L’ONU craint pour les 1,5 million d’habitants d’Alep

Des centaines de milliers de civils sont désormais pris au piège à Alep avec notamment d’importantes pénuries et une flambée des prix.
Photo: Manu Brabo Associated Press Des centaines de milliers de civils sont désormais pris au piège à Alep avec notamment d’importantes pénuries et une flambée des prix.

L’ONU a appelé à un accès humanitaire immédiat aux quelque 1,5 million d’habitants à Alep près de laquelle des combats opposaient mardi régime aux rebelles, qui se préparent à une bataille cruciale pour le contrôle de cette deuxième ville de Syrie.

Dans les combats, le régime est soutenu par les avions de l’allié russe et des combattants iraniens, irakiens et du Hezbollah libanais, et les groupes rebelles par la puissante organisation djihadiste Fateh al-Cham (ex-Front al-Nosra qui a renoncé à son rattachement à al-Qaïda).

Les deux camps ont reçu d’importants renforts en hommes et en armes à Alep et dans ses environs, après que les rebelles ont brisé samedi trois semaines de siège imposé par le régime aux quartiers sous leur contrôle dans la ville septentrionale divisée depuis 2012.

À la faveur de cette contre-offensive, les rebelles ont pu du même coup encercler partiellement les quartiers prorégime dans l’ouest d’Alep, avant d’annoncer leur intention de s’emparer de l’ensemble de la ville, enjeu majeur du conflit qui ravage le pays depuis plus de cinq ans.

Des centaines de milliers de civils sont désormais pris au piège à Alep avec notamment d’importantes pénuries et une flambée des prix, poussant l’ONU à tirer la sonnette d’alarme.

« L’ONU se tient prêt à aider la population civile d’Alep, une ville désormais unie dans sa souffrance », ont affirmé le coordinateur humanitaire de l’ONU pour la Syrie, Yacoub El Hillo, et le coordinateur régional Kevin Kennedy.

Les stocks de nourriture et de médicaments sont « à un niveau dangereusement bas », ont-ils prévenu, appelant à des « pauses humanitaires hebdomadaires de 48 heures » dans les combats.

Conditions

Les États-Unis et la France ont réclamé mardi que de l’aide humanitaire puisse parvenir dans la ville syrienne assiégée d’Alep, avant que ne soit envisagée la tenue de nouveaux pourparlers de paix.

L’ambassadrice américaine auprès de l’ONU Samantha Power a déclaré à la presse qu’il était urgent de reprendre les négociations, « mais le contexte des discussions doit aussi être correct ».

« Sur l’accès humanitaire, nous sommes en marche arrière », a ajouté l’ambassadrice, à l’issue d’une réunion à huis clos du Conseil de sécurité.

En revanche, la Russie a maintenu qu’il ne devrait y avoir aucune condition préalable à de telles tractations, que les Nations unies espèrent reprendre à Genève à la fin du mois.

L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a relevé que Moscou discutait avec Washington au sujet de la livraison d’aide humanitaire à Alep, mais rejeté toute suggestion que les pourparlers de paix pourraient capoter à cause de la situation dans cette ville. Selon lui, l’écueil le plus important dans les discussions est l’insistance de l’opposition à ce que le président Bachar al-Assad quitte le pouvoir.

Accès périlleux

Aussi bien le régime que les rebelles parviennent encore à faire entrer de la nourriture et d’autres produits dans les secteurs sous leur contrôle, mais ces voies d’acheminement ne sont pas assez sûres pour permettre aux civils de les emprunter.

« Toute la ville est sans eau courante depuis quatre jours. Les enfants et les familles à Alep sont confrontés à une situation catastrophique », s’est alarmé le Fonds de l’ONU pour l’enfance (UNICEF).

« Ces coupures d’eau surviennent en pleine canicule, ce qui expose les enfants à des risques graves de maladies, a souligné Hanaa Singer, représentante d’UNICEF en Syrie. Le rétablissement de l’eau potable courante ne peut pas attendre la fin des combats. La vie des enfants est en danger. »