Double assaut contre le groupe EI

En Irak, près de la frontière avec la Syrie, les forces irakiennes resserraient mardi le siège autour de Fallouja.
Photo: Ahmad Al-Rubaye Agence France-Presse En Irak, près de la frontière avec la Syrie, les forces irakiennes resserraient mardi le siège autour de Fallouja.

Les djihadistes du groupe État Islamique (EI) faisaient face mardi à une double offensive terrestre et aérienne contre ses fiefs en Irak et en Syrie, avec l’appui de la coalition internationale conduite par les États-Unis.

Au lendemain du lancement d’une opération sur la ville irakienne de Fallouja, c’est la province de Raqa, où se trouve la « capitale » du groupe EI en Syrie, qui a été prise mardi pour cible.

Ces assauts sont les plus importants depuis l’annonce par le groupe EI d’un « califat » autoproclamé à l’été 2014 à cheval sur les deux pays. Ils sont menés par des forces entraînées et soutenues par les Américains : les troupes fédérales en Irak et la coalition kurdo-arabe des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le pays voisin.

« Les FDS ont commencé leur offensive pour libérer le nord de la province de Raqa. Notre objectif n’est pas de libérer la ville de Raqa, mais seulement le nord de la province », a affirmé à l’AFP Talal Sello, le porte-parole des FDS. « Nous avons reçu une couverture aérienne de la coalition », a-t-il ajouté.

Troupes américaines

Une source au sein des Unités de protection du peuple kurde (YPG) a indiqué de son côté à l’AFP que ces forces avaient « reçu des armes américaines et [que] des troupes américaines participeront aux combats au sol ».

Lors d’une visite samedi en Syrie, le chef des forces américaines au Moyen-Orient (CENTCOM), le général Joe Votel, avait rencontré des forces spéciales américaines déployées dans le nord-est du pays et travaillant avec les combattants arabes syriens, ainsi que des responsables des FDS.

La reprise de Raqa représente, avec celle de Fallouja et de Mossoul en Irak, le grand objectif de la coalition internationale contre le groupe EI.

« Il est clair que si les États-Unis veulent éliminer le groupe EI, il faut l’attaquer sur plusieurs fronts à la fois », explique à l’AFP Fabrice Balanche, expert de la Syrie au Washington Institute. « Couper la route entre Raqa et Mossoul n’est pas difficile aujourd’hui. Cela mettrait fin au mythe de l’État islamique transnational », a-t-il ajouté, en référence au fief du groupe EI dans le nord de l’Irak.

La Russie, qui soutient militairement le régime de Bachar al-Assad, a par ailleurs annoncé être prête à se coordonner avec les FDS et les États-Unis pour chasser le groupe EI de Raqa.

Siège de Fallouja

En Irak, près de la frontière avec la Syrie, les forces irakiennes resserraient mardi le siège autour de Fallouja, une ville à l’ouest de Bagdad où les civils se trouvaient piégés.

Lancée lundi par le premier ministre Haider al-Abadi, l’offensive pour la reprise de cette ville de la province d’Al-Anbar a déjà permis de prendre le contrôle de la localité proche de Karma.

Pour l’expert irakien Hicham al-Hachemi, « Fallouja est très important pour le groupe EI » car s’il la perd, « il ne lui restera plus que des zones désertiques jusqu’à la frontière syrienne ainsi que les localités de Rawa, Ana et Qaïm » dans la province d’Al-Anbar, et « ses fiefs se réduiront à Hawija et Mossoul en Irak, et Raqa en Syrie ».


Des humains comme boucliers

Oslo — Les djihadistes du groupe État islamique (EI) se fondent délibérément dans la population à Raqa pour échapper aux frappes aériennes, a affirmé un militant syrien mardi, ce qui devrait compliquer l’offensive pour les déloger leur bastion. « Ils utilisent les civils comme rempart. Vous les voyez dans les mêmes bâtiments. Dans un immeuble civil, il y a deux ou trois appartements pour les combattants du groupe EI », a expliqué Abdel Aziz al-Hamza, cofondateur du groupe Raqqa is Being Slaughtered Silently. « Ils parlent aussi de certaines écoles comme d’endroits où aller parce que ces écoles ont des sous-sols et ils sont donc protégés des bombardements aériens » d’autant qu’« elles sont entourées de bâtiments civils », a-t-il déclaré à l’AFP en marge de l’Oslo Freedom Forum, un rassemblement de militants de la paix dans la capitale norvégienne.