La crise s'aggrave à Sanaa

Les miliciens chiites étaient très présents jeudi à Sanaa.
Photo: Agence France-Presse Les miliciens chiites étaient très présents jeudi à Sanaa.

C’était la confusion jeudi au Yémen alors que le président, Abd Rabbo Mansour Hadi, a remis sa démission, aussitôt rejetée par le Parlement, juste après celle du gouvernement, alors que le pays s’enfonce dans une profonde crise politique. La milice houti pour sa part était encore omniprésente dans la capitale Sanaa en dépit de son engagement à se retirer.

Le Parlement tiendra cendredi matin une séance extraordinaire pour examiner la crise politique. La démission de M. Hadi est intervenue juste après celle du gouvernement de Khaled Bahah.

Le porte-parole du gouvernement a affirmé que la démission du gouvernement était « irrévocable ».

Dans la lettre de démission du gouvernement, le premier ministre, Khaled Bahah, a justifié sa décision par le fait qu’« il veut éviter ainsi que les membres de son cabinet puissent être considérés comme responsables de ce qui se passe et de ce qui se passera au Yémen ». Mercredi, le premier ministre avait négocié sa sortie et quitté sa résidence dans le centre de Sanaa où il était bloqué depuis deux jours par des miliciens chiites, qui ont également pris d’assaut mardi le palais présidentiel.

La milice chiite restait omniprésente jeudi dans la capitale yéménite Sanaa, en dépit de son engagement à se retirer, en contrepartie d’importantes concessions politiques de la part du président, de secteurs clés qu’elle avait conquis.

L’émissaire de l’ONU, Jamal Benomar, arrivé jeudi à Sanaa, a entamé en début de soirée des discussions avec des représentants des factions politiques du pays, dont ceux des miliciens chiites, selon son bureau à Sanaa. Il tente d’apaiser les nouvelles tensions qui ont culminé mardi avec la prise du palais présidentiel par la milice chiite d’Ansaruallah, après des combats ayant fait 35 morts et 94 blessés.

Un accord de sortie de crise en neuf points a été annoncé mercredi soir, dans lequel les miliciens s’engageaient à se retirer du palais présidentiel, ainsi que de « toutes les positions surplombant la résidence du président », Abd Rabbo Mansour Hadi. Ils ont également promis de se retirer du secteur de la résidence du premier ministre et surtout de libérer le directeur de cabinet du président, Ahmed Awad ben Moubarak, qu’ils ont enlevé samedi.

Tension

La tension demeurait palpable dans plusieurs quartiers de la capitale où les magasins ont rouvert. Dans le nord de la ville, des centaines de personnes ont manifesté devant l’Université de Sanaa. D’autres se sont rassemblés près de la résidence du président Hadi pour lui exprimer leur soutien.

En contrepartie des engagements pris par les Houthis, M. Hadi a fait d’importantes concessions, certains experts parlant d’un président qui a cédé « avec un pistolet sur la tempe ».

Il sera désormais possible d’amender le projet de Constitution, qui prévoyait jusqu’ici une structure fédérale avec six régions, ce que rejetaient les Houthis. Par ailleurs, ces derniers, ainsi que le mouvement sudiste et les autres factions politiques « privées de représentation équitable dans les institutions de l’État, auront le droit d’être nommés dans ces institutions ».

Les États-Unis, alliés de Sanaa, ont estimé dès mercredi soir que M. Hadi avait été contraint d’accepter « la plupart des revendications » des miliciens chiites. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a toutefois souligné que ces miliciens considéraient toujours M. Hadi comme le président du Yémen.

Soutien

Le président Hadi a fait des concessions au moment même où ses six voisins arabes du Golfe, réunis mercredi à Ryad, lui apportaient un soutien sans faille et dénonçaient le « coup de force » des Houthis. Ces monarchies avaient parrainé, avec l’ONU et des pays occidentaux, l’accord de transition politique ayant permis en 2012 le départ de l’ex-président Ali Abdallah Saleh et son remplacement par M. Hadi.

Dans le climat de crise générale, un autre foyer de tension pourrait provoquer une nouvelle flambée de violences. Jeudi, deux hommes armés appartenant à des tribus sunnites de la province de Marib, à l’est de Sanaa, ont été tués dans une embuscade tendue par des miliciens chiites, a affirmé une source tribale, en évoquant un nombre indéterminé de morts parmi les Houthis.

Le chef de la milice chiite, Abdel Malek al-Houthi, avait menacé le 4 janvier de prendre cette province riche en pétrole et en gaz naturel, que ses miliciens convoitent depuis leur entrée dans la capitale en septembre. Mais les tribus sunnites de cette région, où al-Qaïda est également implanté, n’ont cessé depuis d’affirmer qu’elles s’y opposeraient par la force.

D’autres tribus sunnites du reste du Yémen ont envoyé des renforts à Marib. La situation sécuritaire dans cette zone est évoquée dans l’accord conclu mercredi soir, qui préconise des mesures pour y faire baisser la tension.