Poutine a reçu Assad à Moscou

Des migrants fuyant la guerre en Syrie continuent d’affluer par millier dans les Balkans. Avec l’installation de clôtures anti-migrants par la Hongrie, la Slovénie, la Serbie et la Croatie (notre photo) deviennent les principaux pays de transit vers le nord de l’Europe.
Photo: Elvis Barukcic Agence France-Presse Des migrants fuyant la guerre en Syrie continuent d’affluer par millier dans les Balkans. Avec l’installation de clôtures anti-migrants par la Hongrie, la Slovénie, la Serbie et la Croatie (notre photo) deviennent les principaux pays de transit vers le nord de l’Europe.

Déjà très active sur le terrain, la Russie a accru d’un cran son engagement dans le conflit syrien, sur le plan diplomatique cette fois, en recevant mardi à Moscou Bachar al-Assad, le président syrien, pour un tête-à-tête avec Vladimir Poutine. Mercredi, la Russie a annoncé la tenue d’une réunion quadripartite incluant les États-Unis vendredi.

Moscou prend donc l’initiative dans le conflit syrien, estimant qu’un processus politique doit succéder aux opérations militaires dans le pays meurtri par plus de quatre ans de guerre dévastatrice.

Le séjour de M. Assad, qui a été annoncé une fois ce dernier rentré à Damas, est intervenu alors que la campagne de l’aviation russe entrait dans sa quatrième semaine avec de nouveaux raids, dont l’un a touché un hôpital de campagne dans la province d’Idleb (nord-ouest) faisant 13 morts, selon une ONG.

La rencontre Poutine-Assad démontre que Moscou est plus déterminé que jamais à soutenir son allié, le porte-parole du Kremlin a affirmé que la question d’un éventuel départ du pouvoir de M. Assad n’avait pas été évoquée lors de la rencontre.

Cette visite — la première sortie du pays d’Assad depuis 2011 — et les activités militaires de l’armée russe en Syrie sont loin de plaire aux pays occidentaux et ne peuvent qu’accroître l’animosité entre Vladimir Poutine et Barack Obama, en plus d’exacerber les tensions dans la région.

Tout en répétant qu’un départ de Bachar al-Assad était hors de question, le président russe a contacté les principaux dirigeants de la région, dont le roi saoudien et le président turc, tous deux hostiles au maintien du président syrien au pouvoir. Ces divergences seront sans doute étalées lors de la réunion vendredi à Vienne entre les chefs de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, américain, John Kerry, saoudien, Adel al-Jubeir, et turc, Feridun Sinirlioglu, ces trois derniers étant de farouches opposants à M. Assad.

Ainsi, le premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a répété qu’une éventuelle transition politique devait nécessairement être une « formule qui garantisse le départ » de M. Assad. Devant l’offensive russe dans le pays voisin, Washington a d’ailleurs envoyé des avions d’attaque cette semaine en Turquie, dont l’espace aérien aurait été plusieurs fois violé.

Le président français, François Hollande, a aussi manifesté une certaine irritation, affirmant que « rien ne doit être fait pour conforter Bachar al-Assad. Je veux croire que le président Poutine a convaincu Assad d’engager au plus tôt la transition politique et de quitter la place le plus rapidement possible ».

Aveuglement

Les pays occidentaux, au premier chef les États-Unis, ont semblé surpris par la participation directe de Moscou en territoire syrien d’abord, et sur le plan diplomatique ensuite. Pourtant, dans les officines gouvernementales et les chancelleries, on est conscient de l’importance que revêtent aujourd’hui pour Moscou le Moyen-Orient et la Méditerranée.

Certes, la Russie veut se protéger contre une éventuelle infiltration de djihadistes sur son territoire, dans le Caucase et en Asie centrale, des djihadistes de cette région étant nombreux et actifs en Syrie et en Irak, mais cela ne suffit pas à expliquer les frappes dont les rebelles syriens feraient l’objet dans des provinces syriennes où le régime mène des offensives contre l’opposition, considérée comme modérée et où EI n’est pas présent.

Moscou, de l’avis de plusieurs experts, entend accroître son influence dans la région et se positionner comme un joueur clé dans tous les conflits dans cette région, y compris celui entre Israël et les Palestiniens. Et il y a de longs mois que Moscou y travaille.

Depuis longtemps, Moscou a comme allié dans la région l’Iran, la Syrie et jusqu’à récemment la Libye. Le Printemps arabe est venu changer la donne et la Russie l’a réalisé et travaille à recréer des liens, sinon des alliances, avec plusieurs pays.

Ainsi, l’Égypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite ont été approchées pour développer une coopération dans divers secteurs économiques. En juin, de hauts dirigeants d’Arabie ont été reçus à Moscou. En août, le roi de Jordanie, le président de l’Égypte et des responsables d’Abou Dhabi. De plus, l’émir du Koweït pourrait se rendre à Moscou cet automne. Idem pour le roi d’Arabie saoudite.

Il y a déjà un an, c’est connu, que Moscou discute avec Riyad pour trouver une sortie de crise en Syrie.

En toile de fond se trouvent pour Moscou l’Ukraine et les rapports économiques avec l’Europe et sa sécurité. Moscou voit au Moyen-Orient un grand marché qui pourrait lui permettre de compenser la fragilité de ses échanges avec l’Europe. Et la Russie en a bien besoin.

À ce jour, les offres de Moscou pour créer une grande coalition afin de lutter contre EI ont toutes été rejetées. Moscou espère maintenant que son engagement sur les fronts militaire et diplomatique forcera les pays occidentaux et leurs alliés à assouplir leur position.