Les rebelles d’Alep s’acharnent à rouvrir leur dernière route d’accès

Au total, près de 600 000 personnes vivent dans 18 zones ou localités assiégées en Syrie, dans la plupart des cas par les forces gouvernementales.
Photo: Fadi Al-Halabi Agence France-Presse Au total, près de 600 000 personnes vivent dans 18 zones ou localités assiégées en Syrie, dans la plupart des cas par les forces gouvernementales.

Les forces rebelles syriennes ont échoué dimanche à rouvrir la dernière route d’approvisionnement vers leurs quartiers dans la ville d’Alep (nord), perdant une trentaine de combattants au cours de violents combats.

Les insurgés avaient lancé samedi soir une contre-attaque pour reprendre le contrôle de la route dite du Castello, au nord d’Alep, que les forces du régime étaient parvenues à couper de facto jeudi, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Cette route est cruciale puisqu’elle représente la dernière voie d’approvisionnement vers les quartiers contrôlés par l’opposition, où vivent quelque 200 000 personnes.

Les troupes du régime de Bachar al-Assad, qui contrôlent l’autre moitié d’Alep, cherchent à totalement reprendre ces quartiers. Elles menaient de nouveaux bombardements dimanche sur la route de Castello et ses environs selon l’OSDH.

L’arrêt de tout ravitaillement par cette route y a renforcé les craintes de pénurie, les produits de première nécessité devenant de plus en plus rares.

Au moins 29 combattants du groupe rebelle islamiste Faylaq al-Cham et de son allié le Front al-Nosra (branche syrienne d’al-Qaïda) ont été tués dans les combats ou par des mines. Les affrontements ont aussi fait des victimes dans les rangs des forces du régime, mais aucun bilan n’était disponible, a ajouté l’OSDH.

Ravitaillement

Ces combats interviennent malgré la trêve entrée en vigueur mercredi et prolongée de 72 heures par le régime.

Cette décision n’a pas empêché les troupes du régime de viser la ville rebelle de Douma à l’est de Damas, où les raids aériens ont tué au moins quatre civils dans la nuit de samedi à dimanche, selon l’OSDH.

Et dans la province de Homs (centre), les raids aériens du régime ont tué huit civils dont trois enfants d’une même famille et trois autres d’une autre, selon l’OSDH.

Sur le plan humanitaire, le premier avion du Programme alimentaire mondial (PAM) a atterri dimanche à Qamichli (nord-ouest). Cette ville n’est accessible par la route à partir du reste du territoire syrien qu’en passant par les provinces de Raqa et Deir Ezzor, dominées par le groupe djihadiste État islamique (EI).

L’appareil du PAM transportait 40 tonnes de nourriture — riz, légumineuses, huile et sel —, a indiqué l’agence onusienne, qui estime à 275 000 le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire dans cette province.

« Au cours du mois [de juillet], l’avion effectuera au moins 25 allers-retours entre Damas et Qamichli pour livrer plus d’un millier de tonnes […] de nourriture, suppléments alimentaires et médicaments », selon le PAM.

Au total, près de 600 000 personnes vivent dans 18 zones ou localités assiégées en Syrie, dans la plupart des cas par les forces gouvernementales.

Accusations contre Damas

Damas n’est pas seulement accusé d’affamer sa population. La famille de la journaliste américaine Marie Colvin a porté plainte samedi aux États-Unis contre le régime syrien de M. Assad, l’accusant d’avoir tué « délibérément et avec préméditation » la reporter dans un bombardement à Homs en 2012.

L’armée syrienne a intercepté les communications de la journaliste du Sunday Times avant d’envoyer un déluge de bombes sur le lieu où elle se trouvait, un appartement transformé en centre de presse dans le quartier rebelle de Bab Amr, selon la plainte déposée devant un tribunal à Washington.

Par ailleurs, à Paris, la famille d’un médecin syrien, mort en 2014 à 37 ans dans une prison du régime, a porté plainte pour qu’une enquête soit ouverte pour torture et assassinat, a-t-on appris de son avocat dimanche.

Depuis le début du conflit, né d’un soulèvement populaire en 2011, le régime de Bachar al-Assad a été accusé à de nombreuses reprises de massacres, d’usage d’armes chimiques et de torture. Cette guerre a coûté la vie à plus de 280 000 personnes et poussé des millions à la fuite.

L’implication de multiples acteurs syriens et étrangers dans la guerre a également favorisé la montée en puissance du groupe EI, qui a proclamé en 2014 un « califat » islamique à cheval entre la Syrie et l’Irak.

Selon une analyse de la firme américaine IHS publiée dimanche, le groupe djihadiste a cependant perdu 12 % du territoire qu’il contrôle dans ces deux pays depuis le début de l’année. Il en avait déjà perdu 14 % en 2015.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 juillet 2016 08 h 00

    La propagande de l'Agence France Presse

    Depuis la nuit des temps, un blocus coupe l'approvisionnement des ennemis et également de la population sous leur contrôle.

    En mettant l'accent sur la privation dont sera frappée la population par ce blocus, on oublie que la prise de cette ville par les rebelles islamistes établissait des lignes d'approvisionnement (vers la Turquie, entre autres), mais provoquait, en contrepartie, la rupture de l'approvisionnement avec le reste du pays.

    C'est ça une guerre.

    L'Agence France Presse cultive l'infantilisme des lecteurs en leur présentant une interprétation mélodramatique de la barbarie.

    La vérité, c'est qu'une guerre, c'est sale. Pour la gagner, il faut prendre des décisions dures, cruelles, mais qui sont nécessaires au retour de la paix.