

« Notre situation empire et nous voulons construire un avenir meilleur », a ajouté cet étudiant.

Les analystes ne prévoient pas de grands changements au Parlement, qui jouit de pouvoirs limités. La majorité devrait rester occupée par des hommes d’affaires et des responsables de tribus loyaux à la monarchie.

Des irrégularités

La Coalition nationale pour la réforme, formée par les Frères musulmans, s’est félicitée à la mi-journée de l’affluence sur les bureaux de vote. Elle a cependant dénoncé « plusieurs » irrégularités, notamment des tentatives d’influencer les électeurs et l’achat de voix devant des bureaux de vote.

« Des petits incidents ont été enregistrés dans certaines régions, comme des bagarres entre partisans de candidats rivaux ou des tirs en l’air devant un bureau de vote », a déclaré le général Atef Al-Saoudi, directeur de la Sûreté nationale, au cours d’une conférence de presse.

Le chef des observateurs de l’Union européenne, Jo Leinen, a fait état de son côté de « transport organisé » d’électeurs dans certains bureaux de vote, ainsi que « de la présence d’affiches et de bannières » de candidats dans les bureaux de vote.

Le scrutin est supervisé par 14 000 observateurs locaux et 676 internationaux.

Les islamistes avaient boudé les élections en 2010 et 2013 pour dénoncer des scrutins entachés d’irrégularités et une loi électorale favorisant le vote tribal favorable au régime.

Ils dénoncent aussi le découpage des circonscriptions électorales, jugé injuste et exigent l’instauration d’un système parlementaire dans lequel le premier ministre serait issu de la majorité du Parlement, et non plus nommé par le roi.

Contexte délicat

Affaiblis par des divisions internes et une répression des autorités, les islamistes avaient annoncé en juin qu’ils participeraient aux législatives après un amendement de la loi électorale longtemps critiquée par l’opposition.

Les autorités affirment avoir entamé des réformes pour « consolider la démocratie » dans le royaume, amendant récemment la loi électorale pour permettre notamment aux partis politiques de présenter des listes, rompant ainsi avec le système controversé de « voix unique » qui avantageait les candidats des tribus, acquis au pouvoir.

Malgré des réformes jugées insuffisantes par les islamistes, ces derniers ont décidé de participer au scrutin pour retrouver leur « légitimité » et améliorer leur rapport avec le pouvoir, selon des analystes.

Le scrutin se déroule dans un contexte délicat pour le royaume. L’économie a été sévèrement touchée par les conflits qui font rage dans les pays voisins, en Irak et en Syrie, et l’accueil de centaines de milliers de réfugiés qui pèsent lourdement sur les finances du pays.

« Nous sommes fiers en Jordanie d’avoir recours aux urnes et nous dialoguons à travers des élections, tandis qu’on n’entend que le bruit des canons dans plusieurs pays de la région », s’est félicité mardi Mohamad Momani, le porte-parole du gouvernement.

La commission électorale n’a pas fixé de date pour l’annonce des résultats de ces législatives. Mais dans l’après-midi le ministère de l’Enseignement a annoncé dans un communiqué l’arrêt des cours mercredi et jeudi dans les écoles qui ont servi de bureaux de vote, « pour terminer l’opération électorale ».

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