Des milliers de Syriens fuient l’offensive du régime près d’Alep

Des secouristes syriens cherchaient des survivants dans les décombres après des frappes aériennes dans un quartier d’Alep.
Photo: Thaer Mohammed gence France-Presse Des secouristes syriens cherchaient des survivants dans les décombres après des frappes aériennes dans un quartier d’Alep.

L’offensive des derniers jours menée par le régime de Damas contre Alep s’est intensifiée jeudi grâce aux multiples frappes de l’aviation russe, forçant des dizaines de milliers de civils à prendre la fuite vers le nord de la Syrie. L’opération vise à assiéger la ville d’Alep, une des dernières places fortes de la rébellion et ancienne capitale économique du pays.

Les frappes russes ont fait jeudi au moins 21 morts parmi les civils, dont trois enfants, dans des quartiers rebelles d’Alep, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

De 60 à 70 000 personnes pourraient se réfugier en Turquie après avoir fui l’offensive du régime, a averti le premier ministre turc Ahmet Davutoglu, dont le gouvernement est opposé au pouvoir de Damas. Il s’exprimait lors d’une conférence de pays donateurs.

Parallèlement, les fragiles espoirs d’une esquisse d’une solution politique ont été de nouveau douchés avec la suspension annoncée mercredi des pourparlers supervisés par l’ONU entre pouvoir et opposition à Genève. Au contraire, le ton est monté, plusieurs pays occidentaux accusant le régime d’Assad et son allié russe d’être responsables de la déconvenue de Genève.

Les États-Unis et la France ont de nouveau réclamé que les Russes arrêtent leurs bombardements en Syrie qui visent, selon eux, les rebelles et non les djihadistes du groupe État islamique (EI).

Les avions russes ont bombardé 875 « cibles terroristes » en Syrie au cours des trois derniers jours. « Du 1er au 3 février, les avions des forces aériennes russes ont réalisé 237 sorties aériennes visant 875 cibles terroristes, dans les régions d’Alep, de Lattaquié, de Homs, de Hama et de Deir Ezzor », a fait savoir par voie de communiqué le porte-parole du ministère de la Défense de Russie, le général Igor Konachenkov.

Le siège

Les rebelles se trouvent désormais dans une situation extrêmement difficile, les forces progouvernementales ayant réussi à couper leur principale route d’approvisionnement jusqu’à la Turquie. Elles ont pour cela levé le siège de deux localités chiites au nord d’Alep, Nebbol et Zahra, assiégés par les rebelles depuis 2012.

Si l’armée avance davantage vers Alep, « le siège sera total », selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH. « À moins qu’ils ne reçoivent une aide urgente des pays du Golfe et de la Turquie, cela pourrait marquer le début de la fin pour eux. »

L’offensive lancée lundi par l’armée a déjà poussé près de 40 000 civils à fuir leurs foyers dans la région, selon l’OSDH. Des milliers d’entre eux se trouvent sans abri dans le nord de la Syrie ainsi que près de la frontière avec la Turquie.

S’alarmant du nombre de réfugiés se dirigeant vers la Turquie, M. Davutoglu a accusé « les complices de Bachar al-Assad » d’être « tout autant coupables de crimes de guerre », en référence à Moscou.

L’armée russe a de son côté affirmé avoir « de sérieuses raisons » de croire que la Turquie préparait une intervention militaire en Syrie. Elle a cité l’accumulation à la frontière d’hommes et de matériel et l’interdiction par Ankara du survol de son territoire par un avion de reconnaissance russe.

Jusqu’à la frontière

À Damas, un haut responsable a affirmé que le régime ambitionnait d’aller plus loin que la percée de mercredi. « Les prochains objectifs sont de fermer la frontière avec la Turquie pour empêcher l’arrivée de troupes et d’armes [aux rebelles]. Ce sera ensuite la province d’Alep, puis celle d’Idleb », capturée en 2015 par les rebelles, a-t-il dit.

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra vendredi matin des consultations avec le médiateur de l’ONU en Syrie Staffan de Mistura. Ce dernier rendra compte aux ambassadeurs des 15 pays membres de sa décision de suspendre les négociations de paix de Genève. Cette réunion à huis clos a été demandée par le Venezuela, qui préside le Conseil en février.

Cette réunion sera essentiellement une session d’information. Il n’est pas prévu pour l’instant que le Conseil publie une déclaration à l’issue de ses consultations, a ajouté l’ambassadeur vénézuélien.

Promesse de 10 milliards d’aide

Londres — Plus de dix milliards de dollars ont été promis jeudi lors de la conférence de donateurs à Londres pour aider les millions de Syriens épuisés par la guerre et tenter d’endiguer la crise des réfugiés qui menace de déstabiliser les pays d’accueil.

Les pays donateurs ont donc atteint leur objectif : faire mieux que lors de la conférence de 2015, où seulement 3,3 milliards de dollars avaient été récoltés sur les 8,4 milliards réclamés. Sur les 10 milliards promis, 5,6 milliards de dollars doivent être versés en 2016, et 5,1 d’ici 2020.

Soucieux de montrer l’exemple, le gouvernement britannique a promis 1,74 milliard de dollars d’ici 2020. La chancelière allemande a promis, elle, de débloquer 2,3 milliards d’euros d’ici 2018.

Ces dons sont « l’un des éléments qui contribueront à faire que les gens n’auront pas besoin de se lancer dans de périlleux voyages vers l’Europe », a dit Angela Merkel dont la popularité s’est érodée dans son pays pour avoir endossé l’habit de protectrice des réfugiés. « C’est un jour d’espoir », a-t-elle ajouté.

« Quand on voit des personnes réduites à manger de l’herbe et des animaux sauvages pour survivre au jour le jour, cela ne peut que choquer toute personne civilisée », a renchéri le secrétaire d’État américain, John Kerry, annonçant 890 millions de dollars supplémentaires (pour 2015-2016).

Les investissements présentés jeudi doivent permettre de créer d’ici 2018 jusqu’à 1,1 million d’emplois pour les réfugiés syriens et les communautés autochtones qui les côtoient, selon la déclaration finale de la conférence. Les pays donateurs se sont également donnés pour objectif de fournir une éducation satisfaisante à 1,7 million d’enfants.

Réagissant à ces annonces, une coalition réunissant 30 ONG a salué l’ambition des donateurs, tout en regrettant que les promesses pour 2016 soient inférieures de 3 milliards de dollars aux besoins urgents exprimés.

Photo: Joseph Eid Agence France-Presse
3 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 5 février 2016 08 h 05

    Civilisation?

    Bachar al-Assad et Poutine, quel beau duo! Seront-ils un jour jugés pour crimes de guerre? J'en doute. Et les Syriens, enfants et adultes, continuent de mourir sous les bombes. Et on palabre à Genève. Triste et lâche monde.

    M.L.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 février 2016 09 h 14

    Le fond de l'affaire

    Cette guerre est alimentée de l’extérieur (Arabie saoudite, Turquie et Qatar). Coupez le cordon d’alimentation et la guerre cesse.

    Les pays occidentaux ont mené leur bal complaisant pendant quatre ans, avec le résultat qu’on sait.

    Maintenant que les Russes ont pris le contrôle de l’espace aérien syrien, les pays occidentaux sont forcés de se replier vers l’Irak pour se concentrer sur la reconquête de ce pays… s’ils le veulent bien.

    Les Russes savent qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Mais au cours des 4 ans qui ont précédé leur intervention militaire, il y a déjà eu 250,000 morts et quatre millions de réfugiés. Alors qui sommes-nous pour blâmer les Russes ?

    Dans le but de pacifier la Syrie, il faut avant tout faire cesser l’approvisionnement militaire aux rebelles islamistes. C’est ce à quoi s’emploie la Russie.

    Non seulement nos gouvernements refusent-ils d’adresser des blâmes publics aux pays qui entretiennent ce conflit, non seulement blâment-t-ils la Russie pour des pertes civiles qu’ils ont eux aussi causées (tout en les niant), mais ils continuent d’armer l’Arabie saoudite sachant très bien l’hypocrisie de ce pays, principal financier du terrorisme international.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2016 19 h 41

    Les donneurs de leçons

    La Turquie qui donne des leçons de démocratie aux autres. On aura tout vu. Les Russes sont en train de disposer des djihadistes du groupe État islamique (EI) en Syrie et c'est pour cela que la Turquie veut intervenir parce qu'elle les supporte.