Les frappes russes auraient tué des centaines de civils, selon Amnesty

Amnesty International a affirmé que la Russie avait eu recours à « des    bombes    à sous-munitions ».
Photo: Vadim Savitsky Associated Press Amnesty International a affirmé que la Russie avait eu recours à « des    bombes    à sous-munitions ».

Le ministère russe de la Défense a rejeté mercredi les accusations « fausses » et « sans preuves » d’Amnesty International, affirmant que la Russie a tué des « centaines de civils » dans ses raids aériens en Syrie, dirigés selon Moscou contre les « terroristes ».

« Nous avons pris connaissance de ce rapport. Une fois de plus, il n’y avait rien de concret ni de nouveau dedans : toujours les mêmes clichés et les mêmes fausses informations que nous avons déjà dénoncés avant, à plusieurs reprises », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, lors d’une conférence de presse.

L’ONG « explique déjà dans la préface que tous les faits exposés dans le rapport ont été obtenus à distance, lors d’entretiens téléphoniques avec des soi-disant défenseurs des droits de la personne locaux », a-t-il souligné.

M. Konachenkov a dénoncé le recours fréquent par Amnesty International aux « expressions du genre — des frappes russes présumées — ou — d’éventuelles violations du droit international — sans la moindre preuve ».

« Amnesty International affirme que dans les zones qui auraient été visées par les frappes russes, il n’y avait pas de cibles militaires ou de militants armés », a-t-il poursuivi. « Mais ils ne peuvent pas le savoir et n’ont pas les moyens pour le vérifier », a insisté le porte-parole.

Les frappes aériennes en Syrie sont aussi effectuées par l’aviation de la coalition menée par les États-Unis et par les forces aériennes syriennes, a-t-il rappelé, en déplorant une « mauvaise coordination » de ces efforts dans la lutte contre le groupe armé État islamique (EI).

« Pourquoi Amnesty ne parle que des actions russes ? », s’est-il interrogé, en dénonçant ces « accusations gratuites ».

Dans un rapport rendu public mercredi, Amnesty International a accusé la Russie d’avoir tué des « centaines de civils » et causé « des destructions massives » dans des raids aériens qui « bafouent le droit international humanitaire ».

L’ONG, dont le siège est à Londres, a par ailleurs affirmé que la Russie avait eu recours à « des bombes à sous-munitions », interdites par les conventions internationales.

« L’aviation russe n’utilise pas de bombes à sous-munitions […]. Il n’y en a pas dans notre base en Syrie », a assuré M. Konachenkov.

Entre le 18 et le 23 décembre les avions russes « ont effectué 302 vols et frappé 1093 cibles terroristes dans les provinces d’Alep, Idleb, Lattaquié, Homs et Deir Ezzor », a-t-il par ailleurs indiqué.

Un « important camp d’entraînement des terroristes », ainsi que deux dépôts pétroliers et plusieurs véhicules tout terrain de l’EI équipés de mitrailleuses ont été détruits dans ces frappes, selon la même source.

La Russie mène depuis fin septembre des frappes aériennes contre les « groupes terroristes », dont l’EI. Mais les pays occidentaux et arabes accusent Moscou de frapper surtout l’opposition modérée et d’autres groupes de l’insurrection sunnite.


 
8 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 23 décembre 2015 08 h 46

    Surpris?

    Je ne suis aucunement surpris du comportement révoltant du gouvernement Poutine: le droit international humanitaire, connais pas! Un "peu" plus surpris cependant par le silence des gouvernements occidentaux devant ces exactions. Dire que le despote de Moscou a maintenant ses entrées un peu partout. Ainsi vont les relations internationales: intérêts nationaux (mal compris) ici obligent.


    Michel Lebel

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 décembre 2015 12 h 40

      La résolution de l’ONU y autorisant l’usage de la force en Syrie ne date que du 21 novembre 2015. C’est donc à dire que toutes les frappes aériennes de la Coalition en Syrie qui sont antérieures à cette date sont illégales en vertu du droit international.

  • Marc Georges Allard - Abonné 23 décembre 2015 09 h 44

    QUand il sagit de l'OTAN, ce ne sont pas des crimes de guerre, mais quand ce sont les Russes...... Traitement partial de l'actualité. Marc Allard

    • Sylvain Rivest - Inscrit 24 décembre 2015 10 h 17

      M. Allard vous sous entendez quoi? Que l'OTAN fait des assasinat de masse? Car, c'est bien ce que Poutine fait pour le compte de Bashar el Assad.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 décembre 2015 11 h 58

      M. Rivest, une petite nuance. L’OTAN a bombardé la Libye mais elle n’est pas impliquée en Syrie. Officiellement, il s’agit d’une coalition de pays, dirigée par les États-Unis. Mais j’admets que c’est tout comme.

      Si la coalition avait voulu la fin de cette guerre, elle aurait bombardé les champs pétroliers de l’État islamique (ÉI). Cela aurait causé très peu de pertes civiles et les caisses de l’ÉI seraient vides depuis longtemps.

      Mais pour la Coalition, cette guerre est une occasion d’affaires.

      La coalition anti-ÉI est dirigée par des pays producteurs d’armements. En bombardant l’ÉI de manière à limiter son expansion territoriale sans toutefois chercher à l’anéantir, les pays de cette coalition font perdurer l’insécurité régionale qui amène les pays voisins à multiplier les contrats militaires auprès d’eux afin de se protéger.

      Cette guerre a provoqué le déplacement de 8 à 12 millions de Syriens à l’intérieur du pays, et l’exode d’environ trois millions de réfugiés.

      Les gens ont fui principalement en raison des combats. Mais aussi en raison des bombardements des villes densément peuplées du pays.

      La Syrie mesure (grossièrement) 400km x 400km. Il faut une naïveté que je n’ai pas pour croire que des 10,600 frappes aériennes de la Coalition entre août 2014 et octobre 2015 sur un tel territoire n’ont pas contribué aux 250,000 morts de cette guerre, en bonne partie des civils.

      Alors oui, parlons franchement : la Coalition est elle aussi responsable de crime de guerre.

  • André Mutin - Abonné 23 décembre 2015 11 h 21

    Bien maladroits ou bien méchants ces russes ?

    «Certaines frappes aériennes russes semblent viser directement des civils ou des biens à caractère civil»«Certaines frappes aériennes russes semblent viser directement des civils ou des biens à caractère civil»

    C’est vrai qu’il faut le faire exprès pour tuer des civils, les avions américains, français, anglais, belge, danois, etc.. n’en n’ont pas encore tuer un seul.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 décembre 2015 10 h 13

      Vous avez raison, M. Mutin.

      Entre août 2014 et octobre 2015, la coalition a procédé à 10 600 frappes aériennes. Or ce qu’il y a de merveilleux, c’est que ces frappes ont ciblé les villes densément peuplées de Syrie sans faire de victime civile. Zéro. Aucune.

      L’explication est simple; ce sont des frappes chirurgicales.

      Merveilles de la technologie moderne, ces bombes peuvent tuer un djihadiste chez lui, dans son sommeil, sans même réveiller la femme à ses côtés.

      Malheureusement, la technologie russe est très en retard. C’est tellement dommage.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 décembre 2015 08 h 29

    Protéger avant tout ses bases militaires

    La Russie cible davantage les rebelles islamistes autres que l’État islamique et Al-Qaida parce ce qu’elles sont les menaces les plus rapprochées des bases militaires russes. Puisque ces dernières représentent un avantage stratégique indéniable aux Russes, elles sont au sommet des priorités sécuritaires de Moscou (ce que tout stratège militaire comprend bien).

    Celles-ci sont respectivement la base navale de Lattaquié, et les bases aériennes de Jableh et de Shaayrat (cette dernière, en construction).

    À cela s’ajoute le port de Tartous. Sans être strictement une base navale russe, ce port syrien accueille en permanence des navires de la flotte russe :
    https://jpmartel.files.wordpress.com/2015/12/guerre_syrienne_z1.jpg