Islamabad lève le moratoire sur la peine de mort

Islamabad — Le Pakistan a annoncé mercredi la levée de son moratoire sur la peine de mort dans les cas de terrorisme, au lendemain de l’attaque de talibans contre une école de Peshawar, la plus sanglante de l’histoire du pays, une mesure décriée par les organisations de défense des droits de la personne.

L’attaque d’un commando taliban mardi a fait 148 morts, dont 132 écoliers, et suscité une vague d’indignation à travers ce pays endeuillé régulièrement par des attentats islamistes.

Au Pakistan, les condamnations à mort sont relativement fréquentes, mais cette sentence n’était plus appliquée depuis 2008, hormis dans un cas lié à la cour martiale, le pays respectant un moratoire sur la peine capitale.

Le premier ministre, Nawaz Sharif, arrivé au pouvoir à l’issue des législatives de mai 2013, avait jonglé avec la possibilité de réintroduire la peine de mort, un projet alors dénoncé par des organisations de défense des droits de la personne et des diplomates européens. Mais après l’attaque de Peshawar, « le premier ministre a approuvé l’abolition du moratoire sur la peine de mort dans les cas de terrorisme », a déclaré mercredi un haut responsable du bureau de M. Sharif.

Selon Musadiq Malik, porte-parole de M. Sharif, le cabinet envisageait déjà depuis un certain temps de réintroduire la peine de mort, et cette décision a été catalysée par l’attaque talibane de Peshawar, la plus meurtrière de l’histoire du pays. Le gouvernement cherche ainsi à appuyer, par des outils juridiques, la vaste opération militaire en cours contre les repaires des talibans et d’Al-Qaïda au Waziristan du Nord, épicentre régional de la mouvance djihadiste.

Visite à Kaboul

Par ailleurs, Le Pakistan et l’Afghanistan se sont engagés à « combattre ensemble le terrorisme » au cours d’une visite mercredi à Kaboul du puissant chef l’armée pakistanaise, au lendemain de l’attaque sanglante contre une école de Peshawar par des taliban.

Souvent décrit comme l’homme le plus puissant du Pakistan, le général Raheel Sharif, accompagné du chef des services de renseignement, a rencontré le président afghan, Ashraf Ghani, et l’état-major de la mission de l’OTAN en Afghanistan pendant cette brève visite à Kaboul. Selon des sources proches du dossier, cette visite décidée après l’attaque de Peshawar vise à doper la coopération entre les deux pays pour lutter contre les rebelles islamistes talibans présents des deux côtés de la frontière poreuse entre les deux pays.

Kaboul et Islamabad avaient coutume de s’accuser mutuellement de soutenir ou de laisser prospérer sur leur sol leurs ennemis respectifs. Mais le ton entre les deux pays est devenu plus conciliant depuis l’arrivée au pouvoir d’Ashraf Ghani en septembre, des responsables évoquant un nouveau départ dans les relations.

Un responsable militaire pakistanais a suggéré que certains des assaillants de Peshawar avaient des liens de l’autre côté de la frontière afghane. Pour le haut gradé pakistanais à la retraite et analyste, Talat Masood, le général veut clairement « voir le mollah Fazlullah et ses hommes arrêtés et livrés au Pakistan, afin qu’ils n’utilisent plus le territoire afghan pour lancer des attaques contre le Pakistan comme celle de mardi à Peshawar ».

8000 condamnés

Selon Amnesty International, 8000 condamnés à mort se trouvent actuellement dans les prisons pakistanaises, y compris des personnes reconnues coupables de blasphème comme la chrétienne Asia Bibi.

« Lever le moratoire sur les exécutions semble être une réaction impulsive qui ne touche pas le coeur du problème : le manque de sécurité pour la population du Nord-Ouest du Pakistan », a déclaré le vice-directeur d’Amnesty pour l’Asie, David Griffiths, soulignant que la peine de mort n’avait aucun effet dissuasif. Certains condamnés à mort ont été jugés par des tribunaux anti-terroristes, réputés plus efficaces, même si leurs crimes ne sont pas liés directement à des affaires de terrorisme, dénoncent aussi les organisations de défense des droits de la personne.

« Les données que nous avons obtenues suggèrent qu’environ 10 % des condamnés à mort ont été jugés en tant que terroriste. Dans la province méridionale du Sind [dont Karachi est la capitale] cette proportion passe à 40 % », estime l’organisation Justice Pakistan Project, qui défend des condamnés et dénonce une surutilisation des lois anti-terroristes dans le pays.

Le maintien du moratoire avait été considéré comme l’un des points clés ayant permis au Pakistan d’obtenir il y a un an le statut de GSP lui permettant d’exporter sans barrière tarifaire de nombreux produits, notamment le textile, vers l’Union européenne, son premier partenaire économique.

Avec une main-d’oeuvre au rabais, le textile fournit plus de la moitié des exportations pakistanaises, avec des ventes évaluées à environ dix milliards d’euros l’an dernier et destinées principalement à l’Europe.

1 commentaire
  • Yvon Marcel - Inscrit 18 décembre 2014 23 h 30

    Lutte contre les extrémistes

    Qui font la honte du Pakistan, il est grand temps que les responsables politiques et militaires prennent leurs responsabilités dans ce fléau qui afflige depuis trop longtemps la région de l'AFPAK, et qu'ils laissent les minorités religieuses en paix. Ce genre de religion fanatique n'a plus sa place au XXI e siècle.