Une figure du Hezbollah tuée dans un raid attribué à Israël

Dimanche, on tentait de désencombrer le site de l’attaque où aurait été tué Samir Kantar à Jaramana, au sud-est de Damas en Syrie.
Photo: Louai Beshara Agence France-Presse Dimanche, on tentait de désencombrer le site de l’attaque où aurait été tué Samir Kantar à Jaramana, au sud-est de Damas en Syrie.

Samir Kantar, une personnalité du Hezbollah libanais incarcérée pendant près de 30 ans en Israël, a été tué dans un raid israélien près de Damas, a annoncé dimanche la formation chiite, dont les hommes combattent aux côtés du régime de Bachar al-Assad.

Dans ce qui pourrait être une riposte, trois roquettes Katioucha ont été tirées dimanche sur le nord d’Israël à partir d’une région du sud du Liban qui est une place forte du mouvement chiite, selon une source de sécurité libanaise.

Quelques heures plus tard, Israël a répliqué en tirant neuf obus d’artillerie sur une région du sud du Liban alors que l’aviation israélienne survolait le secteur, a indiqué l’agence officielle libanaise. « Les forces de défense israéliennes ont riposté avec des tirs d’artillerie […] après que des roquettes en provenance du Liban-Sud sont tombées plus tôt sur Israël », a confirmé l’armée israélienne dans un communiqué, sans préciser quelles étaient les cibles des tirs.

Israël s’est félicité du décès du Libanais âgé de 54 ans, mais sans revendiquer la responsabilité du raid, perpétré samedi.

Selon le Hezbollah, Kantar « a été tué […] dans le bombardement par des avions de l’ennemi sioniste d’un immeuble résidentiel à Jaramana », une ville druzo-chrétienne de la banlieue de Damas.

Le Libanais avait passé 28 ans derrière les barreaux en Israël avant d’être libéré en 2008 dans le cadre d’un échange entre le Hezbollah et l’État hébreu.

Le premier ministre syrien Wael al-Halaqi et l’Iran, principal allié du régime syrien et parrain du Hezbollah, ont condamné cet « assassinat ».

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a confirmé la mort de celui qu’il a présenté comme le « chef de la résistance syrienne pour la libération du Golan », un groupe créé il y a deux ans par le Hezbollah pour lancer des opérations dans cette région, occupée par Israël depuis la guerre israélo-arabe en 1967.

D’après l’OSDH, l’aviation israélienne avait déjà visé à plusieurs reprises Kantar en Syrie, mais sans l’atteindre.

La ministre israélienne de la Justice Ayelet Shaked s’est déclarée « heureuse d’avoir appris la nouvelle » de sa mort, mais a tenu à préciser que « l’État d’Israël n’a pas revendiqué » le raid aérien.

« Il s’agit d’un […] terroriste qui avait tué une fillette en lui fracassant le crâne et continuait ses activités terroristes depuis sa libération », a-t-elle ajouté.

Bête noire d’Israël et classé « terroriste » par le département d’État américain, le Hezbollah a envoyé des milliers de combattants en Syrie. Ils y appuient l’armée du régime dans son combat contre les rebelles et les djihadistes dans un pays déchiré par un conflit dévastateur ayant fait plus de 250 000 morts depuis 2011.

L’État hébreu avait mené en 2006 une guerre d’un mois contre le Hezbollah, qui a causé la mort de plus de 1200 personnes au Liban, civils pour la plupart, et celle de quelque 160 Israéliens, essentiellement des soldats.

Un homme clé des opérations militaires du Hezbollah, Imad Moughnieh, avait été tué en 2008 à Damas dans une opération ciblée. Le Hezbollah avait pointé du doigt Israël qui avait démenti.

Condamné à perpétuité

De confession druze, Kantar avait été condamné en 1980 à la réclusion à perpétuité pour avoir tué en 1979 lors d’une opération à Nahariya (nord d’Israël) un policier, puis pris en otage un civil qu’il avait abattu avant de tuer sa fille, selon la justice israélienne. Il avait 16 ans à l’époque et faisait partie du Front de la libération de la Palestine (FLP).

Peu après sa libération en 2008, un haut responsable de la sécurité israélienne avait toutefois averti que Kantar restait une « cible pour Israël ».

Un ami de la famille, qui n’a pas voulu être identifié, a indiqué à l’AFP que Kantar s’était rendu en Syrie après l’annonce par le chef du Hezbollah en avril 2013 que sa formation participait aux combats contre les rebelles. « Sa famille savait qu’il allait mourir un jour ou l’autre », a-t-il précisé.

« Il est arrivé hier dans son appartement après s’être absenté pendant plus de deux mois », a témoigné l’un de ses voisins.

Kantar était père d’un enfant de quatre ans né après son mariage en 2009 avec une journaliste libanaise.

L’OSDH a indiqué que l’un de ses accompagnateurs avait été tué avec lui, alors que les médias syriens ont évoqué d’autres victimes sans en préciser le nombre.

Les pelleteuses étaient à l’oeuvre pour essayer de dégager les décombres de l’immeuble où seraient ensevelis des dizaines de blessés, selon un correspondant de l’AFP.