Dans Palmyre, les trésors saccagés dans le sillage du groupe État islamique

Dans le temple de Baal, la cella, la partie fermée et la plus importante du temple, a été détruite et une série de colonnes gît à présent sur le sol.
Photo: Joseph Eid Agence France-Presse Dans le temple de Baal, la cella, la partie fermée et la plus importante du temple, a été détruite et une série de colonnes gît à présent sur le sol.

Chapiteaux renversés, colonnes démantelées, linteaux brisés : dans le magnifique site antique de Palmyre, le groupe djihadiste État islamique (EI) a dévasté des ruines célèbres, massacré les statues du musée et truffé la ville syrienne d’engins explosifs.

À l’entrée du temple de Baal, le plus beau monument de cette cité surnommée la « perle du désert », les djihadistes ont écrit à la peinture noire : « État islamique. Entrée interdite aux civils et aux frères », c’est-à-dire les combattants.

Si l’enceinte et les cours du temple n’ont pas été touchées, la cella, la partie fermée et la plus importante du temple, n’est plus qu’un amas de gravats, à l’exception de la porte monumentale, depuis que le groupe EI l’a fait exploser en août 2015, a constaté une équipe de l’AFP qui s’est rendue sur place.

Sur le podium s’amoncellent les blocs de pierre beige et ocre typique de la région qui formaient les murs, et la colonnade de huit pilastres finement cannelés de 16 mètres de haut gît sur le sol tout comme les merlons et créneaux qui surmontaient le toit.

« Le temple de Baal ne sera plus jamais comme avant. D’après nos experts, nous allons pouvoir certainement restaurer un tiers de la cella détruite et peut-être plus après des études complémentaires avec l’UNESCO. Cela prendra cinq ans de travail sur le terrain », a affirmé à l’AFP le directeur des Antiquités syriennes, Maamoun Abdelkarim.

Sur les ruines, des soldats russes, qui ont joué un rôle déterminant dans la reprise dimanche de la ville, montrent à des journalistes de leur pays ce qui reste des trésors antiques.

Invitation à reconstruire

Dans le théâtre romain, intact, des djihadistes ont écrit leurs noms et un mur est criblé de balles. C’est dans cet édifice, datant du IIe siècle, que le groupe EI a procédé à des exécutions publiques de soldats par des enfants de membres du groupe djihadiste.

Sur le site de la cella du temple de Baalshamin, il ne reste plus rien en dehors de quatre colonnes, et de l’Arc de triomphe, datant de l’empereur romain Septime Sévère (IIIe siècle), ne subsiste que deux piliers, mais la partie centrale et les arches sont à terre.

Cependant pour M. Abdelkarim, « l’ériger à nouveau n’est pas compliqué, car tous les blocs sont là et l’arche avait déjà été remontée dans les années 30. J’invite les archéologues et experts du monde entier à venir travailler avec nous, car ce site fait partie du patrimoine mondial de l’humanité ».

Quant au Musée national, il ressemble au musée des horreurs. Les djihadistes, qui l’avaient transformé en tribunal religieux, se sont livrés à un vandalisme inouï.

Des statues typiques de l’art palmyrien, comme les bustes de femmes aux yeux globuleux et aux lourdes parures ont été jetés à terre, les portraits ont été mutilés et les scènes de banquets funéraires avec le visage des convives tourné vers le spectateur ont été brisés ou martelés, visiblement avec rage.

« Les experts estiment que 30 % de la cité antique de Palmyre ont été détruits », a affirmé sur place Talal Barazi, le gouverneur de la province de Homs, où est située Palmyre.

« J’ai vu les preuves de l’obscurantisme de le groupe EI. Les dommages causés aux antiquités seront les témoins de leur sauvagerie », a-t-il dit.

« Je suis content que les plus belles pièces du musée aient pu être évacuées avant leur arrivée », a-t-il ajouté, faisant allusion à 400 pièces d’une valeur inestimable qui ont été transférées par le service des Antiquités vers Damas, sous contrôle du régime.

La ville nouvelle, désertée par ses habitants, porte elle aussi les stigmates de combats sans pitié qui ont opposé les forces du régime, aidées par l’aviation et les artilleurs russes, aux djihadistes.

Les hôtels près du musée n’ont plus de devanture, des matelas pendent dans le vide. Une église a été transformée par le groupe EI en centre de recrutement.

Si les djihadistes ont détruit la tristement célèbre prison du régime, ils ont créé de multiples centres de détention dans les sous-sols de bâtiments gouvernementaux.

Dans celui du palais de justice, sur une porte est écrit « centre d’interrogatoire » et le sol d’une grande pièce est jonché de matelas. Sur les murs, les prisonniers ont écrit leur nom ou des messages à leur bien-aimée ou à leurs proches, comme un grand coeur dans lequel est inscrit « Farah ».

« J’étais employé municipal et j’ai passé 14 jours dans cette cellule. Mes interrogateurs étaient saoudiens, irakiens et tunisiens. Ils me questionnaient avec un sabre sur la gorge », explique Abou Mahmoud, qui a fui aussitôt libéré et qui est aujourd’hui un milicien prorégime. « J’ai eu la chance de pouvoir m’en sortir mais j’ai des amis fonctionnaires qui ont été exécutés, leurs corps jetés dans le désert et dévorés par les chiens ».

Truffé de mines

Les chaussées des rues sont défoncées par l’explosion de mines artisanales.

« Palmyre l’a échappé belle. Le groupe EI avait planté 4500 engins explosifs artisanaux dans la quasi-totalité de la ville, reliés par des téléphones portables à la centrale téléphonique. Un des nôtres s’est déguisé en djihadiste et a tué celui chargé de déclencher un feu d’artifice », explique Abou Mamoud. Une version confirmée par le gouverneur.

Chaque demi-heure, une explosion retentit. « C’est l’unité du génie de l’armée syrienne, en attendant l’arrivée des démineurs russes dans les prochains jours », affirme M. Barazi.