Le génocide des yézidis se poursuit

Une Yézidie de neuf ans qui est parvenue à échapper aux griffes du groupe EI en Irak attendait en décembre un train vers la Serbie, en Europe.
Photo: Muhammed Muheisen Associated Press Une Yézidie de neuf ans qui est parvenue à échapper aux griffes du groupe EI en Irak attendait en décembre un train vers la Serbie, en Europe.

Le groupe État islamique (EI) a perpétré un génocide et de nombreux crimes de guerre et contre l’humanité contre les Yézidis en Irak, mais aussi en Syrie. La Commission d’enquête de l’ONU demande de saisir la CPI, et que des mesures soient prises.

Dans un rapport publié jeudi à Genève, elle évoque « des horreurs presque inimaginables » contre la minorité religieuse. « Le groupe EI a cherché à détruire les Yézidis par des meurtres, de l’esclavage sexuel, une réduction en esclavage, de la torture et un traitement inhumain et dégradant », affirme le document.

Le génocide « se poursuit », dit son président Paulo Sergio Pinheiro. Le groupe EI n’a fait « aucun secret » de son intention de détruire les Yézidis début 2014 dans la province de Sinjar, en Irak, a ajouté Carla del Ponte, membre de la Commission.

Demande d’un recours à la force

Le Conseil de sécurité doit activer le Chapitre VII de la Charte de l’ONU qui permet des sanctions ou le recours à la force. La communauté internationale doit reconnaître ce génocide, estime la Commission. Le Parlement européen avait déjà évoqué début février un tel génocide en Irak et en Syrie. En mars 2015, un autre rapport de l’ONU avait souligné que les attaques des djihadistes du groupe EI contre la minorité yézidie « pourraient constituer un génocide ».

Le groupe EI a cherché à détruire les Yézidis par des meurtres, de l’esclavage sexuel, une réduction en esclavage, de la torture et un traitement inhumain et dégradant

 

Parmi les violences relevées dans le rapport publié jeudi, une fille de neuf ans a été vendue aux enchères. Une femme et son enfant ont été battus puis affamés dans une salle fermée. Les djihadistes ont pris des mesures pour éviter des bébés yézidis, comme la conversion forcée des adultes ou la séparation des hommes et des femmes, précise la Commission.

Des enfants ont aussi été coupés de leurs pratiques religieuses et de leur identité en étant associés de force aux combattants du groupe EI. Les déclarations et l’attitude des djihadistes dans la province du Sinjar, dans le nord de l’Irak, ont montré leur intention de détruire entièrement ou en partie la communauté. Dans cette région où la majorité de ses membres vivent, elle a été intégralement déplacée, arrêtée ou déplacée.

Plus de 3200 femmes et enfants yézidis sont toujours détenus par le groupe EI, la plupart en Syrie. Des milliers d’hommes et d’adolescents sont portés disparus.

Recommandations

Parmi les autres recommandations, la Commission de quatre membres demande au gouvernement syrien de protéger les Yézidis, de prévoir un traitement adapté et de poursuivre les responsables. Les autorités irakiennes et autonomes kurdes doivent préserver et documenter les sites de fosses communes. Mais aussi lancer une enquête sur les violences lors du retrait des Peshmergas début août 2014 de Sinjar. Et établir un dialogue entre Yézidis, sunnites et Kurdes. Les forces militaires qui luttent contre le groupe EI doivent libérer ceux qui sont détenus en Syrie.

Les organisations et les États qui prennent en charge les réfugiés doivent garantir un traitement adapté des Yézidis. Les gouvernements doivent prévenir toute discrimination dans les camps de réfugiés sur leur territoire.

Le rapport de la Commission a été établi sur la base de documents et de discussions avec 45 survivants, dirigeants religieux, trafiquants, activistes ou encore avocats.

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 17 juin 2016 09 h 18

    Le bien et le mal

    La barbarie est bien toujours existante. Quelle triste humanité à bien des égards! Heureusement qu'il y a aussi des actes de bonté et de solidarité. Heureusement qu'il y a aussi l'ONU, malgré toutes ses limites. Oui, le bien et le mal coexistent. C'est ainsi. L'espérance me dit qu'un jour le bien l'emportera. Il faut y croire!

    M.L.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 juin 2016 09 h 45

    L'instrumentalisation des malheurs des Yézidis à des fins de propagande

    En 2007, alors que l’Irak était occupé militairement pas les États-Unis et le Royaume-Uni, Du’a Khalil Aswad, une jeune fille de 17 ans, membre d’une tribu de Yézidis, fut lapidée à mort au Kurdistan irakien à la demande de son oncle.

    Pourquoi ? Celle-ci était tombée amoureuse d’un Musulman. Toute la scène a été filmée à l’aide de téléphones portables. Mais jamais les forces d’occupation n’ont cherché à trouver ni à punir les coupables.

    Depuis toujours, les Yézidis pratiquent les crimes d’honneur et la lapidation.

    La réplique musulmane est venue d’un groupe de miliciens musulmans à l’origine de la formation de l’État islamique et dont ce fut un de leurs tout premiers massacres.

    Les Yézidis font donc partie de cette kyrielle de communautés ethniques du Moyen-Orient dévorées par la haine les unes des autres.

    Les Yézidis sont des victimes parce qu’ils sont très minoritaires. Donnez-leur le contrôle de leur territoire et ils se transformeront en bourreaux pour ceux qui, aujourd’hui, les persécutent.

    Aujourd’hui la coalition militaire dirigée par les États-Unis instrumentalise le malheur des Yézidis alors qu'hier encore, elle était indifférente à leur sort. Cela s'appelle de la manipulation.