Les Kurdes intensifient leur offensive

Des peshmerga patrouillaient dans la ville de Zummar jeudi.
Photo: Safin Hamed Agence France-Presse Des peshmerga patrouillaient dans la ville de Zummar jeudi.

Les forces kurdes, appuyées par les frappes de la coalition internationale, ont intensifié jeudi leur offensive pour reprendre du terrain au groupe État islamique (EI) dans le nord de l’Irak, au coeur du « califat » proclamé par ces jihadistes ultra-radicaux.

Depuis le lancement mercredi de l’opération lancée depuis Rabia, près de la frontière syrienne, et Zoumar sur les rives du lac de Mossoul, les peshmergas ont repris huit villages et tué quelque 80 djihadistes, selon des responsables.

Après des raids massifs des États-Unis et de leurs alliés contre les positions de l’EI en Irak, les forces kurdes irakiennes (peshmergas) ont réussi à reprendre plusieurs villages à l’EI et se rapprochaient jeudi de la région de Sinjar.

La ville de Sinjar est aux mains de l’EI. Elle est située au pied du Mont Sinjar tenu par des combattants kurdes et yazidis, mais assiégé par l’EI. L’objectif de l’offensive lancée mercredi par les peshmergas est de briser le siège du Mont Sinjar et de reprendre à terme la ville, située entre Mossoul, deuxième ville d’Irak aux mains de l’EI, et la frontière syrienne.

Jeudi, la coalition internationale a de nouveau frappé au nord de Tal-Afar, un secteur tenu par l’EI à une quarantaine de kilomètres à l’est de Sinjar, a déclaré Anwar Brahim, officier des services de renseignement kurdes. Les mêmes positions de l’EI ont été la cible de bombardements à l’artillerie des peshmergas, selon des responsables. « Un grand nombre de soldats s’apprêtent à prendre d’assaut Sinjar », a dit M. Brahim.

L’armée américaine a annoncé que plus de 60 raids ont été menés depuis lundi, dont 45 pour soutenir les forces kurdes, mais sans préciser les secteurs visés. Des images diffusées par le gouvernement autonome du Kurdistan irakien ont montré les carcasses calcinées de véhicules de l’EI et le drapeau noir des djihadistes flottant sur des positions abandonnées.

Routes stratégiques

Si elle réussit, la nouvelle offensive kurde pourrait couper les routes d’approvisionnement de l’EI et isoler Mossoul, sa place forte. L’EI a construit des fortifications, creusé des tranchées autour de la ville et y a coupé le réseau de téléphonie mobile. Il a aussi limité le déplacement des habitants.

Après leur déroute au début de l’offensive djihadiste, les forces gouvernementales, appuyées par les miliciens chiites et les peshmergas, ont enregistré quelques victoires ces derniers mois. En Syrie voisine, pays ravagé depuis près de quatre ans par la guerre et où l’EI contrôle aussi de vastes secteurs, le groupe djihadiste combat sur plusieurs fronts — régime, rebelles, kurdes et parfois les tribus.

Mercredi, les corps de 230 personnes exécutées par l’EI ont été découverts par leurs proches dans une fosse commune dans la province de Deir Ezzor (est), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Les victimes sont des membres de la tribu des Chaïtat qui avait tenté de se soulever contre l’EI.

Enfin, deux journalistes kurdes travaillant pour la chaîne de télévision kurde irakienne Rudaw Media Network ont été enlevés lundi par l’EI en Syrie, selon leur employeur.

L’EI décapite un homme accusé de sorcellerie

Bagdad — Les djihadistes de l’EI ont décapité publiquement jeudi un homme accusé de sorcellerie près de leur bastion de Tikrit, dans le nord de l’Irak, ont annoncé l’organisation sunnite ultra-radicale et des habitants. L’EI a diffusé sur Twitter des photos de l’exécution qui a eu lieu sur une place de Nahyat al-Alam, une localité située à quelques kilomètres au nord de Tikrit. Une des photos montre les prétendus talismans que possédait l’homme, selon l’EI : il semble s’agir simplement de chapelets de prières et d’un drapeau chiite de couleur verte.

Certains habitants ont déclaré que l’homme exécuté était un sunnite qui avait récemment rejoint les rangs de la police à Samarra, une ville située plus au sud et qui est toujours sous contrôle du gouvernement. Mais un religieux basé à Kirkouk, qui connaissait la victime, a déclaré qu’il s’agissait d’un leader soufi de l’ordre des Naqshbandi, influent dans la zone de Tikrit et dirigé par de hauts responsables du parti Baas, au pouvoir en Irak jusqu’en 2003.

Plusieurs sources locales ont par ailleurs identifié l’homme exécuté comme étant un membre important de l’EI pour la province de Salaheddine, dans le nord de l’Irak, où sont situés Tikrit et Samarra.