Raid aérien sur le fief du groupe EI

Raqa, capitale de facto du groupe État islamique (EI) en Syrie, a été la cible de frappes aériennes qui ont tué au moins 25 civils dont six enfants, au lendemain d’une offensive djihadiste ayant chassé les forces du régime de cette province du nord.

À Damas, le président Bachar al-Assad a nommé mercredi le quatrième premier ministre depuis le début de la guerre en 2011, Imad Khamis, qui détenait jusqu’à présent le portefeuille de l’Électricité.

Dans la province de Raqa, des avions, vraisemblablement russes, ont frappé mardi plusieurs quartiers de la ville éponyme, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Vingt-cinq civils, dont six enfants, ont été tués, et des dizaines d’autres blessés — dont certains dans un état critique —, dans ces raids, a indiqué l’organisation basée en Grande-Bretagne qui dispose d’un vaste réseau de sources médicales et de militants à travers le pays.

Alors que Raqa compte encore 300 000 habitants, les forces hostiles aux djihadistes accusent le groupe EI de se servir des civils comme « boucliers humains » et de se cacher au milieu de la population.

Les aviations syrienne, russe ainsi que celle de la coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis mènent régulièrement des raids contre les positions du groupe EI à travers le pays, notamment à Raqa.

Selon l’OSDH, la ville a été mercredi de nouveau la cible de raids menés cette fois apparemment par la coalition, dont un a frappé le siège de la municipalité.

Un membre du groupe de militants « Raqa est massacrée en silence », Abou Mohammad, a expliqué à l’AFP que les blessés devaient lutter pour être soignés, car les djihadistes ont réquisitionné la majorité des médecins pour soigner ses propres combattants.

Défaite cuisante

Les raids meurtriers de mardi surviennent au lendemain d’une défaite cuisante de l’armée syrienne dans le désert de la province de Raqa où, appuyée par l’aviation de l’allié russe, elle avait lancé le 3 juin une offensive pour s’emparer de la ville clé de Tabqa.

Les djihadistes ont en effet repoussé hors de la province les forces gouvernementales qui s’étaient rapprochées à 7 km de l’aéroport de Tabqa (50 km à l’ouest de Raqa).

Les forces du régime ont perdu plus de 40 hommes dans la contre-attaque djihadiste, selon l’OSDH.

Le site prorégime Al-Masdar a parlé de « désastre » ayant provoqué la mort, selon une source militaire, de 23 soldats, tandis que des dizaines d’autres étaient portées disparus.

Il évoque une « retraite désorganisée qui s’est traduite par l’abandon d’armes, de munitions et de soldats qui se sont retrouvés derrière les lignes ennemies ».

Pour le géographe français spécialiste de la Syrie Fabrice Balanche, les forces du régime n’étaient « pas des troupes d’élites et elles se sont repliées dès les premiers attentats kamikaze ».

Selon lui, il est difficile pour l’aviation « de frapper des cibles aussi mouvantes que le groupe EI, qui attaque de nuit, lance des commandos suicide sur les lignes adverses et coupe les communications avec l’arrière ».

Dans la province voisine d’Alep, plus à l’ouest, les djihadistes sont également sur la défensive, comme à Minbej, une ville entre ses mains depuis 2014 et qui est située à un carrefour routier pour l’approvisionnement des djihadistes entre la frontière turque et Raqa.

Siège

L’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) assiège depuis une dizaine de jours Minbej, mais reste freinée par les attaques suicides du groupe EI.

D’ailleurs, ce dernier a encore attaqué mercredi, mais sans succès, les positions des FDS dans deux villages à 3 km à l’est de Minbej, notamment avec un attentat suicide à la voiture piégée, a expliqué Abou Ibrahim, un commandant FDS sur le terrain.

« Une riposte rapide des avions de la coalition a empêché les djihadistes de briser le siège sur Minbej », a-t-il dit.

Sur le plan politique, Bachar al-Assad a nommé au poste de premier ministre, Imad Khamis, 54 ans, qui figure depuis mars 2012 sur la liste noire des personnalités sanctionnées par l’UE.

Ce remaniement intervient après l’intronisation du Parlement issu des élections législatives du 13 avril tenues dans les territoires contrôlés par le régime.

Alors que la guerre fait rage sur plusieurs fronts et que des dizaines de milliers de personnes vivent dans des zones assiégées, le médiateur de l’ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a avancé le mois de juillet pour de nouvelles négociations de paix entre régime et opposition si la sécurité et la situation humanitaire s’améliorent nettement.

Depuis début 2016, les agences de l’ONU ont pu ravitailler par la route 330 000 personnes dans 16 des 18 zones assiégées que l’ONU a recensées en Syrie.