Baisse importante du bilan des morts depuis le début de la trêve

Le nombre de morts en Syrie dans les zones hors du contrôle du groupe État islamique (EI) a baissé considérablement depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu excluant les djihadistes, a rapporté lundi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Au moins 20 civils, soldats et rebelles ont péri samedi, jour d’entrée en vigueur du cessez-le-feu, et 20 autres ont été tués dimanche, selon l’OSDH qui compile des bilans de plusieurs sources en Syrie depuis le début de la guerre. « En comparaison, 144 personnes sont mortes [70 soldats, 36 civils et 38 rebelles] vendredi, la veille du cessez-le-feu », a précisé Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. Les bilans du week-end sont également nettement inférieurs à la moyenne de février par exemple, qui est de 120 morts par jour, hors zones contrôlées par le groupe EI.

Ces bilans ne comprennent pas les morts dans les rangs du Front al-Nosra, branche d’al-Qaïda en Syrie et exclue avec le groupe EI de l’accord russo-américain de cessation des hostilités. L’alliance entre al-Nosra et les insurgés dans plusieurs régions complique la mise en application du cessez-le-feu.

La trêve fournit un peu de répit à une population qui vit dans la terreur. Dans les grandes villes de Syrie, les habitants sont sortis dans les rues dimanche après une nuit paisible pour faire leurs emplettes, goûtant à un calme inhabituel.

« Nos professeurs nous interdisaient avant d’aller dans la cour en raison des bombardements aériens, mais aujourd’hui on est sorti jouer », a affirmé Ranim, une écolière de 10 ans dans le quartier rebelle de Boustane al-Qasr à Alep.

L’aide humanitaire

De son côté, l’ONU a commencé lundi à livrer de l’aide à l’une des villes assiégées de Syrie, pour la première fois depuis le début samedi d’un cessez-le-feu qui semble toujours respecté malgré des incidents et des accusations de violation.

D’après un responsable du Croissant-Rouge syrien, 10 des 51 camions d’aide sont parvenus lundi à Mouadamiyat al-Cham, localité rebelle située au sud-ouest de Damas et encerclée par les forces du régime, et étaient entrés dans la ville à la mi-journée.

Selon Mouhanad al-Assadi, ils sont notamment chargés de produits de nettoyage, savons et couvertures fournis par l’ONU. L’ONU a annoncé qu’elle porterait assistance dans les cinq prochains jours à 154 000 personnes dans des localités syriennes assiégées par des belligérants.

C’est la première fois qu’une aide humanitaire est livrée en Syrie depuis le début de la trêve, mais l’ONU avait déjà envoyé des aides à deux reprises vers cette ville en février, ainsi qu’à d’autres localités assiégées.

« Plus de 450 000 personnes sont actuellement prises au piège dans des villes et des villages de Syrie — et parfois depuis des années », a rappelé lundi à Genève le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein. « La nourriture, les médicaments et d’autres produits d’aide humanitaire d’urgence sont bloqués de façon répétée. Des milliers de personnes risquent de mourir de faim », a-t-il estimé.

Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU a déclaré lundi que la trêve en Syrie tenait globalement malgré des incidents isolés. M. Ban a fait cette déclaration quelques heures avant une réunion à Genève du groupe de travail chargé de la cessation des hostilités. « Jusqu’à maintenant je peux vous dire que la cessation des hostilités tient, même si nous avons observé quelques incidents », a déclaré Ban Ki-moon à Genève, en marge de la session annuelle du Conseil des droits de l’Homme.

Tirs et bombardements

Lundi, des bombardements et des tirs limités ont entaché le cessez-le-feu. À l’aube, des rebelles ont tiré des roquettes sur la partie gouvernementale de la ville d’Alep et des avions russes ont bombardé une localité dans le sud de Hama où les rebelles sont pourtant majoritaires, selon l’OSDH.

Dix frappes aériennes ont par ailleurs touché la partie de la ville de Deir Ezzor contrôlée par le groupe EI, d’après l’OSDH qui n’a pu fournir de bilan. Exclus de la trêve, les djihadistes peuvent être visés par l’aviation du régime et de son allié russe ou celle de la coalition internationale dirigée par Washington.

Le groupe de travail sur la cessation des hostilités « va maintenant essayer de s’assurer que [ces incidents] ne se poursuivent plus et que la trêve continue », a dit le secrétaire général de l’ONU. « Il est absolument important, crucial, que les parties tiennent leur promesse » de cesser les combats, a poursuivi M. Ban, en espérant que la trêve se prolonge au-delà des deux semaines prévues.

La dernière réunion du groupe de travail s’était tenue samedi après-midi, quelques heures après l’entrée en vigueur de l’accord de cessation des hostilités en Syrie, négocié par Moscou et Washington, avec le soutien de l’ONU.

« La preuve de l’arrêt complet des bombardements, c’est l’accès de l’humanitaire partout », a déclaré le chef de la diplomatie française.

Une nouvelle session de discussions intersyriennes est prévue le 7 mars à Genève, après l’échec d’un premier round début février en raison de l’intensification des bombardements. « Nous travaillons en vue de cette date, mais cela va dépendre bien sûr de la façon dont la cessation des hostilités va tenir et aussi de l’aide humanitaire », a dit M. De Mistura aux journalistes.

Cette trêve a été acceptée par le gouvernement du président syrien Bachar al-Assad, par une centaine de groupes rebelles et par les combattants kurdes.


Plus de 150 000 bébés syriens nés en Turquie

Genève — Plus de 150 000 bébés syriens sont nés en Turquie depuis le début du conflit syrien il y a 5 ans, a déclaré lundi le vice-premier ministre turc, Lutfi Elvan, en soulignant le fardeau humanitaire supporté par son pays.

Dans son discours à la session annuelle du Conseil des Droits de l’Homme à Genève, M. Elvan a affirmé que la Turquie « fait de son mieux pour assumer une large part de la catastrophe humanitaire » provoquée par cette guerre civile.

« Le nombre de bébés syriens nés en Turquie a atteint 152 000 », a indiqué le ministre, en rappelant que son pays accueille plus de 2,7 millions de réfugiés syriens, plus que n’importe quel voisin de la Syrie.

Ankara a critiqué à plusieurs reprises la communauté internationale accusée de ne pas agir suffisamment face à cette crise migratoire massive, alors que plus de la moitié de la population syrienne a été forcée de fuir les combats. M. Elvan a de nouveau appelé lundi le reste du monde à « agir en conformité avec les principes de partage du fardeau » créé par la crise humanitaire en Syrie.