Syrie: le groupe EI libère des centaines d’habitants de Minbej pris en otage

Un drapeau du groupe EI sur la route de Minbej
Photo: Delil Souleiman Agence France-Presse Un drapeau du groupe EI sur la route de Minbej

Le groupe État islamique a libéré des centaines de civils qu’il avait emmenés comme boucliers humains en se retirant de son fief stratégique de Minbej, dans le nord de la Syrie, après avoir été mis en déroute par des combattants soutenus par Washington.
 

Sur un autre front de la guerre en Syrie, au moins 22 civils dont des enfants ont été tués dans des dizaines de raids de l’aviation du régime et celle de l’allié russe dans la province d’Idleb (nord-ouest) contrôlée en grande partie par les rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Vendredi, les derniers djihadistes se sont retirés de Minbej qui leur servait de carrefour de ravitaillement entre la Turquie et les régions sous leur contrôle en Syrie. La ville a été qualifiée par Washington de « plaque tournante » du groupe EI vers l’Europe, où le groupe extrémiste a revendiqué plusieurs attentats meurtriers.

La défaite du groupe EI à Minbej est la pire du groupe face aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants arabes et kurdes soutenue pendant les plus de deux mois de bataille par les frappes américaines.

 
Prise d'otages

Dans leur retraite, les djihadistes avaient emmené comme boucliers humains près de 2000 civils, dont des femmes et des enfants.
 

Parmi eux « figurent des habitants qui ont été utilisés comme boucliers mais aussi beaucoup qui ont choisi de partir volontairement par peur de représailles » des FDS, a indiqué l’OSDH. Plusieurs centaines « sont désormais en liberté ».

   

Une source des FDS a pour sa part précisé à l’AFP qu’une « partie des civils avait pu s’échapper sur la route menant à Jarablous [fief du groupe EI au nord de Minbej], d’autres ont été relâchés », sans pouvoir confirmer si tous avaient été libérés.

Quand leurs adversaires tentent de prendre les villes qu’ils contrôlent, les combattants du groupe EI utilisent les civils comme boucliers humains, soit en se cachant parmi eux pour éviter les bombardements, soit en les prenant en otages.

Les FDS s’étaient emparées de Minbej le 6 août. Une poignée de djihadistes a résisté pendant une semaine, mais samedi, l’OSDH et la source des FDS ont confirmé la sortie de l’ensemble des combattants du groupe EI.

« Il n’y a plus aucun combattant du [groupe] EI », a indiqué une source des FDS. « Il n’y a plus ni djihadistes ni partisans du groupe. Ils sont tous sortis », a indiqué à l’AFP M. Abdel Rahmane.

Dans la ville, où la grande partie des habitations sont quasi-détruites par les raids aériens ou les bombardements, des dizaines de civils dont des femmes et des enfants ont fait le V de la victoire, selon des images de l’AFP.

« Nous avons libéré Minbej des djihadistes et nous l’avons ratissée. Les civils sont désormais en sécurité », a lancé Nairouz Serekaniyé, une combattante kurde en habit militaire et la tête coiffée d’un foulard, alors qu’un véhicule blindé des FDS sillonne la rue.

Non loin, un habitant implore « les autorités concernées de nettoyer la ville des explosifs et des mines » laissés par le groupe EI. « Tous les jours, il y a des gens dont des femmes et des enfants meurent à cause des mines ».

Jamal Abou al-Abaybé se plaint aussi des difficiles conditions de vie avec les coupures de courant et les pénuries de produits alimentaires et de carburant.

 

Civils libérés
La télévision Kurdistan24, basée en Irak, a diffusé des images de femmes le visage dévoilé portant leurs bébés, le sourire aux lèvres. Devant la caméra, une femme brûle une longue robe noire imposée par les djihadistes tandis que des hommes se coupaient la barbe avec des ciseaux. Le groupe EI interdit aux hommes de se faire raser.

En un peu plus de deux mois de bataille, 437 civils ont été tués dont 105 enfants dans Minbej et sa région, alors qu’environ 300 membres des FDS et 1000 djihadistes ont péri, selon l’OSDH.

D’après cette ONG, le groupe EI, responsable d’atrocités -enlèvement, viols, décapitations-, ne contrôle plus que 35 % du territoire syrien contre 50 % en 2015, après plusieurs revers.

Après la perte de Minbej, le groupe occupe toujours dans la province d’Alep les villes d’Al-Bab, de Dabiq et surtout celles de Jarablos et d’Al-Raï situées à la frontière turque.

Il contrôle également la majorité de la province voisine septentrionale de Raqa et totalement son chef-lieu éponyme, considéré comme sa capitale de facto. Plus à l’est, le groupe EI domine la majeure partie de la province pétrolière de Deir Ezzor, limitrophe de l’Irak et contrôle 60 % du chef-lieu éponyme.

Ailleurs dans le pays, à Alep, les combats se poursuivaient samedi entre régime et rebelles, chacun des protagonistes cherchant à s’emparer de l’ensemble de la ville stratégique. Au moins 209 civils, dont 55 enfants ont péri en 13 jours, selon l’OSDH.

Déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie s’est complexifié avec l’intervention de pays étrangers et la montée en puissance de djihadistes, et a fait plus de 290.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.