Quatre ans plus tard, 215 000 morts

Dimanche, au moins quatre raids aériens ont frappé Douma, bastion de la rébellion à l’est de Damas.
Photo: Abd Doumany Agence France-Presse Dimanche, au moins quatre raids aériens ont frappé Douma, bastion de la rébellion à l’est de Damas.

Plus de 215 000 morts et près de 10 millions de personnes déplacées plus tard, le conflit syrien, dont le dénouement semble toujours hors de portée, est entré dimanche dans sa cinquième année. Pendant que l’Occident se préoccupe du groupe État islamique (EI), les Syriens sont toujours aux prises avec ce que l’ONU qualifie de « plus importante situation d’urgence humanitaire de notre ère ».

L’image des manifestations pacifiques qui ont débuté le 15 mars 2011 s’est estompée depuis longtemps et a laissé place à une violence quasi ininterrompue. Le soulèvement contre le régime s’est militarisé face à la répression, pour devenir une guerre civile complexe dans laquelle s’affrontent les troupes loyales au régime, une myriade de groupes rebelles, des forces kurdes et deux organisations jihadistes, dont l’EI.

Après quatre ans de conflit, le bilan est pour le moins désolant. La révolte contre le régime de Bachar al-Assad a franchi le cap des 215 000 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’ONG estime que, depuis le mois de février seulement, plus de 5000 personnes ont péri. « Nous avons comptabilisé 215 518 morts en quatre ans de guerre, dont 66 109 civils », affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, une organisation qui dispose d’un large réseau de sources en Syrie. Parmi les victimes civiles, 10 808 sont des enfants.

Le bilan, souligne M. Abdel Rahmane, « est certainement plus élevé que les 215 000 comptabilisés, en raison du grand nombre de disparus dont on ignore le sort ».

« Le peuple syrien s’est révolté en mars 2011 pour parvenir à l’État de droit et à la liberté, et non pour passer de l’oppression de la dictature à l’oppression du groupe État islamique », dit-il.

Au total, près de quatre millions de personnes ont fui la Syrie, dont plus d’un million se sont réfugiées au Liban voisin. Au sein du pays, plus de sept millions de Syriens ont été déplacés et près de 60 % de la population vit dans la pauvreté.

Échec diplomatique

La diplomatie est au point mort, après deux séries de négociations entre le régime et l’opposition qui se sont soldées par un fiasco. Deux émissaires spéciaux ont jeté l’éponge et un troisième tente en vain de faire appliquer un gel des combats dans la métropole d’Alep.

L’incapacité de la communauté internationale à mettre fin au bain de sang alimente également le sentiment d’amertume et d’abandon des Syriens qui traversent, selon l’ONU, « la plus importante situation d’urgence humanitaire de notre ère ».

« Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus [de paix] de Genève I », a déclaré M. John Kerry, secrétaire d’État américain, dans une entrevue diffusée dimanche sur CBS.

Washington travaille à « relancer » les efforts visant à trouver une solution politique au conflit, a dit le chef de la diplomatie américaine. Mais Marie Harf, porte-parole du Département d’État américain, s’est empressée de préciser qu’il n’y avait eu aucune modification récente de la position américaine. Pour les États-Unis, si des négociations devaient avoir lieu, ce serait avec des représentants du régime syrien plutôt qu’avec le président Assad lui-même, a-t-elle indiqué par voie de communiqué.

« Assad n’a pas sa place dans l’avenir de la Syrie », a parallèlement asséné une porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères, en réaction aux déclarations de M. Kerry.

Le secrétaire d’État n’entend pas relâcher la pression sur le président syrien « pour bien lui faire comprendre que tout le monde est déterminé à trouver une issue politique ». Jusqu’ici pourtant, le gouvernement de Barack Obama s’est montré plus préoccupé par la lutte contre l’EI, qui contrôle des régions entières d’Irak et de Syrie.

Une centaine de Montréalais ont manifesté leur soutien aux Syriens, dimanche, lors d’un rassemblement organisé place Norman-Bethune. Les organisateurs ont indiqué par voie de communiqué que leur objectif était de dénoncer le triste sort réservé aux enfants et aux adultes tués à cause des « armes chimiques de Bachar al-Assad, de ses barils explosifs et de la faim qu’il impose aux régions assiégées avec ses forces armées et ses milices ».
 

Solidarité montréalaise

Une centaine de Montréalais ont manifesté leur soutien aux Syriens, dimanche, lors d’un rassemblement organisé place Norman-Bethune. Les organisateurs ont indiqué par voie de communiqué que leur objectif était de dénoncer le triste sort réservé aux enfants et aux adultes tués à cause des «armes chimiques de Bachar al-Assad, de ses barils explosifs et de la faim qu’il impose aux régions assiégées avec ses forces armées et ses milices».
1 commentaire
  • Michel Lebel - Abonné 15 mars 2015 21 h 12

    Souffrances!

    Que de souffrances dont on ne voit pas hélas la fin! Une honte sans nom! Ainsi va notre humanité, notre sous-humanité.

    M.L.