La Palestine punie pour vouloir rejoindre la CPI

Le président palestinien, Mahmoud Abbas, avant son discours prononcé à Ramallah, en Cisjordanie, dimanche, où il a expliqué les mesures prises pour tenter d’obtenir l’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale.
Photo: Abbas Momani Agence France-Presse Le président palestinien, Mahmoud Abbas, avant son discours prononcé à Ramallah, en Cisjordanie, dimanche, où il a expliqué les mesures prises pour tenter d’obtenir l’adhésion de la Palestine à la Cour pénale internationale.

Sur recommandation du cabinet restreint de la sécurité qu’il préside, Benjamin Nétanyahou a ordonné le gel des transferts vers l’Autorité palestinienne (AP) du produit des taxes et droits de douane que l’État hébreu récolte en son nom depuis 1994.

Un pactole de 149 millions de dollars, notamment utilisé pour le fonctionnement au quotidien de l’administration palestinienne. Ce n’est pas la première fois qu’Israël prend une telle mesure, qu’il lève d’ailleurs généralement au bout d’un mois ou deux, selon l’importance des pressions internationales.

Cette fois, il s’agit de punir l’AP d’avoir demandé son adhésion à la Cour pénale internationale (CPI) et annoncé son intention d’entamer des poursuites pour « crimes de guerre » contre plusieurs dirigeants et généraux de l’État hébreu impliqués dans les trois opérations militaires menées dans la bande de Gaza depuis 2008.

Nétanyahou et son entourage feignent d’être outrés par « cette politique palestinienne du fait accompli » qui bloquerait selon eux « toutes les chances de reprendre les négociations de paix ». En réalité, ils s’attendaient depuis longtemps à ce que l’AP adhère à la CPI. C’est d’ailleurs pour cela que l’avocat général militaire israélien Danny Efroni a annoncé le 10 septembre 2014, soit quinze jours après la fin de l’opération « Bordure protectrice », la création d’une commission d’enquête interne sur les événements qui venaient de se dérouler dans l’enclave palestinienne.

Sur la centaine de cas étudiés, de 80 à 90 ont été classés sans suite. Mais quelques-uns donnent lieu à des enquêtes approndies menées par le Matzah, le service de recherche de la police militaire. Les faits les plus graves actuellement examinés se sont déroulés le 1er août 2014 à Rafah (sud de la bande de Gaza), lorsque l’artillerie et les chars israéliens eurent bombardé la zone après que le cadavre d’un soldat eut été enlevé par un commando du Hamas. Plus de 70 personnes, majoritairement des civils, sont mortes ce jour-là. Grâce à l’enregistrement des conversations radio des unités qui opéraient dans la zone durant ce « vendredi noir », la Matzah a identifié les responsables de la mort d’au moins 50 civils palestiniens.

À en croire les médias israéliens qui ont publié une partie de ces enregistrements malgré la censure militaire, deux lieutenants-colonels et un commandant au moins sont dans le collimateur de la justice. Ils devraient être inculpés et jugés avant la fin de l’année. Les procédures judiciaires sont longues en Israël. Encore plus lorsqu’il s’agit de militaires et de membres des services de sécurité. En effet, de jugements en appels et en recours divers, les parties finissent toujours par se retrouver devant la Cour suprême, qui prend le temps de la réflexion avant de trancher. Or le fait que ces dossiers sont ouverts devant la justice israélienne et que d’autres concernant les offensives précédentes y sont également en cours coupe l’herbe sous le pied de l’AP, puisque la CPI ne peut pas s’en saisir.

Poursuites impossibles

 

« De la même façon que les soldats de Tsahal [Armée de défense d’Israël] nous protègent avec courage et détermination, nous ne permettrons pas qu’ils soient traînés devant le tribunal siégeant à La Haye », a en tout cas confirmé Nétanyahou en préambule au traditionnel conseil des ministres du dimanche. « Ceux qui doivent être poursuivis, ce sont les dirigeants de l’AP qui ont fait alliance avec les criminels de guerre du Hamas. »

L’entourage de Nétanyahou prétend d’ailleurs que l’État hébreu poursuivra le président de l’AP, Mahmoud Abbas, et une série d’autres personnalités palestiniennes. Mais pas devant la CPI, puisqu’Israël n’a pas signé la convention ad hoc, mais dans l’État de New York, où ses chances d’obtenir une condamnation pour « terrorisme » sont plus importantes.

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