«La révolution continue»

Alep — Des centaines de Syriens ont profité de la trêve, renouant pour la première fois depuis des années avec les manifestations anti-régime dans les zones rebelles sous le slogan « La révolution continue ».

Agitant le drapeau tricolore noir-blanc-vert avec trois étoiles rouges, l’étendard du soulèvement en 2011, des défilés appelant à la chute du régime ont eu lieu dans des localités tenues par l’opposition dans les provinces d’Alep, Damas, Homs et Deraa.

« Vous pouvez dire que nous sommes revenus au début » de la révolte, a affirmé à l’AFP Hassan Abou Nouh, un militant de la ville rebelle de Talbissé, dans le centre de la Syrie, joint par téléphone.

Tout avait commencé en Syrie en mars 2011 par des manifestations de dizaines de milliers de personnes chaque vendredi contre le régime. Elles avaient été réprimées brutalement, puis le conflit s’était progressivement transformé en révolte armée à partir de 2013 et les manifestations avaient cessé en raison de la guerre civile.

La dernière manifestation à Talbissé avait eu lieu en juin 2012, selon Abou Nouh. En raison des bombardements et des raids aériens, les habitants n’osaient plus sortir pour défiler. Un cessez-le-feu, amorcé par les États-Unis et la Russie et soutenu par l’ONU, est entré en vigueur samedi, entraînant une baisse considérable de la violence dans les régions rebelles.

Pour le premier vendredi depuis la trêve, les gens ont manifesté en Syrie, portant des banderoles où était écrit « La révolution continue ».

« Les gens sont contents, certains pleuraient de joie, mais certains avaient une boule dans la gorge. Beaucoup de jeunes qui protestaient au début étaient morts », a dit Abou Nouh.

Marches dans Alep

À Alep, plus de 200 personnes ont marché dans les rues des quartiers rebelles, a constaté un vidéaste de l’AFP.

« Avec la trêve, nous avons saisi l’occasion d’exprimer pourquoi nous étions sortis au tout début [en 2011], pour réclamer la chute du régime », explique Abou Nadim, un militant local.

Pour lui, ceux qui étaient dans la rue voulaient aussi montrer aujourd’hui au monde que les manifestants à Alep et dans le reste du pays « ne sont pas des bandes armées, mais simplement des gens qui demandent la liberté et la chute du régime ».

Abou Nadim est chargé d’élaborer les slogans et de les peindre. Pendant qu’il parlait à l’AFP, il était en train de dessiner sur une banderole « Longue vie à la Syrie, qu’Assad tombe ».

Alep est divisé depuis l’été 2012 entre les forces gouvernementales dans les quartiers ouest et ceux de l’est aux mains des rebelles.


Négociations: l’opposition réticente

Les Européens ont pressé vendredi une opposition syrienne toujours très réticente de prendre part à la reprise des discussions de paix sur la Syrie prévues la semaine prochaine à Genève, au septième jour d’une trêve des combats toujours précaire. Les conditions ne sont « actuellement pas propices » à une reprise des négociations intersyriennes le 9 mars prochain à Genève, a déclaré Riad Hijab, coordinateur du Haut comité des négociations, regroupant responsables politiques et représentants de groupes armés de l’opposition. De passage à Paris, ce haut responsable de l’opposition syrienne a rencontré les chefs de la diplomatie française, britannique, allemande et européenne, qui ont insisté sur la nécessité d’une reprise rapide des négociations, alors que la fragile trêve des combats amorcée par la Russie et les États-Unis, avec le soutien de l’ONU et en vigueur depuis le 27 février, reste très fragile.