Le fossé se creuse entre Israël et sa minorité arabe

La révélation des protections dont a bénéficié l’auteur présumé de la fusillade du 1er janvier à Tel-Aviv accroît encore la méfiance et le ressentiment entre les deux communautés.​
 

Le malaise d’Israël vis-à-vis de sa minorité arabe ne cesse de s’accroître. En effet, deux jours après la « liquidation » de Nichaat Mulhem, le terroriste armé d’une mitraillette qui avait tué deux personnes en ouvrant le feu sur une terrasse du centre de Tel-Aviv avant d’abattre un chauffeur de taxi le 1er janvier, l’enquête réserve son lot de surprises quotidiennes. Car pendant que la police et le Shabak (la Sûreté générale) le traquaient à Tel-Aviv, le tueur se cachait tranquillement dans son village d’Arara. Là, certains de ses cousins et de ses amis lui ont offert leur aide pour lui permettre de camper dans des logements appartenant à des proches. Pourtant, les représentants politiques et religieux de la communauté arabe d’Israël (20 % de la population) ont dénoncé la tuerie peu après qu’elle a eu lieu. Mais cela n’a pas empêché une partie du village de protéger le fuyard jusqu’à ce que son avocat le dénonce en envoyant un SMS au Shabak.

« Cette affaire confirme l’existence d’un gros malaise. Beaucoup, parmi le million et demi d’Arabes vivant dans ce pays, se considèrent comme des citoyens de seconde zone. Des “sous-Israéliens” délaissés par les institutions publiques, qui se préoccuperaient d’abord du bien-être de la majorité juive avant le leur », estime le chroniqueur Amnon Abramowicz. De fait, depuis sa création en 1948, l’État hébreu a très peu investi dans le « secteur arabe » où les soins médicaux, l’éducation et les aides sociales sont d’un niveau moindre que dans le reste du pays. Certes, plusieurs gouvernements, dont ceux d’Éhoud Barak et d’Éhoud Olmert, ont, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, promis des « investissements massifs » dans les villes et villages arabes. Mais les administrés n’ont rien vu, sauf dans quelques endroits touristiques tels Jaffa (une partie de Tel-Aviv) et Nazareth.

Au début de l’année, Benjamin Nétanyahou a également dévoilé un plan de 3,8 milliards d’euros prévoyant « des investissements sans précédents dans les domaines sociaux, culturels et touristiques » ainsi que la création d’une ville nouvelle arabe. « La première depuis 1948 », a-t-il fièrement précisé. Or, rien de ce qu’il a promis n’a encore été budgétisé. En revanche, au lendemain de la tuerie de Tel-Aviv, il a confirmé que la mise en place du plan serait assortie de conditions que les deux ministres les plus à droite du Likoud ont été chargés de définir. « Autant dire que ce plan est mort-né », lâche Ayman Odeh, le chef de file des douze élus arabes à la Knesset.

Le « cas Mulhem » conforte en tout cas les préjugés de la majorité juive d’Israël, selon lesquels les Arabes ne sont « pas fiables » et constitueraient une sorte de cinquième colonne, plus tournée vers la Cisjordanie palestinienne que vers le reste de l’État hébreu. « Et ça vous étonne ? », interrogeait dimanche un imam de Haïfa interrogé par la radio privée. « Tant que le conflit avec les Palestiniens ne sera pas résolu et que l’État ne nous accordera pas les mêmes chances qu’au reste de la population, il y a peu de chances pour que vous trouviez en nous les serviteurs fidèles et obéissants dont vous rêvez depuis 1948. »