La Russie établit une deuxième base aérienne en Syrie

Beyrouth — La Russie, alliée du régime de Bachar al-Assad, est en train d’installer une base aérienne militaire dans le centre de la Syrie, la deuxième dans le pays après celle de Lattaquié, dans le nord-ouest.

« Les travaux d’aménagement dans la base syrienne d’al-Chayirat seront bientôt finis. Elle deviendra une base militaire russe », a déclaré une source militaire syrienne sous couvert de l’anonymat. L’aéroport d’al-Chayirat est situé à 40 kilomètres au sud-est de Homs, capitale de la province éponyme, théâtre de combats entre les forces pro-régime et le groupe État islamique (EI).

« Des conseillers russes sont arrivés depuis des semaines sur la base d’al-Chayirat », a ajouté la source militaire précisant que la base devrait être opérationnelle avant la fin décembre.

Le directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, a confirmé l’établissement d’une base. « Les Russes sont en train d’aménager de nouvelles pistes d’atterrissage et de sécuriser le périmètre [de l’aéroport] pour l’utiliser dans un avenir proche pour leurs opérations à l’est de Homs et dans d’autres régions, dont l’est de Qalamoun, près de la frontière libanaise où l’EI est présent », a-t-il dit.

Les forces loyales au régime de Bachar al-Assad poursuivaient jeudi leur avancée à l’est et au sud-est de Homs, notamment aux alentours de Palmyre et du village d’Al-Qaryataïne, contrôlés par l’EI.

Selon M. Abdel Rahmane, « les forces du régime sont désormais à 3 kilomètres de Palmyre et avancent sur les fronts sud et ouest sous une couverture aérienne russe. Des combats violents se poursuivent autour de la ville ».

Les forces du régime sont aussi désormais aux portes d’Al-Qaryataïne, après une avancée rapide durant les dernières 72 heures, a ajouté la source militaire, faisant état de combats « violents » et de plus de 40 raids aériens russes et syriens dans et aux alentours du village.

Décapitation

Le président de la république russe de Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, a pour sa part confirmé jeudi que l’homme présenté comme un espion russe et décapité dans une vidéo diffusée par le groupe État islamique était un Russe de Tchétchénie, niant toutefois qu’il s’agissait d’un espion. « Ce Russe est un Tchétchène. Il a été décapité, ce sont des faits confirmés », a commenté Ramzan Kadyrov sur son site officiel.

Le président tchétchène a promis de venger la mort de son compatriote, mais a assuré ne pas croire qu’il s’agisse d’un espion travaillant pour les services secrets russes, comme présenté dans la vidéo.

Dans la vidéo diffusée mercredi, un djihadiste parlant le russe s’adresse aux autorités russes pour assurer que leurs troupes seront défaites et leurs soldats tués.

Pour sa part, Vladimir Poutine a poursuivi jeudi sa campagne d’invectives contre la Turquie, promettant de faire regretter la destruction d’un avion russe à la Turquie, qui a présenté ses condoléances pour le décès du pilote du bombardier abattu par son aviation.

Première rencontre

En pleine tempête diplomatique, les chef des diplomaties russe, Sergueï Lavrov, et turque, Mevlet Cavusoglu, se sont rencontrés en marge d’une réunion ministérielle de l’OSCE à Belgrade, ce qui a suscité un maigre espoir d’apaisement. « Nous avons exprimé notre tristesse et adressé nos condoléances pour la mort du pilote russe », a déclaré M. Cavusoglu, après son entretien avec M. Lavrov. Il s’agissait du premier contact à ce niveau entre les deux pays depuis la destruction d’un bombardier russe par l’aviation turque à la frontière syrienne le 24 novembre.

M. Cavusoglu s’est félicité de l’atmosphère de cette rencontre d’une quarantaine de minutes, tout en reconnaissant qu’elle n’avait pas débouché sur une percée significative, ce que son homologue russe Lavrov a également confirmé.

Avant cette rencontre, les hauts responsables russes refusaient tout contact avec leurs homologues turcs et exigeaient des excuses officielles d’Ankara. Le président russe Vladimir Poutine, après avoir refusé de prendre les appels téléphoniques du président turc Recep Tayyip Erdogan, l’a évité lors de la COP21 à Paris.

Mercredi, Moscou avait même accusé nommément le président Erdogan et sa famille de profiter de la contrebande de pétrole à laquelle se livre l’organisation État islamique (EI) en Syrie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi en dénonçant les « accusations immorales » de la Russie sur une implication de sa famille cette contrebande et mis en cause en retour la complicité de Moscou dans ce trafic.

Mais M. Poutine a martelé : « Nous n’oublierons jamais cette complicité avec les terroristes. Nous considérerons toujours la trahison comme l’une des actions les pires et les plus viles. »

Vladimir Poutine s’est défendu de brandir les armes dans cette crise tout en promettant de nouvelles mesures de représailles contre Ankara, déjà victime d’un embargo sur ses produits alimentaires et de sanctions visant ses entreprises et son secteur touristique.

La Grande-Bretagne frappe vite

Londres — Une heure seulement après le feu vert du Parlement, la Grande-Bretagne a conduit dans la nuit de mercredi à jeudi ses premières frappes aériennes en Syrie contre des installations pétrolières du groupe État islamique (EI).

Les députés venaient à peine de quitter la Chambre des Communes lorsque quatre Tornado de la Royal Air Force, assistés par un drone Reaper, ont décollé dans la nuit de Chypre pour frapper six cibles sur le champ pétrolier d’Omar, à environ 50 kilomètres de la frontière irakienne. « Ces raids ont infligé des dommages réels aux ressources pétrolières dont dépendent les finances des terroristes », a affirmé le ministre de la Défense, Michael Fallon.

La mission des chasseurs bombardiers s’est terminée à l’aube. Avec succès, selon les premières analyses du ministère de la Défense.

« Plusieurs de ces champs pétroliers avaient déjà été efficacement visés par d’autres membres de la coalition. Les avions et les armements de la RAF sont particulièrement adaptés à ce type de cible par leur capacité à limiter les dommages collatéraux », a-t-il dit.

À peine les premiers avions rentrés à leur base chypriote d’Akrotiri, deux Tornado supplémentaires et six avions de combat Typhoon ont décollé du Royaume-Uni pour venir doubler la capacité britannique dans la région.

Le vote du parlement, intervenu en soirée après plus de dix heures d’un débat passionné, dans une chambre bondée, a été acquis par 397 voix pour, 223 voix contre. Cette majorité confortable a été rendue possible par l’apport des voix de 66 députés travaillistes, qui, libres de leur choix, se sont joints aux conservateurs.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 décembre 2015 08 h 40

    Important développement

    Les Russes possèdent en Syrie leur seule base militaire méditerranéenne puisqu’installée sur les rives de ce pays.

    La prochaine base n’est pas au centre du pays (comme le dit l’article). Si elle l’était, elle serait en plein territoire contrôlé par l’État islamique. On doit plutôt lire qu’elle sera au milieu du territoire occidental de la Syrie, ce qui est différent.

    Elle sera donc un rempart contre l’avancée du califat vers le centre-ouest du pays. En fait, elle annonce la reconquête de l’importante route qui a permis à l’État islamique de s’emparer de Palmyre.

    Cette nouvelle base exprime la détermination de la Russie de défendre bec et ongles le régime de Bachar el-Assad, son seul allié dans la région.

    Les pays occidentaux qui s’entêtent à courir deux lièvres à la fois (la destitution de Bachar el-Assad et l’anéantissement de l’État islamique) défendent une cause a du plomb dans l’aile.

    Quant au déni d’Ankara au sujet de l’implication de la Turquie et la famille d’Erdogan dans le commerce du pétrole provenant de l’État islamique, on doit se rappeler que la Turquie demande encore des preuves du génocide arménien, qu’elle nie toujours…