Les Iraniens disent «oui»

Après un an et demi d’intenses négociations, les grandes puissances sont parvenues à conclure il y a une semaine un accord-cadre historique avec l’Iran sur son programme nucléaire. Mais qu’en pensent les Iraniens ? Explications de Hanieh Ziaei, coordonnatrice et chercheuse à l’Observatoire sur le Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à l’UQAM.

Nous avons vu des Iraniens en liesse dans les rues de Téhéran suivant l’annonce d’un accord. Cette position favorable est-elle dominante en Iran ?

On peut affirmer que c’est le cas, même s’il n’y a pas de chiffres et de statistiques fiables et exacts. L’agence de presse officielle du pays, IRNA (Islamic Republic News Agency), vient de publier un sondage selon lequel 96 % des résidants de Téhéran sont favorables à l’accord, mais il ne s’agit pas d’un sondage indépendant.

Par contre, lorsqu’on observe ce qui s’exprime sur les réseaux sociaux et dans les médias, surtout par le truchement de photos et de vidéos, on constate en effet une certaine euphorie dans la population. Et cela dépasse les frontières de la capitale pour rejoindre d’autres villes telles Tabriz, Chiraz et Machhad. Les Iraniens se félicitent même entre eux !

Le ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, qui a mené les négociations du côté iranien, est élevé au rang de héros national. On le compare à Mohammad Mossadegh, premier ministre de 1951 à 1953 qui a nationalisé l’industrie pétrolière dans la volonté de rendre les Iraniens maîtres de leurs ressources, en plus d’être un fervent défenseur de la justice sociale.

Comment expliquer une telle euphorie, alors que nous avons l’idée d’un Iran hostile aux Américains ? Les sanctions contre l’Iran ont-elles eu un impact important ?

Les sanctions économiques pèsent énormément sur la société iranienne et l’espoir de les voir levées explique en bonne partie la réaction positive à cet accord. Les Iraniens sont témoins depuis plusieurs années d’une inflation galopante et souffrent de voir les prix de l’essence, de la nourriture, des médicaments et de bien d’autres produits de consommation multipliés par quatre ou cinq.

Il faut aussi tenir compte du fait que 70 % des Iraniens ont moins de 30 ans. Ils sont le moteur de l’Iran et souhaitent que leur pays s’ouvre au monde plutôt que de rester isolé. Il y a toujours eu en Iran la volonté d’être une grande puissance et de jouer un rôle important dans la région et dans le monde. Or, si le programme nucléaire pouvait être perçu comme un moyen d’accroître la puissance nationale, son existence a aussi pu nourrir le sentiment d’insécurité des Iraniens en attisant l’hostilité de certaines puissances étrangères. Bien des Iraniens ont en effet longtemps craint une attaque militaire par celles-ci.

 

Quant à l’antiaméricanisme, il est surtout le fait du régime, qui l’a utilisé dans sa propagande révolutionnaire, accolant aux États-Unis les noms de diabolique, d’oppresseur et d’impérialiste. Car bien des Iraniens, qui sont très au fait de ce qui se passe à l’étranger, sont réceptifs à l’idéal que représente l’American dream ! Par exemple, lorsque ceux-ci vont étudier ou travailler à l’étranger, ils sont très nombreux à aller aux États-Unis, ou encore en Europe ou au Canada.

Qui, dans le régime iranien, soutient cette entente ? Qui s’y oppose ?

Les réformateurs ont tendance à être d’accord, de même que le président Hassan Rohani et le Parlement. Le commandant des Gardiens de la révolution a lui aussi donné son appui à l’entente, bien que des membres de cette institution conservatrice risquent fort de ne pas être en parfait accord. Tout comme les Bassidji, ces paramilitaires affiliés aux Gardiens de la révolution. Dans le camp des opposants, on retrouve certains personnages politiques ultraconservateurs, dont l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad.

Il faut comprendre qu’il y a beaucoup de schismes dans le très complexe système politique iranien. Le guide suprême, Ali Khamenei, ne s’est pas encore publiquement prononcé.

Enfin, certains restent prudents, voire inquiets. On observe d’ailleurs cela dans le camp iranien comme au sein des grandes puissances qui ont négocié l’accord-cadre. La méfiance est réciproque. Après toutes ces années, on ne peut pas avoir une confiance aveugle l’un envers l’autre du jour au lendemain. Et ça ne disparaîtra pas en trois mois ! Des mois qui, par ailleurs, seront déterminants pour la mise en application de cette entente.

1 commentaire
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 8 avril 2015 11 h 43

    un marche convoite!

    Un marche convoite pour nos producteurs de porc Hallal, sirop d'erables, j'espere que nous serons en tete lors de l'ouverture prochaine de cet immense marche.