Un massacre commis en guise de représailles

Une fillette blessée est transportée vers un hôpital de Peshawar, au Pakistan, après le massacre perpétré mardi par des talibans dans une école.
Photo: Mohammad Sajjad Associated Press Une fillette blessée est transportée vers un hôpital de Peshawar, au Pakistan, après le massacre perpétré mardi par des talibans dans une école.

Des talibans ont perpétré la plus sanglante attaque terroriste de l’histoire du Pakistan mardi, dans une école d’enfants de militaires. Bilan du massacre : 141 morts, dont 132 écoliers. Les assaillants voulaient se venger de récentes offensives de l’armée dans leurs bastions.

La tragédie de Peshawar, dans le nord-ouest du pays, s’est achevée après sept heures de combat. Les Pakistanais ont été bouleversés par les récits à glacer le sang de survivants, racontant comment les talibans passaient de classe en classe, abattant à la chaîne des enfants, dont certains d’à peine 10 ans.

L’attaque a été revendiquée par le Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), principal groupe islamiste du pays et auteur de l’attaque contre la jeune militante pakistanaise pour l’éducation Malala Yousafzaï — nouveau Nobel de la paix, originaire de cette région — en 2012. Malgré de récentes offensives militaires qui l’ont affaiblie, l’organisation terroriste a montré mardi de quel bois elle se chauffe.

L’assaut a débuté vers 10 h 30 lorsque six talibans déguisés en militaires ont pris d’assaut l’école, située un faubourg de la ville. Près de 500 élèves âgés de 10 à 20 ans étaient alors présents dans cet établissement choisi, car « les enfants de plusieurs hauts gradés y étudient », a expliqué un porte-parole taliban.

Sur son lit d’hôpital, l’un des survivants, Shahrukh Khan, 16 ans, en a livré le récit, racontant comment les talibans traquaient les enfants jusque sous les bancs pour les tuer. Couché sur le sol, il gardera toujours en mémoire l’image de ce taliban qui criblait de balles les étudiants, et comment il s’est tordu de douleur, mais retenu de crier lorsqu’il en reçut deux aux jambes, faisant le mort. Après avoir longtemps « attendu d’être fusillé », il perdra connaissance, mais se réveillera à l’hôpital, « miraculé ».

Tous munis de vestes garnies d’explosifs et de munitions, les talibans « n’avaient aucune intention de faire des otages »,car ils ont « tiré de manière aléatoire sur les gens dès leur entrée dans l’école », a affirmé l’armée. Elle a également évoqué une participation possible de combattants étrangers de la mouvance al-Qaïda aux côtés de ceux du TTP. Les forces de sécurité ont peu à peu repris le contrôle de l’école à mesure que les talibans étaient tués ou se faisaient exploser, avant d’annoncer la fin de l’attaque vers 18 h 30.

Le bilan est effroyable : hormis les assaillants, l’attaque a fait 141 morts, dont 132 enfants, et 124 blessés dont 121 enfants, a annoncé dans la soirée l’armée. Un triste record qui surpasse celui de l’attentat qui avait fait 139 morts en 2007 à Karachi lors du retour au pays de l’ancienne première ministre Benazir Bhutto.

Le drame, « partout »

L’hôpital public de Peshawar était assailli par des parents sous le choc alors que défilaient les dépouilles d’enfants aux uniformes trempés de sang. « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu enlevé mon fils ? Quel péché ai-je commis ? », demandait en pleurant Irshadah Bibi, 40 ans, mère d’un garçon tué dans l’attaque. Les premiers enterrements ont eu lieu dans la soirée.

Le premier ministre Nawaz Sharif a dénoncé cette « tragédie nationale » et s’est rendu sur les lieux, décrétant trois jours de deuil national.

L’armée, institution la plus puissante du pays, a réaffirmé sa détermination à éradiquer le TTP.

Un grand coup

Le TTP a frappé mardi un grand coup, mais en choisissant une cible à la portée de ses troupes fortement désorganisées ces derniers mois. Le groupe est longtemps resté retranché dans les zones tribales du nord-ouest du pays, bastions de son allié al-Qaïda, de djihadistes étrangers, mais aussi du violent Mouvement islamique d’Ouzbékistan. Le TTP, qui prône un islam radical, a récemment détruit à la bombe des centaines d’écoles pour filles, assassiné des vaccinateurs contre la polio et mis des bombes dans des cinémas.

Pendant des années, Islamabad s’est vu reprocher de ne pas lancer d’opération d’envergure dans les zones tribales frontalières de l’Afghanistan. Mais après une énième tentative de pourparlers de paix en début 2014, le gouvernement a demandé à l’armée de lancer un assaut — très meurtrier côté rebelle — dans le Waziristan du Nord, principal bastion taliban, mais aussi dans des zones tribales voisines. Le TTP est désormais affaibli et désorganisé.

L’attaque de Peshawar surprend donc par son ampleur. Selon l’ancien général Talat Masood, « ce commando était peut-être réfugié en Afghanistan et a passé la frontière il y a quelques jours ». De fait, l’intervention au Waziristan du Nord a poussé des centaines de djihadistes à fuir en Afghanistan.

L’attentat a provoqué une vague de condamnations internationales, de l’ONU aux grandes puissances, en passant par la jeune Malala Yousafzaï.

De passage à Québec, Stephen Harper a offert ses condoléances aux proches des victimes. Le premier ministre, père de deux enfants, a paru particulièrement ému lorsqu’il a évoqué l’attentat au Pakistan. « Quand on cible des enfants pour faire ça, c’est quelque chose de si dégoûtant que c’est difficile d’exprimer notre réaction. Pour moi, comme père, c’est difficile de voir ça », a-t-il indiqué.

Avec Libération et La Presse canadienne

14 commentaires
  • Umm Ayoub - Inscrite 17 décembre 2014 03 h 58

    Des monstres !


    Ces gens sont des gens aussi immondes ! Les mots me manquent devant une cruauté aussi froide et atroce !

    En sommes nous rendus-là, nous les êtres humains ? Quelle est la prochaine étape ? Avons-nous atteint le summun ou bien il y a pire à venir ?

    • Benoit Tanlay - Inscrit 17 décembre 2014 10 h 13

      Nous les êtres humains?
      Au nom de qui, de quoi se font ces carnages? Les décapitations en ligne? Malala? Peshawar? Les tours de NY?
      Nous les humains? Ou nous les musulmans? Si j’étais musulman, je ne voudrais pas que ça se sache.
      L’Islam est une religion de paix?

    • Michaël Lessard - Abonné 17 décembre 2014 15 h 19

      En Afrique, des hommes se disant « chrétiens » commettent des atrocités en recrutant des enfants soldats. Faut-il alors dire « La Chrétienneté, un religion de paix ? ». Que dire du KKK qui se dit chrétien? Les néo-nazis aussi se disent souvent Catholiques!

      Associer cet horreur impensable aux millards de Musulman-es ordinaires est idiot.

    • Jacques Moreau - Inscrit 17 décembre 2014 22 h 53

      RE: M. Lessard; ceux qui recrutent les anfants soldats ne le font pas au nom de la Chrétienté. Les KKK's brûlaient peut-être des croix devant leurs victime, mais ce n'était pas au nom de Dieu, et il ne prétendait pas le faire pour la gloire de Jésus-Christ non-plus. Les Nazis et néo-nazis ne clament pas oeuvrer pour la gloire de Jésus-Christ ou de L'Église Catholique. Si un de ces 3 groupes, clamait agir pour la gloire de L'Église Chrétienne, il serait immédiatement démoncé et répudier. On ne se contenterait pas de dire que la Chrétienté est un religion d'amour et de paix.

  • Francis Gendron Mayers - Inscrit 17 décembre 2014 07 h 13

    Des murs rouges sang

    Encore des idiots qui se croient tout permis. Il ne reste plus qu'à espérer qu'il n'y ait pas de représailles infanticides de la par des Pakistanais... Franchement certains humains font vraiment honte à l'humanité ! Des enfants !

  • Yves Côté - Abonné 17 décembre 2014 08 h 31

    Il faut agir ensemble...

    La folie de ces gens nous ramènent aux pires moments des débuts de celle meurtrière nazie, perpétrée contre les communistes, les gitans, les enfants et adultes handicapées et plus que tout en nombre et en traitement, les juifs allemands (puis d'Europe). Cette période-là où les pays civilisés auxquels nous appartenos disaient : ce n'est pas chez nous, cela ne nous regarde pas...
    Par tous les moyens, l'humanité rassemblée doit mettre un terme au délire organisé de ces hommes. Une concertation mondiale d'actions concrètes à prendre pour cela, est devenue aujourd'hui plus que nécessaire.
    Il ne faut plus attendre, le faire confine tous les pays à une complicité coupable. L'atrocité d'hier montre que ces humains, d'eux-mêmes ne s'arrèteront jamais de s'enfoncer toujours plus dans le puit sans fond de l'ignominie.
    Que ce délire étende son mal en se servant d'un prétexte religieux fallacieux, puisque aucune religion ne peut condamner à mort sans se condamner elle-même, cela ne fait que montrer avec plus de clarté que les groupes terroristes qui se réclament de l'Islam, ne le font que pour abriller leurs crimes d'une apparence de justice aux yeux des autres croyants musulmans.
    N'entendons-nous pas déjà les pierres du désert crier ?

    • Jacques Moreau - Inscrit 17 décembre 2014 23 h 11

      Mon cher monsieur Coté; si je vous parlait des temps de l'Inquisition (Galilée 1633) et de ses tribunaux, de la St-Barthélemy, (massacre de la St-Barthélémy, Paris 1572), ça vous rafraichirait la mémoire? Ce qui m'attriste, (et m'enrage) est de constater que l'Islam est encore dans cet esprit de 6 siècles en arrière dans l'histoire du Monde. ET leur leaders ne montrent pas signe de progès, sauf dans l'usage des armes plus modernes.

  • Michel Brunelle - Inscrit 17 décembre 2014 08 h 54

    Allah o akhbar !

    Répété 141 fois, l'écume aux lèvres. La meilleure preuve qu'il n'existe pas, Allah.

  • Marc Leclair - Inscrit 17 décembre 2014 09 h 36

    Tristesse

    L'homme est capable du meilleur comme du pire.

    Quelle tristesse!