Paris et Londres pressent Moscou de cesser ses raids sur Alep

Nations unies — La France et le Royaume-Uni ont exigé mercredi de la Russie qu’elle cesse ses bombardements sur la ville syrienne d’Alep et du régime syrien qu’il donne un meilleur accès humanitaire à sa population, avant une réunion du Conseil de sécurité.

« Le régime et ses alliés doivent respecter leurs obligations humanitaires : cesser les bombardements aveugles, lever les sièges [des villes syriennes] et accorder un accès humanitaire total », a affirmé l’ambassadeur français auprès des Nations unies François Delattre.

« Ce n’est pas une faveur que nous [leur] demandons, c’est une obligation absolue au regard du droit international. »

Il s’exprimait juste avant des consultations à huis clos au Conseil de sécurité sur la situation humanitaire en Syrie et à la veille d’une conférence internationale à Munich, en Allemagne.

Lors de la réunion du Conseil, la Russie a indiqué qu’elle « présenterait des propositions sur un cessez-le-feu » à la conférence de Munich, mais sans donner de détails, a indiqué l’ambassadeur néo-zélandais Gerard Van Bohemen à l’issue des consultations.

La réunion du Conseil avait été demandée par la Nouvelle-Zélande et l’Espagne pour évoquer notamment le sort de milliers de réfugiés syriens chassés d’Alep (nord) et bloqués à la frontière turque.

Pour M. Delattre, améliorer la situation humanitaire favorisera aussi « une négociation crédible » entre gouvernement et opposition.

Dans ce contexte, a-t-il estimé, le sort d’Alep, qui appartient au « patrimoine de l’humanité » et est le centre de l’opposition au régime, est particulièrement important pour l’avenir de la Syrie et de la région.

Son homologue britannique Matthew Rycroft a souhaité « une réponse adéquate de la Russie aux inquiétudes » sur la situation humanitaire lors de la conférence de Munich, jeudi, qui rassemblera 17 pays du Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG).

« Ils [les Russes] ont l’obligation d’user de leur influence sur la régime Assad pour obtenir un cessez-le-feu et un accès humanitaire convenable et de cesser leurs bombardements aériens », a-t-il souligné.

L’ambassadeur néo-zélandais a souhaité que soit instaurée une « pause humanitaire pour permettre à l’aide d’être livrée » non seulement à Alep, mais aussi dans des villes syriennes assiégées par les belligérants comme Madaya, près de Damas.

3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 10 février 2016 16 h 37

    La Realpolitik avant tout!

    Les Russes en ont que cirer du droit international humanitaire! Ce qui compte pour eux, c'est avoir une position de force en Syrie et, si possible, avec Bachar. Les morts et blessés civils importent peu. C'est ainsi que le régime de Poutine fonctionne.

    M.L.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 février 2016 16 h 51

    Les moralistes aux mains sales

    Contrairement aux bombardements occidentaux en _Irak_, les bombardements occidentaux en _Syrie_ ont tous été effectués sans autorisation du gouvernement du pays. Ceux effectués en Syrie avant cette résolution sont donc tous contraires au droit international et conséquemment, constituent des crimes de guerre.

    Par contre, les bombardements russes en Syrie sont tous postérieurs à la résolution de l’ONU autorisant l’usage de la force, adoptée en novembre dernier. De plus, ils sont voulus par les dirigeants du pays.

    Avant l’entrée en guerre de la Russie, les 10 600 frappes occidentales en Syrie et en Irak ont contribué aux 250 000 morts, aux quatre millions de réfugiés et aux 7 à 12 millions de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie.

    Qui sont la France et le Royaume-Uni pour donner des leçons aux Russes ?

    Les bombardements russes, en dépit de leur cruauté analogue aux bombardements occidentaux, font reculer les milices islamistes soutenues par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie. Ils laissent entrevoir la pacification de l’ouest du pays.

    Par contre, seuls les bombardements occidentaux effectués de concert avec les Kurdes ont fait reculer les islamistes. Le reste (la grande majorité des bombardements pendant 4 ans) n’a servi à rien d’autre que perpétuer l’insécurité de la région incitant les pays voisins à s’armer auprès des pays dirigeants de la coalition (qui sont aussi des producteurs d’armement).

  • Michèle Lévesque - Abonnée 11 février 2016 06 h 09

    Gagner du temps

    Gagner du temps

    Un ultimatum sans dents, c'est-à-dire sans pouvoir réel et c'est dommage car cette folie sur Alep et l'ensemble de la Syrie perdure à cause de l’obstination intéressée de la Russie à soutenir un tyran reconnu comme tel par des instances internationales sérieuses, dont HRW.

    L'argument selon lequel l'entrée des Russes en Syrie se fait selon les règles du droit international parce qu'à la demande d'un Régime membre de l'ONU ne tient pas vraiment la route. Qui oserait soutenir que la parodie de démocratie en Syrie, surtout celle de 2014, va dans le sens des états modernes et des droits humains ?

    Ni la France, ni la Grande-Bretagne, ni la Russie, ni les États-Unis ne sont purs dans ce dossier, personne ne songe à nier cela, mais maintenir Assad sur son trône d'ignominie au nom de la démocratie, voire comme un bouclier contre daesh, est un non-sens. Poutine fait à Alep, par les armes, tout en continuant à jouer en virtuose sur les mécanismes démocratiques et parlementaires internationaux, en particulier l'ONU qu'il sabote allègrement depuis 2012 sur ce dossier : il continue encore et encore à gagner du temps en espérant qu'entre-temps ses bombes puissent remettre en selle son compère Assad.

    Et pendant ce temps, des civil(e)s du peuple syrien meurent ou doivent s'exiler en catastrophe, un crime faisant honte à notre siècle et déstabilisant toute l'Europe ainsi que les pays limitrophes de la Syrie dans une crise migratoire sans précédent. Et ce, quand les « ennemis du Régime » ne i sont pas "simplement" torturés et laissés à mourir dans des conditions que les Nazis n'auraient pas désavouées. Cela aussi, ces tortures sans nom au nom de la démocratie, est confirmé par HRW et d'autres observateurs, photos à l’appui, mais les médias d’ici n'en parlent, n’insistent pas. Nous nous rendons ainsi complices d'un crime contre l'humanité que nous n'avons pas l'excuse d'ignorer.