L’armée russe bombarde à nouveau le groupe État islamique

L’armée russe a annoncé avoir procédé jeudi à une troisième série de bombardements massifs visant le groupe armé État islamique (EI) en Syrie, où Moscou mène depuis le 30 septembre une campagne de frappes aériennes.

« Aujourd’hui, l’aviation russe a procédé à une troisième série de bombardements massifs contre les groupes armés illégaux sur le territoire syrien », a indiqué le ministère de la Défense dans un communiqué.

En après-midi, une « escadrille de bombardiers stratégiques à long rayon d’action Tu-22 a effectué une frappe concentrée sur 6 cibles dans les provinces de Raqqa et de Deir Ezzor », notamment sur des raffineries de pétrole utilisées par les « terroristes », un entrepôt de munitions et un atelier de fabrication de mortiers, indique le communiqué. Toutes les cibles visées par ces frappes effectuées ont été détruites, selon la même source.

Le groupe EI contrôle la majorité des champs pétroliers de Syrie, notamment dans la province de Deir Ezzor.

En outre, des bombardiers stratégiques Tu-95 ont lancé depuis l’espace aérien russe 12 missiles de croisière sur des cibles de l’organisation EI dans les provinces syriennes d’Alep et d’Idleb, selon le communiqué. Ces tirs ont visé « des dépôts de carburant, une usine de fabrication d’explosifs, un point de commandement et l’état-major de l’organisation terroriste EI à Idleb », précise-t-il. Le groupe n’est cependant pas présent à Idleb.

Par ailleurs, l’aviation russe stationnée à la base aérienne de Hmeimim a frappé 138 cibles jeudi à travers la Syrie, ajoute le communiqué.

La coordination

Les armées française et russe ont entamé jeudi une ébauche de coordination dans la lutte contre le groupe État islamique. Les chefs d’état-major des armées française et russe, Pierre de Villiers et Valeri Guerassimov, ont discuté de la coordination des opérations militaires en Syrie, selon le ministère russe de la Défense.

« L’entretien a duré une heure. Valeri Guerassimov et Pierre de Villiers ont échangé leur évaluation de la situation sur le terrain et discuté de la manière d’accomplir la mission fixée par les présidents français et russe pour unifier les forces engagées dans la lutte contre le terrorisme international », précise le ministère.

Les ministères russe et français de la Défense n’avaient plus de contact direct au plus haut niveau depuis le printemps 2014. Et cette reprise des relations entre les deux généraux — deux vieilles connaissances — est en soi une petite révolution même si à Paris on minimise l’importance de ce « rapprochement militaire ».

Pour éviter toute méprise et garantir la sécurité des vols au-dessus de la Syrie, les pilotes français s’en remettent jusqu’à présent au centre de contrôle aérien américain installé au Qatar, via un système de couloirs aériens répartis entre Washington et Moscou, selon des sources militaires.

Si la France et la Russie, touchées toutes deux récemment par des attentats revendiqués par le groupe État islamique, confirment bien leur volonté affichée d’une forte accentuation de leurs raids aériens contre les djihadistes, la coordination semble devoir s’avérer de plus en plus nécessaire et directe.

Sauf si une coalition globale incluant les Américains se constitue formellement, comme tente de le faire la France. Mais après la série d’attentats à Paris, le président français François Hollande a prôné une coalition grande et unique contre le groupe État islamique (EI) en Syrie. Ce faisant, il a opéré un début de rapprochement avec la Russie, principal soutien du régime syrien de Bachar al-Assad, honni de Paris.

Rencontre

Vladimir Poutine et François Hollande, qui se verront le 26 novembre à Moscou, ont convenu d’une coordination plus étroite entre les armées des deux pays, ainsi qu’entre les services secrets dans la gestion du dossier syrien.

Dans la foulée, le chef de l’État russe a ordonné à ses navires de guerre déployés en mer Méditerranée d’entrer en « contact direct » avec le porte-avions Charles-de-Gaulle et de « coopérer avec les alliés » français.

Ce porte-avions, qui permettra de tripler la capacité de frappe de l’armée française en Syrie, sera « sur zone » en Méditerranée orientale, prêt à engager ses avions en Syrie, « à la fin de la semaine », selon Paris.

Comme la France après les attentats de Paris, la Russie a décidé mardi d’intensifier ses frappes contre EI en Syrie en raison du crash fin octobre de l’Airbus russe en Égypte, désormais considéré comme un attentat par Moscou et revendiqué par l’organisation jihadiste.

Par ailleurs, la France a saisi jeudi le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution réclamant de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour contrer le groupe État islamique. Selon un diplomate, il ne s’agit pas d’une autorisation légale donnée par l’ONU aux raids menés en Syrie et Irak contre le groupe EI mais d’un « soutien politique aux opérations engagées ou à venir ».

Cinq autres exécutions

Bagdad — L’organisation État islamique a exécuté, dans la province irakienne d’Al-Anbar, cinq hommes qu’elle décrit comme des espions, d’après des photos publiées jeudi sur Internet. Les images montrent les victimes pieds nus, genoux à terre, et vêtues d’une combinaison orange au milieu d’une foule. Des hommes, le visage caché par une cagoule noire, les exécutent à l’arme à feu.

Les photos auraient été prises à Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad, où les forces de sécurité tentent de reprendre du terrain au groupe EI, principalement autour de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite contrôlé par le groupe ultraradical depuis mai.

La localisation exacte de l’exécution n’a pas été précisée et l’authenticité des images n’a pas pu être confirmée indépendamment. Le goupe EI a mené par le passé plusieurs exécutions en Irak, mais également en Syrie voisine.

En documentant systématiquement ses exécutions et nombre de ses attaques par des vidéos et une profusion d’images, le groupe EI nourrit sa propagande dans l’espoir de disséminer la peur et d’attirer de nouvelles recrues.