Poursuivie pour avoir dénoncé l'espionnage de diplomates

Londres — Une employée des services de renseignement britanniques, soupçonnée d'avoir divulgué une note de service secrète américaine demandant la mise sur écoute des délégués du Conseil de sécurité de l'ONU avant la guerre en Irak, comparaîtra le 16 février devant un tribunal londonien.

Katharine Gun, 29 ans, ancienne traductrice au quartier général des communications du gouvernement (GCHQ), les «écoutes» britanniques, a comparu hier devant le tribunal londonien de Bow Street qui a renvoyé l'affaire au tribunal de l'Old Bailey, généralement chargé des affaires criminelles. Licenciée de son travail en juin dernier, elle avait été inculpée le 13 novembre dans le cadre de la Loi sur les secrets officiels. Ce texte stipule que la divulgation sans autorisation adéquate d'informations sur la sécurité et le renseignement constitue un délit.

Le journal dominical The Observer, qui avait publié le 2 mars 2003 la teneur de la note secrète, a précisé dimanche que le document en question était daté du 31 janvier 2003. Il est signé de Frank Koza, un responsable des services des écoutes américaines (National Security Agency), qui demandait de l'aide à ses confrères britanniques pour découvrir les intentions de vote de six pays indécis sur la deuxième résolution de l'ONU légitimant une intervention militaire en Irak. Cette résolution n'a finalement jamais été soumise au vote.

Les délégués que Washington souhaitait mettre sur écoutes étaient ceux de l'Angola, du Cameroun, de la Guinée, du Chili, du Mexique et du Pakistan.

La jeune femme, qui a été laissée en liberté, admet avoir divulgué une information secrète, en suivant «sa conscience». «Mes actions était nécessaires pour empêcher une guerre illégale dans laquelle des milliers de civils irakiens et des soldats britanniques seraient tués ou blessés», avait-elle commenté en novembre dernier dans un communiqué lu par son avocat. Elle avait également souligné que les informations révélées «montraient une sérieuse illégalité de la part du gouvernement américain, qui a tenté de corrompre nos propres services de sécurité».

Ben Emmerson, l'un de ses avocats, a déjà annoncé qu'il plaiderait «non coupable», arguant qu'elle a agi par «nécessité».