Les négociateurs bataillent pour arracher un accord

« Tout le monde travaille dur pour obtenir un oui aujourd’hui », a twitté le diplomate iranien Alireza Miryoussefi dans la matinée de lundi. Les chances d’aboutir étaient « faibles », a toutefois estimé en fin d’après-midi une autre source iranienne. Imperturbable, le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, s’est dit prêt à négocier « aussi longtemps que nécessaire ». L’intense activité diplomatique s’est d’ailleurs poursuivie dans la nuit de lundi à mardi à Vienne, où un accord historique sur le nucléaire iranien semblait sur le point de se concrétiser.

Pays du groupe P5+1 (États-Unis, Allemagne, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), Iran, Union européenne: aucun chef de la diplomatie ne manquait à l’appel dans le palais Coburg, qui abrite les tractations depuis 17 jours. À minuit, les ministres des grandes puissances participaient à une réunion plénière, juste après un nouvel échange entre l’Américain John Kerry et le Russe Sergueï Lavrov.

Officiellement, toutefois, rien n’est encore conclu. On aurait pourtant pu croire lundi qu’une entente était intervenue. Un message diffusé lundi sur le compte Twitter du président iranien, Hassan Rohani, indiquant qu’un accord avait été conclu avec les grandes puissances a toutefois été rapidement supprimé quelques instants plus tard, alors que les négociations se poursuivaient à Vienne.

En outre, un discours télévisé de M. Rohani qui était prévu lundi soir, dans lequel il devait évoquer les négociations nucléaires, a été reporté, selon les médias iraniens. L’agence officielle IRNA a indiqué que le président ne s’exprimerait qu’une fois un accord conclu à Vienne, sans autre précision.

 

Alors que les Américains et les Iraniens se disaient prêts à continuer les pourparlers aussi longtemps que nécessaire, Pékin a toutefois appelé lundi à mettre un terme aux tergiversations. «Aucun accord ne peut être parfait», a rappelé le ministre Wang Yi. «Les conditions sont déjà en place pour atteindre un bon accord» et «il ne doit pas y avoir de nouveaux délais», a-t-il ajouté.

Les ministres du P5+1 devraient tenir une rencontre, potentiellement finale, mardi matin avant l’éventuelle annonce officielle d’un accord.

  

Optimisme contenu

Washington s’est montré optimiste lundi, la Maison-Blanche faisant état de « réels progrès », ajoutant cependant que des « obstacles difficiles ».

« Il y a encore des points de désaccord qui ne sont pas résolus », a déclaré Josh Earnest, porte-parole du président Barack Obama. « Si les conversations continuent à être utiles, l’équipe de négociation restera à Vienne », a-t-il ajouté, tout en se refusant de se prononcer sur la probabilité d’aboutir à un accord.

M. Earnest a par ailleurs indiqué ne disposer d’aucune information accréditant l’idée d’une possible pause dans les négociations.

La levée de l’embargo sur les armes serait au centre du désaccords, mais, interrogé à de nombreuses reprises sur la question, le porte-parole de M. Obama s’est refusé à se prononcer explicitement.

À portée de main

 

Lundi, tous les ministres engagés dans les négociations sur le nucléaire iranien ont jeté leurs forces dans la bataille lundi à Vienne pour tenter d’arracher un accord historique. Depuis deux jours, tous les acteurs assurent que l’accord définitif est « à portée de main », ou « prêt à 98 % », qu’il ne manque qu’une « volonté politique » pour surmonter les derniers différends.

Pour ce faire, les chefs des diplomaties américaine, John Kerry, et iranienne, Mohammad Javad Zarif, les principaux protagonistes, se sont retrouvés au Palais Coburg comme presque tous les jours depuis l’ouverture du dernier cycle de négociations, le 27 juin.

Mais pour la première fois depuis plusieurs jours, leurs homologues russe, chinois, français, britannique, allemand et européen ont tous participé aux échanges.

 

« Tout le monde travaille dur pour obtenir un oui aujourd’hui », a twitté le diplomate iranien Alireza Miryoussefi dans la matinée. Les chances d’aboutir lundi sont « faibles », a toutefois estimé en fin d’après-midi une autre source iranienne. Imperturbable, M. Zarif s’est dit prêt à négocier « aussi longtemps que nécessaire ».

Une décennie

 

Depuis une dizaine d’années, les États-Unis, l’Union européenne et l’ONU imposent des sanctions à la République islamique pour la forcer à négocier. Les pourparlers n’ont vraiment commencé qu’en 2013, après l’élection du président Hassan Rohani sur la promesse d’une levée des sanctions.

En avril, à Lausanne, les négociateurs ont obtenu à l’arraché un accord-cadre qui a fixé les grands principes du texte final.

L’Iran a notamment accepté de réduire le nombre de ses centrifugeuses et son stock d’uranium enrichi, ce qui doit rendre quasi impossible la fabrication rapide d’une bombe atomique.

L’accord-cadre renvoyait les modalités pratiques à des discussions ultérieures, censées se terminer le 30 juin. L’échéance a été reportée à trois reprises et la dernière date butoir est fixée, jusqu’à nouvel ordre, à lundi soir.

Comme des alpinistes

 

Dimanche, le président Rohani a comparé les négociateurs à des alpinistes arrivés tout près du sommet. « Si l’on regarde d’en bas on a l’impression qu’on y est arrivé. Mais lorsqu’on est en haut, on sait qu’il reste encore quelques pas à faire », a-t-il estimé.

Que l’issue soit pour lundi ou pas, la séquence de pourparlers viennois est déjà l’un des plus longs cycles de négociations internationales, au niveau ministériel et en un seul lieu, depuis celui qui a abouti aux accords de Dayton ayant mis fin en 1995 à la guerre en Bosnie-Herzégovine.

Les discussions se sont éternisées en raison de désaccords sur la durée de l’accord, le rythme de la levée des sanctions ou l’accès aux sites militaires iraniens. Les négociations ont également buté sur la levée de restrictions sur le programme balistique et le commerce des armes, réclamée par Téhéran avec le soutien de Moscou.

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