Damas a besoin de soldats

Damas — Les autorités syriennes ont lancé une vaste campagne publicitaire pour appeler les citoyens à s’enrôler dans l’armée, dont les rangs s’amenuisent après quatre ans de guerre civile et un nombre croissant d’insoumis.

Ces dernières semaines sont apparues à Damas des affiches encourageant la conscription, comme « Rejoins l’armée », « Nous sommes l’armée » ou « Avec notre armée, nous ferons gagner notre pays ».

L’une de ces affiches montre un soldat faisant le salut et une soldate tenant un pistolet mitrailleur. Une autre montre un soldat en uniforme à côté d’une fillette souriante faisant le signe de la victoire.

Cette campagne est l’oeuvre d’une organisation progouvernementale dénommée Groupe des femmes syriennes de bonne volonté, dont font partie des mères et filles de soldats. Elle intervient au moment où l’armée tente de renflouer ses rangs clairsemés à cause d’un grand nombre de victimes et d’insoumis.

Morts, défections et insoumissions

 

Plus de 80 000 soldats et miliciens prorégime ont été tués depuis le début il y a quatre ans du conflit syrien, soit un tiers des 230 000 morts comptabilisés par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Beaucoup de Syriens, y compris parmi les partisans du régime, sont désormais réticents à effectuer leur service militaire, avec plus de 70 000 insoumis, selon l’OSDH.

La combinaison des morts au combat, des défections et des insoumissions a entraîné une baisse de moitié des effectifs de l’armée depuis mars 2011, selon les experts.

Pour pousser à l’enrôlement, le premier ministre syrien, Wael Halaqi, a annoncé qu’à partir de juillet les soldats en première ligne recevront une prime mensuelle de 10 000 livres syriennes (33,50 dollars) et un repas chaud supplémentaire par jour. L’an dernier, une loi a été modifiée pour garantir à un fonctionnaire qui s’enrôle de retrouver sa place à l’issue de son service militaire.

Un des principaux motifs de l’insoumission est la réticence de servir loin de chez soi, car la loi interdit aux soldats d’effectuer leur service dans leur région d’origine.

Assouplissement

 

Mais même sur ce point, les autorités semblent avoir choisi d’assouplir leur position. Un responsable de la sécurité à Homs a ainsi affirmé à la radio locale Cham FM que les conscrits ne seront pas envoyés hors de leur province.

Il a appelé « ceux qui bénéficient d’un sursis ou qui sont insoumis à régulariser leur situation afin de pouvoir effectuer leur service exclusivement dans la province de Homs ».

Au sud, dans la province druze de Soueida, les habitants ont affirmé que les autorités les avaient autorisés à rejoindre la milice locale prorégime plutôt que l’armée. Mais pour certains, ces mesures ne sont pas assez incitatives. « Je ne peux pas aller faire mon service, car ces jours-ci, ceux qui partent ne reviennent pas », assure ainsi Sam, un ingénieur de 29 ans qui habite Damas.

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