Le groupe EI enlève 400 civils après une tuerie

Samedi, le groupe EI a lancé une offensive d’envergure sur plusieurs secteurs de Deir Ezzor, dont le quartier de Sukkari, où les travailleurs de la défense civile s’affairaient à secourir les blessés.
Photo: Karam Al-Masri Agence France-Presse Samedi, le groupe EI a lancé une offensive d’envergure sur plusieurs secteurs de Deir Ezzor, dont le quartier de Sukkari, où les travailleurs de la défense civile s’affairaient à secourir les blessés.

L’organisation État islamique (EI) a enlevé au moins 400 civils dans la ville syrienne de Deir Ezzor après y avoir tué des dizaines de personnes, la plupart exécutées, dernière atrocité en date du groupe djihadiste dans le pays en guerre.

Alors que la population continue de payer le lourd tribut de la guerre, quarante civils dont huit enfants ont péri samedi dans des raids aériens sur Raqqa, bastion du groupe EI dans l’est de la Syrie, a rapporté dimanche l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Le même jour, au moins 400 personnes étaient kidnappées à Al-Bgheliyeh, banlieue nord-ouest de la ville de Deir Ezzor (est), et dans des secteurs alentours, selon l’ONG.

Tous de confession musulmane sunnite comme l’organisation EI et parmi lesquels « figurent des femmes, des enfants et des membres de familles de combattants prorégime », les 400 civils ont été emmenés vers des régions aux mains du groupe armé dans la province éponyme riche en pétrole et dans celle voisine de Raqqa, selon l’OSDH.

Le directeur de cette ONG, Rami Abdel Rahmane, a dit craindre que le groupe EI « n’exécute les civils ou ne réduise les femmes à l’esclavage sexuel comme il l’a fait plusieurs fois dans le passé ».

Samedi, le groupe EI a lancé une offensive d’envergure sur plusieurs secteurs de Deir Ezzor, qui lui a permis d’en contrôler environ 60 %.

Des combats intermittents opposaient dimanche les djihadistes aux pro-régime, alors que la banlieue d’Al-Bgheliyeh a été la cible de raids de l’aviation de la Russie, alliée fidèle du régime, selon l’OSDH.

Avant d’enlever les civils, les combattants du groupe EI ont tué à Al-Bgheliyeh au moins 85 civils et 50 combattants prorégime, la plupart exécutés, selon l’OSDH, qui a aussi fait état de 42 djihadistes tués.

Crimes contre l’humanité

L’agence officielle syrienne Sana a dénoncé un « massacre » et parlé de « 300 civils tués ».

Si ce bilan était confirmé, il serait l’un des plus élevés pour une seule journée dans ce conflit déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations pacifiques réclamant des réformes, qui a dégénéré en guerre civile complexe avec plusieurs protagonistes.

Le groupe EI, qui a profité du chaos en Syrie pour s’emparer de vastes territoires, est responsable d’atrocités — exécutions, viols, rapts, nettoyage ethnique — aussi bien en Syrie qu’en Irak voisin et a revendiqué de nombreux attentats particulièrement meurtriers dans d’autres pays.

Accusé par l’ONU de crimes contre l’humanité et cible depuis des mois des frappes d’une large coalition internationale dirigée par les États-Unis, le groupe djihadiste a mené plusieurs exécutions de masse en Syrie dans le passé, dont l’une avait coûté la vie à 900 membres de la tribu des Chaitat à Deir Ezzor en 2014.

L’organisation ultraradicale a également massacré quelque 200 soldats syriens en août 2014 quand elle avait pris la base militaire de Tabqa dans la province de Raqqa, dont le chef-lieu du même nom est la capitale de facto du groupe EI.

Dans ce bastion djihadiste, quarante civils dont huit enfants ont péri dans des raids aériens. L’OSDH n’était pas en mesure de dire si les raids avaient été menés par les avions russes ou ceux du régime à Raqqa.

Plus au nord-ouest, dans la province voisine d’Alep, les prorégime ont mis en échec une attaque du groupe EI contre leur position près de la ville d’Al-Bab, sous la couverture de raids russes.

Les combattants prorégime tentent de reprendre Al-Bab au groupe EI après s’être emparés de villages alentour et espèrent ainsi affaiblir les djihadistes qui contrôlent une partie de la province d’Alep.

L’armée tente en outre « d’élargir sa zone de sécurité autour de la ville » d’Alep divisée et d’empêcher les rebelles notamment islamistes de se réapprovisionner depuis les environs, selon une source de sécurité.

Le régime a repris l’offensive après l’intervention militaire le 30 septembre dans le conflit de la Russie.

Depuis le début du conflit il y a près de cinq ans, plus de 260 000 personnes sont mortes et des millions ont été poussées à la fuite.

Alors que jusqu’à présent les efforts pour une solution politique ont échoué, l’ONU tente de réunir à partir du 25 janvier en Suisse régime et opposition pour des négociations sur un cessez-le-feu et une transition politique. Pour les préparer, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov rencontrera mercredi à Zurich son homologue américain John Kerry.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 janvier 2016 13 h 08

    Syrie

    Pas loin de là, il y a douze mille ans, on a inventé l'agriculture. Il y a quatre mille ans, en Syrie même (alors appelé Phénicie), on a inventé deux des plus formidables instruments de civilisation, l'alphabet et la monnaie de métal. C'est le coin le plus anciennement civilisé du monde. Est-ce pour cela qu'il est maintenant le plus fanatique et le plus cruel?

  • Gilles Théberge - Abonné 18 janvier 2016 16 h 32

    AIE!

    Tant que l'occident n'assumerapas sa responsabilité dans cette horreur et ne débarquera pas sur le terrain, ils continueront de ravir et d'exécuter et de réduire è l'esclavage les populations qui n'ont pas quitté le territoire.

    C'est clair et net...