Un calme précaire règne à Sanaa

Les combats se sont calmés mercredi dans la capitale yéménite Sanaa où le « coup de force » des miliciens chiites a considérablement affaibli le président qui a toutefois reçu le soutien du sud du pays et des monarchies du Golfe.

L’aggravation de la crise dans ce pays, allié des États-Unis dans la lutte contre al-Qaïda, inquiète de plus en plus la communauté internationale. Après le Conseil de sécurité de l’ONU mardi, les pays arabes du Golfe, voisins du Yémen, ont accusé mercredi la milice d’Ansaruallah d’avoir mené un « coup de force contre le pouvoir légitime » en prenant d’assaut le palais présidentiel mardi.

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont apporté un soutien sans faille au président, Abd Rabbo Mansour Hadi, en poste depuis trois ans. Le pouvoir de ce dernier a été encore plus fragilisé par la prise d’assaut de son palais par des miliciens à l’issue de deux jours de combats dans la capitale, qui ont fait au moins 35 morts et 94 blessés, selon un nouveau bilan. La situation s’est calmée mercredi à Sanaa où aucun affrontement n’a été signalé.

Affaiblis à Sanaa, les dirigeants ont reçu le soutien des autorités du sud du pays, dont M. Hadi est originaire et qui est majoritairement sunnite. À Aden, la grande ville du sud, l’aéroport et le port ont été fermés sur décision du Comité de la province, pour protester contre les « atteintes au symbole de la souveraineté nationale » qu’est le président Hadi.

Cette réaction met de nouveau en lumière les profondes divisions entre le nord, fief des chiites, et le sud du Yémen, qui se sont fréquemment opposés par les armes dans le passé.

Malgré ce nouveau revers, M. Hadi s’est déclaré prêt mercredi à réunir les forces politiques, y compris la milice Ansaruallah, pour chercher une issue pacifique à la crise. Cette réunion devrait intervenir après l’arrivée à Sanaa de l’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Jamal Benomar, selon une source présidentielle.

« Les Houthis veulent diriger, mais pas gouverner. Ils sont prêts pour cela à laisser Hadi comme président, mais ils exigent qu’il soit, tout comme le gouvernement, totalement à l’écoute de leurs demandes, a estimé Ibrahim Sharquieh, expert au Brookings Institute à Doha. C’est sur cette base qu’ils vont ou non continuer avec Hadi. »

Le jeune chef du mouvement chiite, Abdel Malek al-Houthi, est sorti du silence pour fustiger, dans un discours télévisé mardi soir, les autorités, dénoncées pour leur « corruption ». M. Houthi leur a également reproché de ne pas avoir associé suffisamment son mouvement à la rédaction du projet de Constitution, qui prévoit un État fédéral composé de six régions. Les chiites estiment que ce projet démantèlerait le Yémen et priverait le nord d’un accès à la mer, l’une des priorités d’Ansaruallah.

Les Houthis ont pris d’importantes quantités d’armes et d’autres équipements militaires qui étaient entreposés dans l’immense complexe du palais présidentiel.

Des responsables militaires favorables au chef de l’État ont accusé des fidèles de l’ex-président Ali Abdallah Saleh de soutenir activement les miliciens Houthis. Chassé du pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire en 2011, M. Saleh garde une forte influence et des réseaux qu’il a soigneusement tissés dans l’armée et parmi des tribus durant ses 33 ans de présidence. Son parti a indiqué mercredi que M. Saleh était favorable à des élections présidentielle et législatives anticipées.

Les États-Unis ont appelé mercredi à une résolution pacifique du conflit au Yémen, qu’ils considèrent comme un pays clé de la lutte, notamment à l’aide de drones, contre al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA). Le président Barack Obama est tenu informé par ses conseillers en sécurité, a indiqué un haut responsable de l’administration.