Exécution de 47 personnes dont un important chef religieux chiite

Ryad — L’Arabie saoudite a exécuté samedi 47 personnes condamnées pour « terrorisme » dont le chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, figure de la contestation contre le régime, suscitant l’indignation dans le monde chiite.
 

Parmi les 46 autres personnes mises à mort figurent une majorité de djihadistes d’Al-Qaïda, alors que le royaume s’inquiète de la menace représentée par les groupes extrémistes sunnites comme le groupe État islamique (EI). Al-Qaïda a récemment promis des représailles en cas d’exécution de ces membres.

La liste inclut le nom de Fares al-Shuwail que des médias saoudiens ont présenté comme étant un leader religieux d’al-qaïda en Arabie saoudite, arrêté en août 2004.

Les condamnés — 45 Saoudiens, un Égyptien, un Tchadien — ont été exécutés au sabre ou par balles dans douze villes du royaume, a précisé le ministère de l’Intérieur.
 
Ils avaient été condamnés, selon les autorités, dans différentes affaires, notamment pour avoir épousé une idéologie radicale, rejoint des « organisations terroristes » et mis à exécution des « complots criminels ».

 


Vive réaction en Iran 

Les protestations les plus fortes après l’exécution du cheikh al-Nimr sont venues d’Iran, puissance chiite qui entretient des relations tendues avec l’Arabie saoudite sunnite. Téhéran a averti que Riyad paiera « un prix élevé » pour cette mort, tandis que des manifestations ont été appelées pour dimanche contre l’Arabie.

L’ambassade de l’Arabie Saoudite à Téhéran (Iran) a été attaquée samedi soir par des manifestants en colère après l’exécution du dignitaire religieux chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr, a rapporté l’agence Isna.

Des manifestants ont lancé des cocktails Molotov contre l’ambassade et ont pu pénétrer à l’intérieur de l’enceinte diplomatique avant d’en être évacués par la police, a rapporté l’agence.

 

Qualifiant « d’irresponsables » les déclarations de Téhéran, le porte-parole du ministère saoudien de l’Intérieur, Mansour al-Turki, a souligné que son pays « ne se préoccupait pas de ce que les autres pensent ».

L’Arabie saoudite a ensuite convoqué l’ambassadeur d’Iran pour protester contre les déclarations « agressives » de Téhéran, après l’exécution de Nimr Baqer al-Nimr, a indiqué le ministère des Affaires étrangères.

L’Arabie saoudite accuse l’Iran, pays « sans vergogne », de soutenir le terrorisme et de porter atteinte à la stabilité régionale, après les protestations de Téhéran contre l’exécution samedi du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr.

« Le régime iranien est le dernier régime au monde à pouvoir accuser d’autres de soutenir le terrorisme, dans la mesure où l’Iran soutient lui-même le terrorisme », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères dans un communiqué à l’agence de presse officielle SPA.

 

 

Des monarchies sunnites de la région dont Bahreïn et les Émirats arabes unis ont quant à elles salué l’attitude de l’Arabie saoudite. A Bahreïn, quelques jeunes de la majorité chiite se sont toutefois rassemblés dans les banlieues de Manama pour protester contre ces exécutions.

 
Figure de la contestation
 

Le cheikh Nimr al-Nimr, 56 ans, virulent critique de la dynastie sunnite des Al-Saoud, a été la figure de proue du mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011, dans la foulée des printemps arabes, dans l’est de l’Arabie où vit l’essentiel de la minorité chiite.

Cette communauté, qui se concentre dans la Province orientale riche en pétrole, se plaint d’être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite. Elle a été victime « de discriminations sectaires », selon le chercheur Toby Matthiesen de l’Université d’Oxford.

L’exécution du cheikh Nimr « provoquera la colère des jeunes » chiites en Arabie saoudite, a mis en garde son frère, Mohammed al-Nimr, dans un entretien téléphonique avec l’AFP. « Il y aura des réactions négatives à l’intérieur du royaume et à l’étranger mais nous espérons qu’elles seront pacifiques », a-t-il déclaré tout en soulignant « rejeter la violence ».

Le cheikh Nimr avait été condamné à mort en octobre 2014 pour « terrorisme », « sédition », « désobéissance au souverain » et « port d’armes » par un tribunal de Ryad spécialisé dans les affaires de terrorisme. Son arrestation en juillet 2012 avait provoqué de violentes manifestations.

         

Les 47 exécutions sont les premières de l’année 2016 dans ce royaume ultraconservateur qui avait mis à mort 153 personnes l’année dernière, selon un décompte de l’AFP basé sur des chiffres officiels. Le nombre d’exécutions en 2015 a largement dépassé celui enregistré en 2014 (87).

Vives réactions 


Certains craignent que le groupe al-Qaïda ne veuille venger ses membres. La branche du groupe extrémiste au Yémen — aussi appelée al-Qaïda dans la péninsule arabique — a menacé de sévir contre les forces de sécurité saoudiennes le mois dernier si elles continuaient d’exécuter ses militants.

 

Après l’exécution de samedi, un dirigeant du parti chiite Dawa au pouvoir en Irak a appelé à des mesures de rétorsion, dont la fermeture de l’ambassade saoudienne récemment rouverte à Bagdad ou l’exécution des « terroristes » saoudiens détenus dans le pays.

Au Liban, qui abrite quelque 1,2 million de chiites, le cheikh Abdel Amir Kabalan a également dénoncé la décision de l’Arabie saoudite, la qualifiant de « grave erreur » qui aurait pu être évitée pour « réduire les tensions sectaires dans la région ». Il a ajouté que les exécutions auraient « des répercussions dans les jours à venir ».

Le Hezbollah, un groupe militant libanais, a parlé d’un « assassinat » et d’un « crime horrible », ajoutant que les États-Unis portaient une responsabilité dans ces exécutions puisqu’ils appuient le royaume saoudien.


De son côté, l’Union européenne a exprimé samedi ses « sérieuses inquiétudes » après l’exécution par l’Arabie saoudite du chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr.

« Le cas spécifique du cheikh Nimr al-Nimr soulève de sérieuses inquiétudes sur la liberté d’expression et le respect des droits civils et politiques de base, qui doivent être préservés dans tous les cas, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme », a déclaré la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini, citée dans un communiqué.

« Ce cas a le potentiel d’enflammer un peu plus les tensions sectaires qui font déjà beaucoup de dégâts dans la région, avec des conséquences dangereuses », estime encore Federica Mogherini.

L’UE appelle ainsi le royaume à « promouvoir la réconciliation entre les différentes communautés » qui le composent et demande à toutes les parties de faire preuve de « retenue et de responsabilité ».

À Bahreïn, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des groupes de manifestants qui protestaient contre l’exécutionde Nimr Baqer al-Nimr, ont rapporté des témoins.

De petites manifestations ont été signalées dans au moins deux villages à majorité chiite, Jidhafs et Malikyia, respectivement à l’ouest et au sud de la capitale Manama. D’autres appels à manifester ont été lancés pour la soirée.

Le ministère bahreïni de l’Intérieur a indiqué qu’il n’accepterait « aucune remarque ou interférence » dans les décisions d’exécutions mises en oeuvre en Arabie, ajoutant que des poursuites judiciaires pourraient être engagées contre toute personne susceptible d’utiliser « les réseaux sociaux pour répandre des rumeurs liées à la sécurité ».

 

6 commentaires
  • Fernand Laberge - Abonné 2 janvier 2016 10 h 26

    Que disait le gouvernement canadien déjà ?

    «Le Royaume d’Arabie saoudite est un partenaire important du Canada (...)»
    «dialogue ouvert sur des dossiers comme la situation des droits de la personne».

    Et l'Arabie saoudite de répondre qu'elle «ne se préoccupait pas de ce que les autres pensent».

    Le jeune ben Nayef, héritier du trône et véritable dirigeant (Salmane étant de santé chancelante) mise à l'évidence sur la répression pour (tenter d') assurer sa longévité.

    Mais il a aussi engagé le royaume dans le bourbier yéménite, les déficits et les taxes (mais où sont donc passés tous les milliards accumulés... ). Entretemps, ce sont les contribuables canadiens qui assurent le financement du matériel militaire requis. Nous avons donc intérêt à ce que la répression fonctionne !

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 janvier 2016 10 h 48

    Quel beau cadeau du père Noël wahhabite...

    L’Arabie saoudite est une dictature. Selon la définition saoudienne de ‘terrorisme’, tous ceux qui font la promotion de la démocratie parlementaire sont coupables de terrorisme. Voilà pourquoi le dissident Raïf Badawi a été condamné à dix ans d’emprisonnement pour cyber-terrorisme (‘cyber’ parce qu’il le faisait d’un blogue).

    Les tribunaux sont des valets au service des tyrans du pays. Les accusations sont portées en fonction de la finalité de la sanction; si on veut décapiter quelqu’un, on l’accuse d’une offense passible de la peine de mort. Puisque l’Arabie saoudite pratique la torture, les aveux de l’accusé sous la torture suffisent alors comme preuve.

    C'est ainsi que la preuve relative aux chefs d’accusation les plus fantaisistes dans la cause contre l’adolescent Ali Mohammed al-Nimr a été obtenue sous la torture. Il sera donc éventuellement décapité, puis son cadavre sera crucifié et exposé sur la voie publique jusqu’à pourrissement évident des chairs.

    On voit donc que la différence entre la barbarie de l’Arabie saoudite est celle de Daech est très mince.

    Selon le wahhabisme (la religion d’État du pays), tous les chiites sont des apostats passibles de la peine de mort. Donc tous les prétextes sont bons pour en tuer.

    Selon le régime, parmi les quarante-sept personnes tuées aujourd’hui, il y aurait des sunnites condamnés pour leur implication dans des attentats revendiqués par Al-Qaida entre 2003 et 2006.

    Si cela est vrai, cela est étonnant compte tenu du caractère expéditif de la justice saoudienne. Dans ce pays, on ne met pas une décennie ans à se débarrasser de quelqu'un.

    Ce dont on peut être assuré, c’est que l’immense majorité des exécutés sont des chiites.

  • François Dugal - Inscrit 2 janvier 2016 11 h 48

    Le peuple saoudien

    «J'aime le peuple saoudien» - Monsieur le premier ministre Philippe Couillard

    • Charles Lebrun - Abonné 2 janvier 2016 14 h 32

      Eux (les dirigeants saoudiens), y niaisent pas avec la puck [expression bien en usage dans nos radios à Québec]. Ce cher Couillard!!!

  • Sylvain Rivest - Abonné 2 janvier 2016 12 h 05

    La fausse vertus des dirigeants arabes

    Comment aider ces peuples à se sortir de la dictature sans pour autant leur imposer un modèle?
    La Tunisie est le seul pays qui a récolté, à ma connaissance, une certaine liberté suite au printemps arabe. Tous les autres pays sont resté aux prises avec une dictature inhumaine, hypocrite et faussement intéressée par le sort de sa population. Les dirigeants des pays arabes tout comme la plupart des des pays d'Afrique sont des traîtres face à leur propres citoyens. Ils maintiennent en toute impunité la misère et la pauvreté de cette région du monde. Il y a trop de misère dans ce monde et aucun échappatoire face à la cupidité du "1%" des plus riches.

    Si au moins nos dirigeants n'étaient pas complices il y aurait, au moins, un peu d'espoir ;-)

  • Maryse Veilleux - Abonnée 2 janvier 2016 22 h 23

    Je me demande

    Je me demande bien qu'elle est l'intention de la manoeuvre politique de l'Arabie Saoudite, outre le fait certe qu'elle soit une dictature, ces exécutions aussi massive cachent sûrement une intention. Ils semblent vouloir tenter de ressuciter la démonisation de l'Iran, qui finalement n'a pas été bombardée. Veulent-ils simplement activer les cellules terrorristes pour qu'elles soient plus faciles à identifier? Quel plan plus grand se cache derrière cela?