Le groupe État islamique reprend d’assaut le patrimoine irakien

Bagdad — Les condamnations se sont multipliées vendredi après une nouvelle attaque du groupe djihadiste État islamique contre le patrimoine irakien : la destruction au bulldozer de la cité antique de Nimrud, l’UNESCO dénonçant un « crime de guerre ».

Après avoir réduit en miettes des trésors archéologiques dans le musée de Mossoul la semaine dernière, des hommes de l’EI sont entrés jeudi avec des bulldozers dans Nimrud, joyau archéologique inestimable du nord du pays, selon le ministère irakien du Tourisme.

« On ignore encore l’étendue des destructions » infligées à la cité pluri-millénaire construite sur les bords du Tigre, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Mossoul, a indiqué à l’AFP un responsable sous couvert d’anonymat.

Mais l’UNESCO a d’ores et déjà dénoncé « un crime de guerre », selon un communiqué de sa directrice générale, Irina Bokova, qui a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU et la Cour pénale internationale.

Al-Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions théologiques de l’islam sunnite, basée en Égypte, a appelé à « sauver les nations arabes et islamiques de leurs diables », alors que la reine Rania de Jordanie qualifiait l’EI de « fous qui cherchent à nous ramener aux temps médiévaux ».

Les Affaires étrangères françaises ont pour leur part condamné des actes relevant « d’une logique abjecte d’anéantissement […] de l’un des plus exceptionnels patrimoines de l’humanité ».

L’ÉI justifie ces destructions en arguant que les statues favorisent l’idolâtrie. Mais selon plusieurs experts, les « idoles » si vivement dénoncées dérangent moins les djihadistes lorsqu’il s’agit de les vendre au marché noir. Ce sont les statues trop imposantes pour être transportées aisément qui sont détruites, estiment-ils.

Le grand ayatolah Ali al-Sistani, la plus haute autorité chiite de l’Irak, a estimé que ces destructions étaient la preuve « de la sauvagerie, de la barbarie et de l’hostilité [des jihadistes] pour les Irakiens », dans un prêche prononcé par un assistant à Kerbala.

Prochaine cible

« Leur projet, c’est de détruire le patrimoine irakien, site par site », explique Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l’université Stony Brook de New York. « Ça va être au tour de Hatra », a-t-il ajouté, en référence à une cité vieille de 2000 ans inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO située à 100 km au sud de Mossoul.

Nimrud est l’une des villes phares de l’empire assyrien, où ont été exhumés en 1988 plus de 600 bijoux, décorations et pierres précieuses, l’une des plus importantes découvertes archéologiques du XXe siècle.

La plupart des objets inestimables provenant de Nimrud sont exposés dans des musées en Irak ou en Europe, mais le site abrite toujours des bas-reliefs et de colossaux « lamassu », ces taureaux ailés à face humaine.

Forts de 46 000 comptes Twitter

Washington — Au moins 46 000 comptes Twitter étaient liés au groupe État islamique (EI) fin 2014, selon une étude américaine. « Nous estimons que de septembre à décembre 2014, au moins 46 000 comptes Twitter étaient utilisés par des partisans de l’EI, même si tous n’étaient pas actifs en même temps », indique le rapport publié par la Brookings Institution et financé par Google Ideas. D’après une analyse des données géographiques des entrées (localisation revendiquée, fuseau horaire), la majorité des abonnés habitent dans des régions tenues par l’EI en Syrie et en Irak, mais aussi en Arabie saoudite. Les trois-quarts des comptes favorables à l’EI sont en arabe, et un cinquième en anglais, le français comptant pour 6 %. Les comptes soutenant l’EI ont en moyenne 1000 abonnés, soit « bien plus qu’un compte habituel ».