Plus d’un million de civils vivent assiégés

Des Syriens ayant fui Alep dans un camp de Bab al-Salama, au nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie
Photo: Bulent Kilic Agence France-Presse Des Syriens ayant fui Alep dans un camp de Bab al-Salama, au nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie

Plus d’un million de Syriens dans 46 localités vivent assiégés, principalement par le régime syrien et ses alliés, après presque cinq ans de guerre dans le pays, ont affirmé mardi deux ONG, jugeant que la crise était bien plus grave qu’estimé par l’ONU.

Des nouvelles données « montrent qu’il y a plus d’un million de Syriens qui vivent assiégés dans plusieurs endroits à Damas et dans sa région, ainsi qu’à Homs, Deir Ezzor et dans la province d’Idleb », ont affirmé les deux ONG. Les 46 localités rassemblent plus de un million de personnes, assiégées en grande majorité par les troupes du régime, selon le rapport. Les personnes concernées vivent avec « un risque accru de décès » à cause du manque de nourriture, d’électricité et d’eau courante.

Ces données ont été rassemblées par un « large réseau de contacts dans les localités assiégées » travaillant pour le projet Siege Watch, mis en place par l’ONG néerlandaise PAX avec l’américaine The Syria Institute.

Les derniers chiffres des Nations unies évoquaient près d’un demi-million de personnes vivant assiégées, dont plus de la moitié par le régime.

 

La famine

Selon le rapport, le gouvernement de Damas utilise la « stratégie de la famine ou de la capitulation » de manière systématique à travers le pays. « Le gouvernement syrien et ses alliés sont de loin les responsables les plus importants de sièges contre des civils syriens », assurent les deux ONG dans leur rapport publié mardi. « Sur près de 50 localités, seules deux sont assiégées par des groupes armés de l’opposition », dans les localités de Foua et Kafraya dans la province d’Idleb. « Une troisième localité, un groupement de quartiers dans la ville de Deir Ezzor, est assiégée à la fois par le groupe État islamique [EI] et par le gouvernement syrien », ajoutent les auteurs du rapport. Dans cette ville de l’est de la Syrie, assiégée depuis janvier 2015, vivent plus de 200 000 personnes

Sur les 46 localités, 36 se trouvent autour de la capitale Damas, dont Douma et Zamalka, dans la région de la Ghouta occidentale. Dans cette province, sont aussi concernées Madaya où 46 personnes sont mortes de faim depuis début décembre et Zabadani, où des cas de famine ont été signalés, provoquant une mobilisation internationale.

 

Cessez-le-feu

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a une nouvelle fois réclamé mardi à la Russie un cessez-le-feu immédiat en Syrie, objectif majeur de la conférence internationale sur cette guerre prévue jeudi à Munich. « Nous avons appelé la Russie et nous l’appelons encore à se joindre aux efforts destinés à obtenir un cessez-le-feu immédiat et un accès humanitaire complet », a martelé mardi John Kerry devant la presse, en recevant au département d’État son homologue égyptien, Sameh Choukri.

« Ce que fait la Russie à Alep et dans la région rend les choses beaucoup plus difficiles pour pouvoir se mettre à la table [des pourparlers] et avoir une conversation sérieuse », a mis en garde le chef de la diplomatie américaine, en allusion aux frappes russes depuis plus d’une semaine sur la ville du nord de la Syrie en appui à l’offensive des forces gouvernementales syriennes.

M. Kerry a plaidé pour que Moscou « contribue à créer un climat où l’on puisse négocier. Mais ils [les Russes] ont rendu les choses très, très difficiles ces derniers jours. »

Washington avait accusé Moscou la semaine dernière d’avoir, par ses bombardements, torpillé « en partie » les discussions indirectes inter-syriennes qui avaient à peine commencé à Genève, sous l’égide de l’ONU.

Depuis mercredi dernier, John Kerry a réclamé quotidiennement que ces frappes russes qui « tuent femmes et enfants en grand nombre » cessent. « Nous ne sommes pas aveugles sur ce qui se déroule et nous sommes tout à fait conscients que ce moment est crucial », a-t-il ajouté.

Espoir

 

« Nous allons à Munich avec le grand espoir d’un moment révélateur », a encore lancé le secrétaire d’État, son porte-parole, John Kirby, jugeant que la communauté internationale devait « maintenant décider d’essayer d’obtenir un cessez-le-feu etun accès humanitaire ».

La ville allemande de Munich accueille jeudi le Groupe international de soutien à la Syrie (ISSG) rassemblant 17 pays et trois organisations multilatérales qui ont adopté en novembre dernier à Vienne une feuille de route diplomatique sur le conflit. Ce texte, consacré par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU le 18 décembre, réclame notamment l’instauration d’un cessez-le-feu et un accès humanitaire aux villes syriennes assiégées.

« C’est ce sur quoi cette réunion portera et elle en dira long sur le chemin qui est devant nous », a plaidé John Kerry, partisan depuis des mois d’un rapprochement avec Moscou pour tenter de trouver une sortie de crise diplomatique au conflit syrien.

M. Kerry et son homologue russe, Sergueï Lavrov, sont les artisans du processus diplomatique de Vienne.

Lundi soir, lors d’une rencontre avec des journalistes de Washington, l’ambassadeur de Russie aux États-Unis, Sergueï Kislyak, a reconnu aussi que la conférence de Munich serait « difficile ».