Israël à la recherche d’une coalition

Des partisans du premier ministre israélien sortant, Benjamin Nétanyahou, ont célébré mardi soir les résultats des sondages à la sortie des urnes de deux chaînes de télévision donnant l’avance au Likoud.
Photo: Oded Balilty Associated Press Des partisans du premier ministre israélien sortant, Benjamin Nétanyahou, ont célébré mardi soir les résultats des sondages à la sortie des urnes de deux chaînes de télévision donnant l’avance au Likoud.

Le premier ministre israélien sortant, Benjamin Nétanyahou, semble avoir contré mardi une opposition féroce aux élections parlementaires, se trouvant au terme d’une campagne acrimonieuse dans une position légèrement plus favorable pour former le prochain gouvernement israélien.

Aucun vainqueur ne se dégageait toutefois clairement des élections législatives anticipées en Israël. Selon les sondages à la sortie des urnes de deux chaînes de télévision, le Likoud, le parti de droite de M. Nétanyahou, qui joue sa survie après six ans de mandat, obtenait 27 sièges sur un total de 120, tout comme l’Union sioniste, la liste de centre gauche du travailliste Isaac Herzog. La liste commune des partis arabes israéliens s’impose en troisième force pour la première fois de leur histoire, avec 13 sièges.

La participation s’établit à 71,8 %, contre 67,8 % en 2013. Les résultats définitifs seront connus le 25 mars.

MM. Nétanyahou et Herzog lutteront désormais pour avoir l’occasion de constituer une coalition qui dirigera le Parlement, un défi de taille dans le paysage politique israélien fracturé. M. Nétanyahou semble avoir une meilleure chance de rassembler les forces en s’alliant des formations religieuses et de droite. M. Herzog serait pour sa part forcé de tendre la main à des partis aux idéologies plus éloignées.

Le président israélien, Reuven Rivlin, s’est prononcé mardi soir en faveur d’un gouvernement d’union nationale qui réunirait Nétanyahou et Herzog, aux côtés d’autres partis. M. Rivlin jouera un rôle important dès mercredi en établissant des contacts informels avec les différents camps. C’est à lui que reviendra la responsabilité de désigner le leader le plus à même de bâtir une majorité à la Knesset.

Benjamin Nétanyahou avait repoussé l’option d’une union nationale à la sortie de son bureau de vote, aux premières heures de la matinée mardi. En soirée, il a plutôt dit croire en ses chances de rassembler une coalition autour de son parti. « Contre tous les pronostics, nous avons signé une grande victoire pour le camp national sous la conduite du Likoud ! » a-t-il lancé devant des militants en liesse à Tel-Aviv.

Moshe Kahlon, ancien ministre de Nétanyahou, est également appelé à jouer un rôle déterminant. Sa nouvelle formation centriste, Koulanou, a obtenu 10 sièges. Ses relations sont exécrables avec M. Nétanyahou, bien que celui-ci lui ait, avant le vote, promis le portefeuille des finances. Il a annoncé qu’il rejoindrait « un gouvernement aux orientations sociales », formulation relativement vague.

Isaac Herzog s’est lui aussi montré confiant, assurant que « ces résultats vont ramener le Parti travailliste au pouvoir ». Selon Haaretz, M. Herzog a entamé des négociations immédiatement après l’annonce des résultats avec d’autres formations, à l’exclusion du Likoud de M. Nétanyahou et du Foyer juif de Naftali Bennett. Selon le site Ynetnews, MM. Nétanyahou et Herzog ont tous deux appelé Arye Deri, du parti religieux ultra-orthodoxe Shas (7 voix). Ce dernier a accepté de rencontrer le premier ministre sortant mercredi.

Liste historique

Ayman Odeh est la révélation de la campagne électorale israélienne. C’est à cet avocat de formation, qui n’a jamais exercé de mandat à la Knesset, le Parlement israélien, qu’est revenue la responsabilité d’incarner une liste historique : celle regroupant sous une même bannière les partis arabes.

Généralement divisés par leurs nuances idéologiques et leurs ambitions, ils ont craint pour leur survie lorsque la barre nécessaire pour entrer à la Knesset a été relevée à 3,25 %. Contrairement aux figures traditionnelles de ces formations, Ayman Odeh a abandonné la rhétorique du nationalisme palestinien pour se concentrer sur la question des droits des Arabes en Israël, un discours très bien reçu, notamment par la jeunesse.

Mardi, M. Nétanyahou a qualifié le vote des Arabes israéliens (20 % de la population) de « danger » pour le pouvoir de la droite et a accusé « les associations de gauche » de les amener par bus entiers aux bureaux de vote. Ces formations ont averti qu’elles ne participeraient pas à un gouvernement de centre gauche, pour ne pas avoir à cautionner sa politique en Cisjordanie.

Fin de campagne déterminante

C’est M. Nétanyahou lui-même qui a provoqué ces élections plus de deux ans avant l’échéance prévue, en renvoyant deux de ses ministres, Tzipi Livni, et le centriste Yaïr Lapid. Ceux-ci s’étaient opposés à un projet de loi très controversé, fin novembre 2014, définissant Israël comme un État juif.

Le premier ministre sortant aura su siphonner les votes de l’électorat radical en fin de campagne. Le conflit israélo-palestinien en aura été le grand absent, éclipsé au profit des questions économiques et sociales.

Selon les sondages dévoilés par les télévisions à partir de 22 h, heure locale, le Likoud de Benjamin Nétanyahou a su soutirer dans les derniers jours les voix des partis qui faisaient campagne à sa droite.

À 65 ans, le premier ministre sortant apparaissait affaibli, dans une campagne transformée en référendum sur sa personne. M. Nétanyahou, qui achève son troisième mandat à la tête du pays (le premier de 1996 à 1999, puis deux mandats depuis mars 2009), a axé sa campagne sur les questions de sécurité : la menace du nucléaire iranien, la défense des colonies et l’intransigeance face aux Palestiniens.


Avec l’Associated Press et l’Agence France-Presse

1 commentaire
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 mars 2015 04 h 40

    … passionnante !

    « La participation s’établit à 71,8 %, contre 67,8 % en 2013. Les résultats définitifs seront connus le 25 mars. » (Le Monde, AFP)

    D’ici ce 25 mars prochain, et sur invitation de la présidence d’Israël, les leaders du Likoud et du Parti Travailliste, tout en tenant compte des autres partis, notamment celui de l’Union sioniste, chercheront quelques alliances susceptibles de former une nouveau Gouvernement israélien !

    D’ici là, du travail titanesque pour les autorités appelées à assurer et diriger une Gouvernance d’Union nationale avisée, courtoise, déterminée et …

    … passionnante ! - 18 mars 2015 -