L’offensive s’intensifie... et s’annonce longue

Les forces soutenues par les États-Unis en Irak et en Syrie ont avancé jeudi dans leurs offensives contre le groupe djihadiste État islamique (EI), les analystes prévenant toutefois que la bataille pourrait être longue.

Dans la Syrie ravagée par une guerre aux fronts multiples qui a fait plus de 280 000 morts en cinq ans selon un nouveau bilan de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, a averti que de nombreux civils pris au piège des combats « risquaient de mourir de faim » si de l’aide humanitaire ne leur parvenait pas.

En Syrie, les combats semblent se concentrer contre le groupe EI dans la province de Raqa, dont le chef-lieu éponyme est considéré comme la capitale de facto du « califat » autoproclamé du groupe djihadiste.

Appuyés par les frappes de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, les combattants arabes et kurdes des Forces démocratiques syriennes (FDS) mènent depuis mardi une offensive, la plus importante jamais lancée contre le groupe EI en Syrie, pour chasser les djihadistes du nord de cette province qu’ils contrôlent en majeure partie.

Avancée lente

Les FDS avancent lentement dans les champs agricoles et les villages au sud de la ville d’Aïn Issa, située à 60 km au nord de la ville de Raqa et contrôlée par les Kurdes. Elles ont affirmé dans un communiqué avoir « libéré cinq villages, dont ceux de Fatsa, Namroudiya, Wasta, et quatre champs ».

Selon l’OSDH, les FDS bombardent les positions du groupe EI près d’Aïn Issa, tandis que la coalition mène des frappes.

Au sol, des forces spéciales américaines sont présentes au côté des FDS, selon des commandants kurdes.

Un photographe de l’AFP a vu une vingtaine de soldats américains à Fatsa.

Objectif Raqa

Le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, a souligné que les Forces démocratiques syriennes ne s’étaient pas encore emparées de positions importantes.

Selon lui, le groupe EI « concentre 2000 combattants sur les lignes de front au nord de la ville de Raqa. Le groupe a préparé cette bataille depuis des mois en creusant des tunnels qu’il a bourrés d’explosifs. Il a aussi préparé des voitures piégées et ses combattants se cachent parmi les civils. »

« L’objectif final est la ville de Raqa, affirme à l’AFP Mutlu Civiroglu, un analyste basé à Washington. Il est important d’assiéger la ville et de bloquer les mouvements du groupe EI. »

Drame humanitaire

Cet assaut avait été annoncé au lendemain du début d’une offensive d’envergure de l’autre côté de la frontière, en Irak, pour reprendre Fallouja au groupe EI.

Les troupes irakiennes soutenues par des milices progouvernementales ont avancé en direction de cette ville, où les conditions de vie des 50 000 civils présents sont dramatiques selon l’ONU. Seules 800 personnes ont réussi à fuir la cité, située à 50 km à l’ouest de Bagdad.

« La nourriture est rare et les distributions très contrôlées. Les médicaments sont épuisés et de nombreuses familles sont contraintes de s’approvisionner en eau non potable », a affirmé la coordinatrice de l’ONU Lisa Grande.

Dans leur combat contre le groupe EI, les États-Unis et leurs alliés veulent reprendre Raqa, Fallouja et éventuellement Mossoul, deuxième ville d’Irak.

Long combat

Mais les analystes mettent en garde contre des combats qui pourraient s’éterniser.

« Les défis en jeu pour affaiblir et chasser le groupe EI de positions fortifiées pendant longtemps sont énormes », écrit le groupe d’analyse Soufan basé à New York. La reprise de Fallouja « pose le plus grand défi militaire pour les forces irakiennes depuis deux ans ».

En Syrie, la « détermination du groupe EI à défendre Raqa signifie que la bataille sera une des plus féroces », ajoute le groupe. Les considérations ethniques sont également à prendre en compte, Raqa étant une ville à population arabe, tandis que les FDS sont dominées par les Kurdes, qui « ne sont pas vus comme des libérateurs ».


Pas de pourparlers avant deux semaines

Nations unies — L’émissaire de l’ONU en Syrie, Staffan de Mistura, a indiqué jeudi au Conseil de sécurité qu’il n’envisageait pas de nouveaux pourparlers de paix concernant la Syrie « avant deux ou trois semaines ». Selon un communiqué du bureau de l’envoyé spécial en Syrie, M. de Mistura a réaffirmé au Conseil « son intention de commencer la nouvelle session de négociations dès que possible, mais certainement pas avant deux ou trois semaines ». Il a souligné qu’il fallait d’abord « constater des progrès sur le terrain, en particulier en ce qui concerne la cessation des hostilités et l’accès humanitaire » avant une reprise des négociations entre le gouvernement syrien et l’opposition armée sous l’égide de l’ONU. Deux sessions de négociations intersyriennes indirectes ont déjà eu lieu à Genève sous l’égide de l’ONU. La dernière, en avril, avait été interrompue après le retrait de la délégation des rebelles, et aucune n’a débouché sur des avancées majeures.