Le Canada doit faire un examen de conscience

L’information selon laquelle la famille morte noyée alors qu’elle fuyait la guerre en Syrie avait cherché en vain à immigrer au Canada force la classe politique à faire un examen de conscience.

Selon des informations préliminaires, le Canada avait rejeté leur demande de statut de réfugié. L’image bouleversante du bambin de 3 ans, échoué sur une plage turque, a fait le tour du monde et la une de bien des quotidiens.

Le ministre fédéral de la Citoyenneté et de l’Immigration, Chris Alexander, a interrompu sa campagne à Ajax-Pickering et a indiqué par communiqué qu’il rencontrera divers intervenants pour discuter du cas de la famille syrienne.

Il s’est dit attristé par la mort de la famille du petit Aylan Kurdi, qui a péri tout comme son frère de 5 ans Galip, et sa mère Rehan, dans le naufrage d’un bateau, alors qu’ils tentaient de gagner les côtes européennes. Seul le père, Abdullah, a survécu.

«Comme tous les Canadiens, j’ai été profondément attristé par cette photo et les nombreuses autres images des souffrances des migrants syriens et irakiens qui fuient la persécution du soi-disant État islamique», a écrit le ministre Alexander.

Il a ajouté qu’il rencontrait des «responsables pour vérifier les faits de l’affaire de la famille Kurdi et recevoir une mise à jour sur la crise des migrants».

Mais voilà qui est un peu tard, ont dénoncé les partis d’opposition. D’autant que selon le député néodémocrate Fin Donnelly, le ministre avait eu l’occasion d’agir.

Car la sœur d’Abdullah, Teema Kurdi, une Canadienne de la région de Vancouver, avait tenté en mars dernier de parrainer trois Syriens membres de sa famille. M. Donnelly affirme qu’en mars dernier, il a livré en personne cette demande de parrainage au ministre Alexander. Sans résultat.

Le petit Aylan faisait partie d’un groupe de 12 migrants — dont cinq enfants — qui se sont noyés en tentant d’arriver en Grèce par la mer Méditerranée.

Sa tante, Teema Kurdi, a confié au journal Ottawa Citizen qu’elle a reçu mercredi un appel d’un membre de sa famille qui avait parlé avec le survivant, Abdullah Kurdi. Il lui a confirmé que sa femme et ses deux fils avaient péri.

«Je tentais de les parrainer, et mes amis et voisins m’ont aidée pour les dépôts bancaires, mais nous étions incapables de les faire sortir du pays, et c’est pourquoi ils ont pris le bateau, a-t-elle raconté au journal. Je payais même un loyer pour eux en Turquie, mais le traitement réservé aux Syriens là-bas est horrible.»

La distance maritime entre Bodrum, en Turquie, et l’île de Kos, en Grèce, où les migrants voulaient accoster, n’est longue que de quelques kilomètres mais la traversée est très dangereuse.

La crise des migrants secoue la communauté internationale, particulièrement ces dernières semaines. Selon le ministre Alexander, le gouvernement Harper s’est engagé à accueillir 23 000 réfugiés irakiens et 11 300 réfugiés syriens. Près de 22 000 Irakiens et 2300 Syriens auraient été acceptés au pays.

Colère et frustration chez les Syriens au Canada

« Beaucoup de colère, beaucoup de frustration », résume Faisal Alazem, porte-parole du Conseil syro-canadien, pour décrire le sentiment qui règne au sein de sa communauté à la lumière de ce nouveau drame humain qui s’est joué sur les côtes de la Méditerranée.

La photo de ce bambin syrien sans vie, échoué sur une plage de la Turquie, était déjà choquante. Mais le niveau de frustration et de tristesse au sein de la communauté syro-canadienne a décuplé lorsqu’on a appris que la famille du petit Aylan Kurdi tentait de se rendre au Canada après avoir vu sa demande de statut de réfugié refusée.

Car cela fait des années que le gouvernement Harper fait la sourde oreille face aux demandes des Syriens installés au Canada et qu’il dresse des barrières pour freiner l’arrivée de ceux qui fuient la guerre civile, dénonce M. Alazem.

« Leur seule issue, c’est le parrainage privé, mais il y a énormément d’obstacles. Et ce petit enfant qui nous a tous fait pleurer, sa tante de Vancouver essayait de le parrainer », a-t-il rappelé.

« Ce qui s’est passé semble avoir touché les gens. J’espère que ça va créer la pression nécessaire pour revisiter ce dossier », souffle Faisal Alazem, qui mise sur la « corrélation » entre les décisions politiques et l’opinion publique.

« Parfois, les politiciens ignorent, mais il y a un moment où on ne peut plus ignorer », ajoute le porte-parole du Conseil syro-canadien.

Le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR) a réaffirmé, dans la foulée de cette nouvelle tragédie survenue en mer Méditerranée, que le Canada devait ouvrir ses portes aux réfugiés syriens.

« Nous demandons, de toute urgence, que les Syriens qui ont de la famille au Canada soient autorisés à venir ici immédiatement afin que le traitement de leur dossier puisse être complété au Canada où ils sont en sécurité », a déclaré par voie de communiqué Loly Rico, présidente du CCR.

 

6 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 3 septembre 2015 08 h 47

    L'Humanité qui fout le camp !

    Dans un monde en guerre cette photo de cet enfant de 3 ans vaut mille mots.

    Elle illustre bien le manque d'humanité et de compassion de la communauté internationale si prompte à faire des alliances et à réunir des sommes considérables pour faire la guerre mais incapable de faire front commun pour venir en aide aux réfugiés.

    Silence du côté des milliardaires du Golfe. Quant au Canada qui pourrait prendre le leadership d'une campagne internationale à l'ONU le pays de Stephen Harper n'a fait pas assez. La compassion vous connaissez Monsieur Harper !

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 3 septembre 2015 09 h 04

    La générosité !


    Maman, où allons-nous ?

    Au Canada mon grand. Pays de la liberté et de la joie de vivre !

  • Jean-Marc Simard - Inscrit 3 septembre 2015 09 h 49

    À qui la faute ?

    Toute cette misère non méritée à cause de l'entêtement maladif d'un seul homme, Bachard Al Asad qui, au lieu de réformer démocratiquement son pays comme le souhaitait son peuple, il y a au-delà de deux ans, l'a plongé dans une guerre atroce qui détruit tout...Tout ça aussi à cause de la folie meurtrière d'un EI en mal d'asseoir un faux pouvoir divin sur un territoire charrié par l'inconscience d'une religion mal assimilée et mal comprise...Tout ça aussi par la faute de nos bons gouvernements occidentaux qui se donnent bonne conscience et refusent l'aide humanitaire appropriée pour aider les réfugiés et qui préfèrent alimenter ces guerres soit en y participant directement, soit en vendant des armes aux belligérants...Oui le gouvernement «va-t-en-guerre» d'Harper a un sérieux examen de conscience à faire pour se réhabiliter...Pour se faire pardonner il devrait immédiatement affréter un paquebot en direction de la méditerranée pour ramener au Canada le plus de réfugiés possibles...On ne peut ressusciter les déjà morts, mais on peut empêcher d'autres personnes de mourir par la folie meurtrière des déshumanisés...

    • Cyril Dionne - Abonné 3 septembre 2015 23 h 41

      Où sont tous ces gens bien intentionnés lorsque des enfants vivent et meurent dans les milliers de bidonvilles répartis partout sur la planète ? Où était tout ce beau monde lorsqu’il y a des crises humanitaires et que des milliers d’enfants sont morts de malnutrition ? Selon UNICEF, plus de 29 000 enfants meurent chaque jour de faim ou bien de maladies qui auraient pu être prévenues.

      Et quelqu’un pourrait-il nous dire qui a créé ses maux dont tout semblent si friands de citer si ce ne sont pas ces même gens qui s'empressent de quitter leur pays d'origine qui était laïc avant cette crise humanitaire provoqué par une guerre entre factions qui s’entretuent au nom du même dieu ? Enfin, est-ce qu'il y aurait d'autres pays ayant beaucoup plus d'affinités culturels qui pourraient les accueillir ? L’islam et ses concepts moyenâgeux sont incompatibles avec les démocraties occidentales. L'Arabie saoudite avec ses milliardaires serait une excellente destination. Curieux tout de même qu'aucun de ces réfugiés ne pensent aller s'établir au Mexique. Pourquoi choisissent-ils toujours des pays riches et démocratiques ?

  • Alain Gaudreault - Abonné 3 septembre 2015 12 h 38

    Publions la vraie photo

    La crise médiatique à ce sujet en France tourne autour de la non publication par les grands quotidiens de la photo originale - qui n'est pas celle publiée par Le Devoir - et qui montre le jeune garçon couché sur la plage. Une valeur iconique forte lui est attribuée, révélant toute l'horreur de cette crise par sa diffusion le jour de la rentrée scolaire. Le Canada se distingue par la citation abondante des informations relatives à la demande d'immigration refusée à cette famille. Cette photo passera à l'histoire, comme celle de la petite fille fuyant toute nue la folle guerre en Asie du Sud-Est. Et ce sont le politiques canadiennes qui seront citées.

  • Yves Corbeil - Inscrit 3 septembre 2015 12 h 47

    Ça frappe l'imaginaire

    On entends ça partout sur les réseaux, l'imaginaire frappé par un pauvre petit gars qui voulait allé rejoindre un autre pays pour mieux vivre. Triste à mourrir tout cela.

    Mais moi ce qui frappe mon imaginaire, c'est qu'à chaque matin que je me lève, il n'y a rien qui de changer. L'inertie générale de ceux qui ont le POUVOIR DE CHANGER les choses, bien ils sont absent, pas là, cacher derrière les marionnettes qu'ils ont mis en place dans tous les pays.

    Les manipulations géopolitiques, les nominations de ''dictateurs'' ou l'élimination de ces mêmes personnes que vous aviez mis en place dans une autre période, le fanatisme religieux que vous accentuez avec vos interventions et votre exploitations planétaire pour vos seuls profits. Voilà ou ça nous mènent et vous allez encore faire dire des conneries par vos marionnettes en postes.

    Le jour ou vous allez tous foutrent le camp vivre sur une autre planète par que celle-ci vous l'aurez tellement détruite et polluer, ce sera le début du nouveau début.

    Ce jour là, peut-être que les peuples de la terre reconstruiront ensemble un environnement ou il fera bon de vivre en harmonie avec ses semblables et vous vous serez persona non grata chez nous ici.

    En attendant on continue à subir votre ingratitude et votre je m'en foutisme cacher derrière des discours toujours plus creux de vos marionnettes.