Une bouffée d’air pour l’économie, mais pas de miracle

Les installations pétrolières de l’Iran sur l’île Khark
Photo: Agence France-Presse Les installations pétrolières de l’Iran sur l’île Khark

La défense, la finance, la santé… Pas un seul secteur n’a été épargné par des années de sanctions internationales contre l’Iran. Avec la levée de l’embargo, en juillet dernier, la voie est (presque) libre. Des entreprises occidentales ont déjà fait plusieurs voyages à Téhéran. Histoire de plancher sur des modèles d’affaires avant de signer des contrats en devises. Après l’isolement, les besoins de modernisation des infrastructures, notamment dans le secteur du pétrole qui pèse 70 % du total des exportations, sont colossaux.

Bien sûr, embargo oblige, l’or noir ne représente plus qu’un tiers des recettes budgétaires, contre un peu plus de la moitié en 2011. Mais, peu diversifiée, l’économie du pays reste encore très dépendante des hydrocarbures. Et c’est sans doute pour cette raison que le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, a récemment balayé d’un revers de main la proposition de l’Arabie saoudite et de la Russie de geler la production, en la qualifiant de « plaisanterie ». Il y a une semaine, ces deux pays avaient proposé, au terme d’une réunion avec le Qatar et le Venezuela, que tous les pays producteurs de pétrole gèlent leur production à leur niveau de janvier pour soutenir les prix.

Doubler la production

« Certains pays voisins, qui ont porté ces dernières années leur niveau à 10 millions de barils par jour [l’Arabie saoudite] et en exportent autant, sont devenus arrogants et disent que tout le monde doit geler son niveau de production. C’est-à-dire qu’ils gèlent leur niveau à 10 millions de barils et nous à un niveau d’un million de barils. C’est une plaisanterie », a déclaré Bijan Namdar Zanganeh.

Au risque de déprécier encore plus les cours mondiaux du brut, Téhéran a l’intention de doubler ses exportations, qui pourraient passer de 1,1 million de barils par jour à 2 millions, pour une production totale (exportation et consommation intérieure) de 3,1 millions de barils par jour en 2016.

L’Iran, nouvel eldorado ? « L’inflation, la récession et le chômage sont les plus importants problèmes du pays. Après l’accord nucléaire et la levée des sanctions, le pays traverse une situation difficile », a reconnu le président sortant du Parlement, Ali Larijani, conservateur modéré qui soutient le président Hassan Rohani.

« L’économie iranienne a été frappée de plein fouet par la chute des cours du pétrole, le prix du Brent [gisement de la mer du Nord] étant passé de 104 dollars le baril en juin 2014 à une trentaine aujourd’hui », souligne Thierry Coville, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Résultat : alors que la croissance s’était accélérée en 2014 avec une hausse du PIB de 3 %, elle a été quasi nulle en 2015.

À moins de creuser un peu plus le déficit budgétaire (-3 % en 2015), l’Iran a dû adopter une politique budgétaire restrictive. Relativement optimiste, le FMI table malgré tout sur une croissance de 4,5 % pour 2016. « La question est de savoir si l’Iran va s’engager sur la voie d’une croissance comparable à celle des pays émergents », estime Sofia Tozy, économiste à la Coface.

Prudence

Dans ce pays de 80 millions d’habitants et qui compte chaque année 500 000 détenteurs d’une maîtrise ou d’un doctorat, il existe un fort potentiel pour basculer dans ce camp des pays émergents. Mais il faudra pour cela réaliser ce que le gouvernement qualifie de « croissance inclusive », pouvant profiter aux différentes catégories socio-économiques, en assurant la promotion de l’emploi des jeunes. Ce qui signifie tenir un rythme de croissance proche de 6 % d’ici 2020.

La levée des sanctions semble apporter une bouffée d’air, mais il faudra beaucoup plus au pays pour revitaliser toute son économie. Pas évident au moment où la justice américaine interdit encore aux banques basées aux États-Unis toute transaction commerciale avec l’Iran. Ce qui incite celles d’Europe à la prudence, d’autant que certaines d’entre elles, comme Deutsche Bank ou BNP Paribas, ont été sanctionnées ces dernières années aux États-Unis pour non-respect de ces règles.