Poutine ouvre la voie à des livraisons d’armes à Téhéran

Une batterie antiaérienne russe lors d’un exercice militaire en Grèce en 2013
Photo: Costas Metaxacis Agence France-Presse Une batterie antiaérienne russe lors d’un exercice militaire en Grèce en 2013

La Russie a mis fin lundi à l’interdiction de livrer ses batteries antiaériennes S-300 à l’Iran, estimant que l’accord-cadre signé à Lausanne entre les grandes puissances et la République islamique le permettait sans attendre une éventuelle levée des sanctions. La décision du président, Vladimir Poutine, de signer un décret ouvrant en théorie la voie à de possibles ventes et livraisons de S-300 à Téhéran pourrait déplaire aux Occidentaux.

Ce geste intervient alors que les négociateurs de l’Iran et des 5+1 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne) ont jusqu’à fin juin pour tenter de régler les détails techniques et juridiques complexes en vue de trouver un accord définitif qui mettrait fin à 12 ans de crise diplomatique internationale sur le programme nucléaire iranien. Mais pour Moscou, manifestement, pas la peine d’attendre jusque-là.

Le Kremlin a annoncé par un simple communiqué le décret présidentiel mettant fin aux limitations à la vente à l’Iran de ces équipements capables d’intercepter en vol des avions ou des missiles. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s’est ensuite chargé de revenir sur cinq ans de démêlés autour de cette vente conclue en 2007 entre les deux pays pour 800 millions de dollars.

Stimuler les négociations

 

L’ancien président russe, Dmitri Medvedev, avait interdit en 2010 la livraison de ces missiles à l’Iran — un contrat critiqué par les Occidentaux et Israël —, en application de la résolution 1929 de l’ONU sanctionnant Téhéran pour son programme nucléaire controversé. Après l’interdiction de la livraison des S-300, l’Iran avait saisi la Cour internationale d’arbitrage à Genève pour réclamer à Moscou quatre milliards de dollars à titre de dédommagement.

Selon Sergueï Lavrov, la décision de la Russie d’annuler les livraisons de batteries antiaériennes n’était pas liée à la résolution de l’ONU, mais seulement à la volonté à l’époque de la Russie de tout entreprendre pour « stimuler le plus possible le processus de négociations en vue du règlement » du dossier nucléaire iranien. Et si, poursuit M. Lavrov, la livraison de S-300 n’est pas sous le coup de l’embargo décidé par l’ONU en juin 2010, nul besoin pour la Russie d’attendre que le Conseil de sécurité de l’ONU ne lève les sanctions imposées à Téhéran.

En réalité, le président russe de l’époque, Dmitri Medvedev, avait bien signé le 22 septembre 2010 le décret présidentiel 1154 « sur les mesures à prendre pour la mise en oeuvre de la résolution 1929 ». Et cet oukaze prévoyait bien l’interdiction de vendre des batteries antiaériennes S-300 à Téhéran.

Une arme défensive

 

Le ministre russe des Affaires étrangères s’est par ailleurs attaché à rappeler que « les S-300 ont une caractère exclusivement défensif et qu’ils ne « constituent aucune menace pour les États de la région, y compris évidemment pour Israël ».

Les annonces de Moscou font suite à plusieurs mois de discussions entre les deux pays sur ces S-300. Au début de l’année, Moscou et Téhéran avaient signé un protocole d’accord pour renforcer la « coopération militaire bilatérale en raison des intérêts communs », à l’occasion d’une visite dans la capitale iranienne du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou. Et la Russie avait proposé à Téhéran de lui fournir des Anteï-2500, une nouvelle version des missiles perfectionnés S-300.

L’Iran et la Russie sont visés par des sanctions économiques des États-Unis et des pays européens, Téhéran en raison de son programme nucléaire et la Russie à cause de son implication dans la crise ukrainienne. Les deux pays, qui se sont encore rapprochés ces dernières années dans le domaine économique, soutiennent également le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Mais les relations avec la Russie, longtemps principal fournisseur en armements de la République islamique, ont été émaillées de disputes depuis le début de la crise diplomatique internationale autour du programme nucléaire controversé de Téhéran.

Téhéran se réjouit

Téhéran — L’Iran a salué lundi la décision de la Russie de lever l’interdiction de lui livrer des batteries antiaériennes S-300, estimant qu’elle pourrait assurer une « sécurité durable » dans la région.

« Le développement de la coopération bilatérale [avec la Russie] et avec les pays voisins dans des domaines variés peuvent être très efficaces pour la stabilité et la sécurité durable de la région », a dit le ministre de la Défense, Hossein Dehghan.

Les États-Unis et Israël ont dénoncé cette décision. Le Pentagone a estimé qu’elle n’aidait en rien, alors que le ministre israélien des Renseignements, Youval Steinitz, a dit qu’elle était le « résultat direct de la légitimité accordée à l’Iran avec l’accord en cours de préparation » sur le nucléaire.


À voir en vidéo