MSF dénonce «un crime de guerre»

Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l’hôpital.
Photo: Agence France-Presse / MSF Au moment du bombardement, 105 patients et 80 membres du personnel, des Afghans et des étrangers, étaient présents dans l’hôpital.

L’organisation Médecins sans frontières (MSF) se dite dimanche « écoeurée » par les justifications des autorités afghanes au bombardement meurtrier, probablement par l’armée américaine, de son hôpital à Kunduz, estimant qu’elles équivalent à « reconnaître un crime de guerre ».

L’ONG a évacué son hôpital de la ville du nord de l’Afghanistan, hors d’état de fonctionner après le bombardement de samedi qui a fait 22 morts.

Dans un communiqué dimanche soir, le directeur général de MSF Christopher Stokes s’est attaqué aux justifications de responsables afghans, selon lesquelles des combattants talibans se trouvaient dans l’établissement et s’en servaient comme base — ce que dément l’organisation humanitaire d’urgence.

« Ces déclarations impliquent que les forces afghanes et américaines aient décidé ensemble de raser un hôpital entièrement fonctionnel. […] Cela équivaut à reconnaître qu’il s’agit d’un crime de guerre », a déclaré M. Stokes.

De plus, a-t-il ajouté, « cela contredit totalement les premières tentatives du gouvernement américain de minimiser les conséquences des attaques comme n’étant qu’un “ dommage collatéral ”».

Coup terrible

La fermeture du centre de soins Kunduz est un coup terrible pour la population civile prise dans les combats entre l’armée afghane et les rebelles talibans pour le contrôle de cette ville du nord afghan. C’est le seul établissement de la région capable de soigner les blessures de guerre les plus graves.

« L’hôpital de MSF n’est plus en état de fonctionner. Les patients qui se trouvent dans un état critique ont été transférés vers d’autres établissements médicaux. Plus aucun employé de MSF ne travaille dans l’hôpital », a déclaré à l’AFP Kate Stegeman, porte-parole de l’ONG en Afghanistan.

« À l’heure actuelle, je ne peux pas vous dire si le centre de traumatologie de Kunduz rouvrira ou pas », a-t-elle ajouté.

Une enquête demandée

La tragédie a vite viré à la polémique. MSF a réclamé qu’une enquête « exhaustive et transparente » soit confiée à un « organisme international indépendant », qualifiant d’« insuffisante » l’enquête américaine annoncée par le président Barack Obama.

L’ONG affirme avoir transmis préventivement les coordonnées GPS de son hôpital aux armées afghane et américaine. Or, les bombardements se sont poursuivis « pendant plus de 45 minutes » après que l’ONG a averti les armées afghane et américaine que son établissement avait été touché par de premiers tirs.

« Les impacts étaient très ciblés, toujours sur le même bâtiment. L’avion est parti, puis il est revenu pour redonner suite à une série d’impacts, exactement sur le même bâtiment », a expliqué le Dr Bart Janssens, directeur des opérations de MSF, à l’AFP.

Le président américain, Barack Obama, a présenté ses « plus profondes condoléances » après l’attaque dans laquelle 12 employés de MSF et 10 patients, dont 3 enfants, ont péri, mais il a dit attendre les résultats de l’enquête « avant de porter un jugement définitif sur les circonstances de cette tragédie ».

Pour sa part, le secrétaire à la Défense américain, Ashton Carter, a qualifié la situation de « confuse et compliquée ».

Pourtant, l’ONU est vite montée au créneau, qualifiant ce bombardement d’« inexcusable ». La frappe aérienne pourrait relever du « crime de guerre » si elle était jugée « délibérée par la justice ».

Selon un responsable américain, l’enquête va porter sur le rôle joué par un avion américain AC-130, un appareil dérivé de l’avion de transport C-130 équipé de plusieurs canons pour mener des opérations d’appui au sol.

En Afghanistan, les frappes aériennes de la coalition de l’OTAN, qui compte encore 130 000 soldats, dont 10 000 Américains, font l’objet d’une controverse quant aux « dommages collatéraux » qu’elles engendrent. Mais elles se sont avérées capitales dans le soutien apporté par l’OTAN à l’armée afghane dans sa contre-offensive pour reprendre Kunduz aux talibans.

Les insurgés étaient parvenus à s’emparer de la ville en quelques heures seulement lundi, remportant ainsi leur plus grande victoire depuis la chute de leur régime en 2001 et infligeant un grave revers au président Ashraf Ghani.

Les forces de sécurité afghanes ne leur ont opposé qu’une faible résistance, symptomatique des énormes difficultés qu’elles rencontrent pour contenir les combattants islamistes.

Dimanche, après six jours d’âpres combats, le calme semblait revenu dans la ville « libre de talibans », selon Sayed Sarwar Hussaini, le porte-parole de la police provinciale. « Depuis hier soir [samedi], nous n’avons entendu aucun coup de feu, aucune explosion », a témoigné Shir Alam, un commerçant de Kunduz.


 
2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 3 octobre 2015 11 h 12

    Voilà ce qui arrive ...

    ... avec les bombardements aériens. Les grandes puissances aiment bien ce genre d'interventions où leurs militaires poltrons ne risquent presque rien, mais peuvent frapper aveuglement ennemis, alliés et innocents. Si on se croit obligé d'intervenir, il faut courageusement envoyer des soldats au sol.

  • Robert St-Louis - Abonné 3 octobre 2015 14 h 41

    Comportement exécrable

    L'OTAN agit comme une bande de délinquants irresponsables. En présumant que les faits seront avérés, l'OTAN plaidera sans doute l'erreur de bonne foi, ce qui ne devrait pas empêcher des poursuites criminelles contre les dirigeants haut-gradés pour crimes de guerre et insouciance criminelle. Je suis trop furieux pour être rationnel en ce moment.