Les affrontements continuent malgré un «cessez-le-feu»

Un officier arménien de l’armée d’autodéfense de Nagorny-Karabakh lors du lancer d’un obus, dimanche
Photo: Vahram Baghdasaryan / Photolure / Agence France-Presse Un officier arménien de l’armée d’autodéfense de Nagorny-Karabakh lors du lancer d’un obus, dimanche

L’Azerbaïdjan et l’Arménie se sont mutuellement accusés de continuer les tirs malgré la trêve unilatérale annoncée par Bakou dans la région séparatiste du Nagorny-Karabakh, théâtre vendredi et samedi d’affrontements, les plus meurtriers depuis la fin de la guerre en 1994.

Bakou « a décidé de cesser unilatéralement les hostilités », a annoncé dimanche matin le ministère azerbaïdjanais de la Défense. Mais son porte-parole Vagif Dargahly a ensuite déclaré à l’AFP que « les Arméniens ont continué de bombarder [dimanche] sans interruption » des positions azerbaïdjanaises.

« Les combats avec des tanks et l’artillerie continuent, puisque l’Azerbaïdjan ment en disant qu’il a cessé les hostilités », a répliqué auprès de l’AFP son homologue, Artsrun Hovhannisian, qualifiant le cessez-le-feu de « piège ». Selon lui, « l’Azerbaïdjan continue de bombarder à la fois l’armée du Karabakh et les villages arméniens ».

Un photographe de l’AFP a entendu des tirs sporadiques d’artillerie provenant des deux côtés à 12 h 30 GMT à Terter, ville contrôlée par Bakou, à dix kilomètres de la ligne de front.

« D’intenses combats se prolongent dans les secteurs sud-est et nord-est de la ligne de front », a assuré David Babayan, le porte-parole de la « présidence » de la région séparatiste.

Soutenues par l’Arménie, les autorités du Nagorny-Karabakh ont déclaré être « prêtes à discuter d’une proposition de trêve » à condition de récupérer les positions et territoires perdus au cours des affrontements déclenchés vendredi et samedi.

Mais l’Azerbaïdjan a déclaré vouloir « renforcer » ces positions stratégiques, « libérées » vendredi et samedi dans la région séparatiste, que la communauté internationale reconnaît comme lui appartenant.

Dix-huit soldats des forces arméniennes et douze soldats azerbaïdjanais ont été tués vendredi et samedi.

Au moins 35 soldats des forces arméniennes ont également été blessés, a précisé samedi soir lors d’une allocution télévisée le président arménien Serge Sarkissian, originaire du Nagorny-Karabakh.

Deux civils ont aussi été tués et dix autres blessés par les tirs d’artillerie, selon un communiqué du ministère azerbaïdjanais des Affaires intérieures. Les autorités séparatistes faisaient état d’un civil tué.

L’Organisation de la coopération islamique (OCI) qui regroupe 57 pays dont l’Azerbaïdjan a demandé dimanche à l’Arménie de retirer ses troupes de la région séparatiste du Nagorny-Karabakh. L’OCI appelle « au retrait immédiat, total et inconditionnel des forces arméniennes dans le Nagorny-Karabakh et dans les autres territoires azerbaïdjanais occupés », a-t-elle précisé dans un communiqué. Elle a accusé l’Arménie de poursuivre une « politique d’agression » et de « violer la trêve ».

Il s’agit des pires affrontements depuis le cessez-le-feu de 1994 entre Erevan et Bakou. Le Nagorny-Karabakh, enjeu d’un conflit qui a fait 30 000 morts entre 1988 et 1994 et des centaines de milliers de réfugiés, principalement azerbaïdjanais, a proclamé fin 1991 son indépendance qu’aucun pays, même l’Arménie, ne reconnaît. La région est désormais peuplée majoritairement d’Arméniens.

Aucun traité de paix n’a été signé et après une période de calme relatif, la région a connu ces derniers mois une nette escalade des tensions. Erevan a estimé fin décembre qu’on était revenu à la « guerre ».

La Russie et les Occidentaux ont appelé samedi les deux pays à un retour au calme : Vladimir Poutine a réclamé un « cessez-le-feu immédiat » tandis que le secrétaire d’État américain, John Kerry a exigé que les deux parties reviennent à la table des négociations.

En visite à Washington, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a exigé mercredi devant M. Kerry, que l’Arménie retire « immédiatement et sans conditions » ses troupes du territoire contesté.

L’Azerbaïdjan, dont le seul budget défense est certaines années plus important que le budget entier de l’Arménie, menace souvent de reprendre par la force le Nagorny-Karabakh si les négociations n’aboutissent pas.

Dimanche, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a assuré soutenir l’Azerbaïdjan « jusqu’au bout » dans ce conflit et « prier pour que [ses] frères Azerbaïdjanais triomphent ».

L’Arménie, appuyée par la Russie qui y possède deux bases militaires récemment renforcées, répond qu’elle peut faire face à toute offensive.

Pour Thomas de Waal, analyste de la fondation Carnegie, « jamais le risque n’a été aussi grand de déclencher de graves combats ».« Toute opération militaire dans cette zone de conflit peut favoriser une escalade et devenir hors de contrôle », prévient-il.