La trêve en Syrie au coeur d’une rencontre entre les États-Unis et la Russie

Base militaire Roi Khaled (Arabie saoudite) — Le secrétaire d’État américain John Kerry a annoncé samedi la tenue dans la journée de consultations américano-russes sur les violations de la trêve en Syrie, deux jours avant la reprise en Suisse des pourparlers entre régime et opposition.

« Nos équipes [d’observateurs] vont rencontrer aujourd’hui [celles de] la Russie aussi bien à Genève qu’à Amman […] concernant ces violations » de la trêve, a déclaré M. Kerry à la base miliaire Roi Khaled, dans le nord de l’Arabie saoudite, où il a eu des entretiens avec les responsables saoudiens.

Aucune indication n’a pu être obtenue à Genève au sujet de ces réunions.

Il a ajouté qu’il devrait pour sa part avoir un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov sur la question des violations qui, selon lui, ne devraient pas entraver la tenue des discussions de Genève qui commencent lundi.

À la question de savoir si ces pourparlers peuvent se tenir malgré les violations, dénoncées par l’opposition, il a répondu : « oui, cela est possible ».

« Le niveau de la violence a été réduit de 80 % à 90 %, ce qui est très significatif », a-t-il dit, ajoutant que le régime du président Bachar Al-Assad ne devrait exploiter la trêve pour réaliser des gains sur le terrain alors que « les autres [l’opposition] tentent de bonne foi de la respecter ».

« La patience a des limites à cet égard », a-t-il prévenu, invitant la Russie et l’Iran, principaux alliés du régime de Damas, à agir de sorte que « le régime d’Assad respecte l’accord » sur la cessation des hostilités.

Pour lui, les pourparlers de lundi à Genève marquent « une étape cruciale pour une solution politique ».

Pour sa part, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a répété que « les gens voient l’avenir de la Syrie sans Bachar Al-Assad ».

Une perspective que son homologue syrien Walid Mouallem a exclue, en affirmant que le sort du président Assad était « une ligne rouge » et que cette question ne serait pas abordée à Genève.

Violation de la trêve

Vendredi, au moins sept civils ont été tués et dix personnes blessées dans des raids de l’aviation du régime sur un quartier rebelle de la ville de Alep (nord), a affirmé une ONG syrienne, en parlant d’une « grave violation » de la trêve.

Le gouvernement américain est le co-parrain avec la Russie de la trêve en vigueur depuis le 27 février en Syrie entre, d’un côté, les forces progouvernementales appuyées par l’aviation russe et, de l’autre côté, des groupes de rebelles dits modérés. Les organisations djihadistes comme le groupe État islamique et le Front al-Nosra ne sont pas concernées par cette trêve.

Les États-Unis se sont félicités vendredi que le cessez-le-feu soit « en général » respecté, tout en condamnant des « violations » par l’armée syrienne.

Des centres de contrôle chargés du suivi de la cessation des hostilités ont été mis en place à Washington, Moscou, Lattaquié (Syrie), Amman et Genève.

En cas de non-respect de la trêve, un système d’alerte des États-Unis et de la Russie, puis des autres membres du groupe international de soutien à la Syrie (GISS) est prévu.

M. Kerry s’est exprimé, peu avant son départ pour Paris où il devait rencontrer des ministres européens, au terme d’une brève visite en Arabie saoudite où il a rencontré le roi Salmane et de hauts responsables du royaume.

Outre le dossier syrien, les entretiens de M. Kerry en Arabie saoudite ont porté également sur les perspectives d’une relance de la médiation onusienne au Yémen, un pays ravagé par la guerre, et les moyens d’aider au règlement de la crise libyenne, selon l’entourage du secrétaire d’État.

Le régime exclut de négocier du sort d’Assad à Genève

Damas — Le régime syrien a prévenu samedi que le sort du président Bachar al-Assad était une « ligne rouge » et exclu d’aborder cette question avec l’opposition lors des négociations indirectes prévues à partir de lundi à Genève.

Alors que la guerre dévastatrice en Syrie entre le 15 mars dans sa sixième année, le sort de M. Assad reste l’une des principales pommes de discorde entre le régime et l’opposition qui exige, comme ses alliés étrangers, son départ.

La relance des pourparlers, que l’ONU n’avait pas réussi à faire démarrer début février, est rendue possible par une trêve sans précédent entre armée et rebelles, initiée par Washington et Moscou et globalement respectée depuis son entrée en vigueur le 27 février.

L’issue des discussions reste très incertaine tant le fossé est grand entre le régime, soutenu par la Russie et l’Iran, et l’opposition appuyée par les Occidentaux, en premier lieu les États-Unis, ainsi que la Turquie et des pays arabes.
 
Agence France-Presse